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La Petite Fille de la terre noire

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Infos tournage

Première distribution

La petite fille de la terre noire est le premier film de Jeon Soo-il a être distribué en salles. Tous ses films ont été projetés en France dans plusieurs festivals mais n'avaient pas encore bénéficié de distribution commerciale. Le cinéaste a déjà six films à son actif: L'Echo du vent en moi (1997), L'oiseau qui suspend son vol (1999), Mise à nu (2003), Entre Chien et Loup (2005), La petite Fille de la Terre Noire (2007) et Himalaya, là où demeure le vent (2008).

 

L'origine du film

Le film a été tourné dans un bassin minier de la région de Kangwon. Si le réalisateur Jeon Soo-Il a voulu faire son film dans ce lieu, c'était parce qu'il « souhaitait raconter une histoire au cœur d'une région sur le point de disparaître afin qu'une trace soit conservée ». En effet, dans ces régions, les mines ferment l'une après l'autre, les maisons sont détruites et un climat de désolation règne.

 

Inspiration et préparation

Le cinéaste explique comment lui est venue l'idée du scénario : « C'est au cours de mes multiples trajets en voiture entre Pusan et les lieux du tournage que j'ai élaboré l'histoire de La Petite fille de la terre noire. La période d'écriture a duré six mois en tout. En fait, je construis mes histoires au cours des repérages et en m'appuyant sur mes entretiens avec les gens du cru. C'est ma façon de faire des films. C'est comme ça que je trouve l'inspiration. »

 

Une approche documentaire

Tout au long du film, Jeon Soo-il a souhaité capturer la réalité, d'où l'utilisation d'un style documentaire dans les scènes se déroulant dans la mine et dans la village. Les séquences tournées dans la mine n'ont pas été de tout repos puisqu'elles ont été filmées à plus de 800 mètres de profondeur. Le réalisateur se souvient : « L'acteur qui joue la père de la petite Young-Lim, Jo Yeong-Jin, a dû suivre un entraînement spécial. Il a fallu recommencer plusieurs fois les prises à cause de l'humidité et de la poussière. Un jour, une explosion s'est même produite et, comme on n'y voyait plus rien, on a dû remonter. J'ai également tenu à filmer les anciens mineurs malades qui se retrouvent dans le café du village. Ils viennent boire et manger du porc grillé pour enlever la poussière de leurs poumons. Voir interagir des comédiens professionnels et des acteurs non professionnels était très intéressant, d'autant plus quand quand les ex-mineurs se sont mis à chanter comme à leur habitude ».

 

Une réalité tragique et révoltante

Lors de ses repérages, le cinéaste s'est rendu compte du destin terrible de ses mineurs. Ce qui l'a le plus choqué, c'est d'apprendre que pour toucher une indemnité, les mineurs doivent être atteints d'une pneumonie, mais en plus, doivent également développer une seconde maladie respiratoire. C'est la raison pour laquelle les mineurs se détruisent la santé en buvant et fumant. « Leur réalité est tragique. Et je tenais à en rendre compte. En observant la situation de la plupart des familles de cette région, j'ai constaté que la mère était souvent partie, qu'il y avait beaucoup d'enfants handicapés et que les pères, anciens mineurs, étaient malades et buvaient énormément ».

 

Une jeune actrice exceptionnelle

« Il était capital pour moi de trouver une petite fille qui sache jouer et chanter comme un enfant ordinaire pendant ses moments de joie en famille. Mais je voulais surtout qu'elle soit capable d'intérioriser son jeu. J'ai trouvé en Yu Yun-mi une fillette très douée et très concentrée. Elle avait déjà incarné un enfant sauvage dans une série tété, et elle n'a donc eu aucun mal, pendant le tournage, à suivre mes indications, autrement dit à très peu exprimer ses sentiments de tristesse. »

 

Un soin apporté aux tonalités du film

Dans ce film, Soo-il a souhaité tourner en hiver pour faire ressortir le contraste de la neige et de la lumière du jour avec le noir des collines de charbon, ainsi seules les portes sont colorées. « Ça me rappelle les estampes chinoises qui représentent des paysages et sur lesquelles il n'y a qu'une tâche de couleur, le rouge du tampon. C'est pour cette raison que la fille est en rouge dans les moments dramatiques et en bleu-vert le reste du temps. Je me suis inspiré de la calligraphie pour donner l'impression d'une image plate, sans perspective, morcelant l'immensité de la nature. »

 

L'importance du silence

Le cinéaste n'aime pas utiliser la musique et les dialogues car selon lui, ils donnent trop de renseignements aux spectateurs. C'est la raison pour laquelle de nombreuses séquences de conflits sont filmées de loin ou a travers une vitre, les dialogues étouffés. «Ne pas tout entendre, ne pas tout voir, ça met le spectateur dans un état d'inquiétude. C'est pour ça que j'utilise la caméra à l'épaule aussi. Comme ça les plans vibrent, ils ne sont pas fixes. Ça donne une vie à l'image. Et ça crée un sentiment d'incertitude qui renvoie à la quête d'identité des personnages»

 

Un cinéaste qui tient à son indépendance

Lorsqu'il est revenu en Corée après avoir fait des études en France, Jeon Soo-il à créer sa société de production « Là où le soleil se lève ». Une société qui lui permet de produire ses films et les courts-métrages et documentaires de ses étudiants, sans être dépendant de l'industrie cinématographique coréenne. «Comme j'enseigne la mise en scène à l'Université de Pusan, j'ai seulement deux mois et demi pendant les vacances d'hiver pour tourner mes films. Je prépare très soigneusement le découpage pour gagner du temps et économiser de l'argent lors du tournage. Mes deux derniers films ont, en revanche, bénéficié d'autres soutiens: La petite fille de la terre noire a été co-produit avec la France, et Himalaya, là où demeure le vent, avec Choi Min-Sik, l'acteur principal d' Old Boy, a été co-financé par un producteur coréen. Mais je tiens à rester indépendant car j'ai besoin de tourner sans devoir attendre.»

 

Les influences du réalisateur

Lorsqu'on l'interroge sur les cinéastes qui l'ont inspiré, Jeon Soo-il répond : «Le cinéma européen compte beaucoup dans mon parcours, surtout Antonioni et Bresson. Tarkovski aussi sur lequel j'ai travaillé lorsque j'étudiais le cinéma à Paris».

 

L'avis du producteur Abderrahmane Sissako

«Lorsque Jeon Soo-il nous a fait part de son récit, Franck-Nicolas Chelle et moi-même, dont l'aventure de la vie débute sur le continent africain, avons été touchés par le personnage de cette petite fille originaire d'une toute autre région du monde et porteuse d'un concentré d'humanité tour à tour empreinte de légèreté, de gravité, d'innocence et de détermination muette tel un passage aux forceps à l'âge adulte d'un jeune cœur d'enfant aux accents universalistes. C'était, à travers notre lecture toute personnelle du film à venir, un séduisant et radical pari que Jeon Soo-il et notre jeune comédienne Yu Yun-mi ont tenté et pour notre part réussi au-delà de nos espérances.»

 

Récompenses

La petite fille de la terre noire a remporté le Grand Prix et le Prix de la critique au Festival du Film Asiatique de Deauville en 2008. Mais il a également était primé à la Mostra de Venise 2008, au Pusan International Film Festival 2007 et au Fribourg International Film Festival 2008.

 

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