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Cannes 2008
Le Silence de Lorna était présenté en compétition à la 61e édition du Festival de Cannes. Les frères Dardenne n'ont cette fois-ci pas décroché la Palme d'or, mais sont tout de même repartis avec le prix du meilleur scénario. Un joli lot de consolation !
Une actrice venue de loin
Le visage de Arta Dobroshi n'est pas connu en France ou en Belgique, et pour cause, les réalisateurs sont allé loin pour dénicher leur perle rare. Ils expliquent : « Un de nos assistants est allé faire un casting d’une centaine de jeunes femmes actrices professionnelles et non-professionnelles à Pristina, Skopje et Tirana. Parmi celles-ci, nous avons retenu Arta Dobroshi. Nous l’avions déjà vue quelques semaines plus tôt dans deux films albanais. Nous sommes allés la rencontrer où elle vit, à Sarajevo, et durant une journée, nous l’avons filmée avec notre caméra DV : marchant, courant, chantant et dans des scènes proches de celles du film. Ensuite, elle est venue à Liège et nous l’avons filmée jouant avec Jérémie Renier et Fabrizio Rongione. Elle était merveilleuse, simple et belle. Le soir, avant qu’elle ne reprenne l’avion pour Sarajevo, nous lui avons dit que c’était elle qui interpréterait le rôle de Lorna, qu’elle devrait revenir quelques mois avant le tournage pour répéter et apprendre le français. »
Dans la peau de Lorna
Son personnage est éponyme, il n'est donc pas étonnant que Arta Dobroshi soit présente dans la quasi totalité des scènes. L'actrice revient sur ce tournage éprouvant, dans le bon sens du terme visiblement : « Etre actrice, c'est une passion plus qu'un travail, alors être à ce point impliquée dans un film... En plus, on a tourné dans l'ordre chronologique, donc c'est plus facile pour être dans le personnage : chaque jour, je le jouais, je pouvais vraiment rentrer dans son état d'esprit. Pour moi c'était plus facile que de tourner un jour tous les trois jours.»
Changement de décors...
La quasi-totalité des long métrages de Jean-Pierre et Luc Dardenne se déroule à Seraing, la cité industrielle belge dans laquelle ils ont grandi. Pourtant les protagonistes du Silence de Lorna évoluent à Liège, les réalisateurs expliquent ce changement : « Nous nous sommes déplacés de 10 km. C’est vrai que Liège est une plus grande ville avec beaucoup de monde dans les rues la journée comme le soir. Pour Lorna arrivant d’Albanie, une grande ville d’Europe représente toutes les espérances. Nous voulions aussi voir Lorna parmi la foule, parmi les gens, physiquement proches d’elle mais ignorant tout de son secret. »
... Et de caméra
Parmi les caractéristiques de la réalisation «à la Dardenne» il y a cette caméra qui suit les personnages de manière brusque et rapprochée.. Pour cela, les frères utilisaient jusqu'alors une 16mm, mais pour Le Silence de Lorna, ils ont modifiés leur choix : « nous avons fait des essais avec 5 caméras numériques, une 35 mm et une super 16 mm. Ce sont les images tournées de nuit avec la 35 mm qui étaient les plus proches de ce que nous cherchions. Par ailleurs, nous avions décidé que, pour ce film, notre caméra bougerait moins, écrirait moins, serait plus là pour enregistrer. Le poids de la 35 mm, sa plus grande inertie étaient dès lors intéressants pour notre film. »
Sujet d'actualité
A l'heure où la question de l'immigration est plus que jamais débattue, les frères Dardenne décident de montrer une part de vérité. Ils expliquent le point de vue européen de leur film, mais également son caractère universel : « même si cela se déroule en Europe occidentale, ce qui nous a essentiellement intéressé, c’est l’histoire d’êtres humains qui viennent d’ailleurs, comment ils arrivent et par quels moyens (qui ne sont pas à saluer) ils sont prêts à passer pour concrétiser leurs rêves. Pour que l’histoire fonctionne, il fallait que Lorna ne vienne pas d’un pays de l’Union Européenne. Elle est Albanaise, mais elle aurait pu être Brésilienne ou Russe. On ne peut pas aller contre les flux migratoires comme on pensait pouvoir le faire il y a dix ans. Aujourd’hui, il faut envisager un accueil plus fraternel et humain, sans être non plus naïf car les pourvoyeurs de travailleurs au noir en tirent profit. »
Le regard de Lorna
Le silence de Lorna est n'est pas un film résolument féministe, mais la trempe du personnage éponyme face aux hommes qui tente de la manipuler par tout les moyens force le respect, Arta Dobroshi explique sa vision cet aspect :«Ca parle des femmes, mais je pense que ça parle surtout de l'être humain en général. C'est ce que j'aimais beaucoup. Ce n'est pas important qu'elle vienne d'Albanie, de Russie ou d'Allemagne. Elle veut juste vivre comme tout le monde. On peut le voir comme un discours féministe, mais ça dépend comment on interprète la fin du film. Elle est entre cinq hommes, et elle se démène pour arriver à son but, vivre comme elle l'entend. Elle pense prendre le pouvoir, elle n'y arrive pas et sa vie change.»