Le Premier Cercle |
Thématique
Laurent Tuel fais des films à partir de ce qu'il connait: les relations humaines. Son plaisir de cinéaste-cinéphile est de les inscrire à l'intérieur de genres très éclectiques: l'humour très noir avec Le rocher d'acapulco, le fantastique avec un Jeu d'enfants, la comédie avec Jean-Philippe... Pour Le Premier Cercle, il a voulu développer une thématique dans le contraste du thriller (un genre populaire) et se lancer dans un exercice formel afin d'exacerber les enjeux de cette histoire où un jeune homme cherche à s'émanciper de la tutelle de son père.
Choix du thriller
Pour le cinéaste, le thriller est un genre où les sentiments peuvent s'exprimer de façon très violente. On se sépare rarement de sa famille dans le calme : dans son film, ce ne sont pas les portes qui claquent, mais les coups de pistolet. Et au lieu de la partie de pêche, de la ballade en forêt ou du repas qui favorise le dialogue ou la prise de conscience, c'est un cambriolage qui permet à un père et à son fils de faire le point sur l'état de délabrement de leurs rapports. Comme dans ses autres films, ce qui compte pour Tuel, c'est de porter un regard sans jugement ni intentions moralisatrices sur ses personnages. Comme il le dit: « Jean Renoir disait Chacun a ses raisons », ici il nous montre les siennes à travers son cinéma.
Intrigue
Elle se situe dans une famille arménienne. Cela semblait intéressant pour le cinéaste de situer l'histoire dans une communauté qu'il ne connaissait pas, et par conséquent, l'intéresse en tant que scénariste. Un monde clos, quasi autarcique, qui se replie sur lui-même pour mieux se protéger : « je suis moi-même issu d'une diaspora italienne arrivée ici (France) après la guerre, et elle s'est greffée grâce à un réseau social aussi solidaire que structuré ». Pour Le Premier Cercle, d'un point vue dramatique, il est plus excitant, pour Tuel de situer l'intrigue dans un contexte moins familier et plus secret, sans pour autant pointer du doigt les Arméniens de France, car il n'a jamais été question de ça.
Au contraire, les personnages du film ne sont en rien représentatifs d'un ensemble, et le film ne se veut pas être une étude réaliste d'un environnement. Il s'agit avant tout d'un outil narratif. D'ailleurs une grande partie du scénario repose sur la manière dont le « Chef de gang », Jean Reno, se sert du passé tragique de son peuple pour manipuler les autres, asseoir son pouvoir et exercer sa domination, notamment sur son fils qui veut quitter le clan.
Narration
Le film s'ouvre sur des archives historiques très douloureuses qui semblent mettre en perspective le génocide arménien et la famille Malakian... Si vous écoutez attentivement la voix-off qui les accompagne, il est bien précisé que Milo (Jean Reno) fait le choix d'une vie criminelle, contrairement à l'écrasante majorité de ses compratriotes qui ont pris le choix de l'intégration. Comme dans tout groupe humain, celui du Premier Cercle comporte ses moutons noir, et il n'y a aucune ambiguïté à ce sujet : le personnage de Reno est un renégat qui se sert de la violence, de l'intimidation et du chantage tant mémoriel qu'affectif pour parvenir à ses fins. Dans ce sens, on pet dire que le prologue constitue la vision de l'histoire subjective et déformée de Milo Malakian, ce qui ne l'empêche pas d'être totalement sincère dans comportement, aussi condamnable soit-il.
Le héros est le méchant
Milo Malakian est tout d'abord un exilé, un homme qui a quitté sa terre, qui le regrette, et qui a recrée un monde en autarcie du côté noir de la « force ». Arraché à son pays, il est incapable de ce faire à ce nouveau monde, il sait qu'il rate la fin de sa vie d'homme, et sa violence de bandit tout-puissant est peu à peu devenue sa seule raison d'être.
L'absence de femme dans sa vie lui interdit toute espèce d'équilibre. Il dort seul, n'a personne à qui offrir sa tendresse, son cœur s'est peu à peu névrosé, son humanité s'est elle aussi atrophiée... il devient un monstre, ce que deviennent d'ailleurs plus ou moins tous les hommes sans amour. Faute d'une vraie famille, il s'est constitué une meute dont il s'est intronisé le chef. D'où son caractère dur envers son fils ( Gaspard Ulliel), le fait qu'il n'est pas de mère constitue un rôle essentiel.
Pour Jean Reno dans son premier rôle en tant que père: « ce n'est pas seulement un film policier, mais aussi, voire surtout, une tragédie: celle d'un père, d'un fils, d'une mère absennte, et d'une jeune femme dont l'amour pourrait arracher au patriarche l'unique bien qu'il possède, à savoir son enfant. Le scénario n'est qu'un déguisement: c'est une histoire aux enjeux universels qu'on pourrait tout autant transposer chez des pêcheurs grecs ».
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