Des idiots et des anges |
Village Voice
Si l’humour de Bill Plympton, pince-sans-rire et reposant sur la distorsion de l’espace, fonctionne d’habitude mieux dans ses courts-métrages, Des idiots et des anges déroge à la règle. Ce film à la fois beau et terrifiant, ce conte lugubre et drôle, est son long-métrage le plus accompli. Bill Plympton, moins préoccupé par les gags, raconte son histoire avec agilité et accorde un soin particulier à l’image. Il rend ce qui est complètement dingue élégant.
Ambiance
Le film se déroule principalement dans un bar minable où le personnage principal a pris racine, entouré d’un barman mielleux, de sa femme blonde qui rêve d’une idylle et d’une vieille poule obèse et peu scrupuleuse. Le Bien combat le Mal dans une ambiance languissante à la fois arrosée et enfumée où se mêlent les cris et les coups. La comédie noire et sardonique, toute en nuance, de Bill Plympton, est son meilleur long-métrage à ce jour. Sa pantomime organique et dénuée de tout dialogue est appelée à élargir un public de fans déjà considérable.
Time Out New York
Le nouveau film de Bill Plympton est une approche pleine d’humour noir de la lutte classique du Bien contre le Mal ; un combat intérieur stimulant et bourré d’imagination, qui est extériorisé.
Genèse du film
« Je n’ai jamais trop bien su d’où me venaient mes idées. Si je n’avais qu’une source d’inspiration, mes films, j’en ai peur, seraient tous les mêmes. Ce peut être un article de journal, un morceau de musique, une projection de moi-même, des événements observés en me promenant dans la rue, des pensées qui me sont venues simplement en rêvassant dans mon lit ou encore, comme dans le cas de Hair High, un rêve. Mais je n’arrive pas vraiment à me rappeler d’où j’ai pu sortir l’idée de base pour Des idiots et des anges. Le premier souvenir que j’en ai remonte à 2005, alors que je me promenais en compagnie d’un étudiant au Festival de cinéma de Lille. Comme il me demandait quel serait le sujet de mon prochain film, je lui ai répondu, sans réfléchir, que cela parlerait d’un ange qui ne veut pas de ses ailes. Plus nous en discutions ensemble, et plus le concept commençait à vraiment me séduire », explique le cinéaste.
Expèrience amère
Bill Plymton a tenu à faire ce film sur un ange recalcitrant, car la production d'Hair High a été laborieuse, et le film n'a pas été rentable. Tout d'abord, le choix d’engager des acteurs connus a coûté beaucoup d’argent, la location du studio était hors de prix et, pour faire face aux besoins d’une production dont le standing avait été un tantinet boosté par rapport à d’habitude, il a dû embaucher beaucoup plus de décorateurs et de traceurs. Ensuite, les délais n’avaient pas été respectés et le budget avait été dépassé. Cela a coûté 400 000 dollars de la poche de Plymton pour produire le film, afin d’être prêt pour le Festival de Sundance. En prime, le cinéaste a du s'endetté, croyant que le film aurait été sa percée Hollywoodienne.
Changement esthétique
Plymton a eu choc face à l' échec commerciale d'Hair High et change de méthode pour son dernier métrage : « Cette expérience a été source de pas mal d’angoisse et de stress, or si j’aime faire des films d’animation, c’est parce que c’est une aventure vraiment amusante à vivre. Alors bon, je ne me voyais pas rééditer l’épisode déprimant de Hair High, j’ai donc décidé que Des idiots et des anges serait en tous points à l’opposé de ce film. Là où Hair High était éclatant de contrastes et de couleurs, avec une animation très fluide, Des idiots et des anges serait monochrome et animé de façon plus basique. Là où Hair High bénéficiait de la participation d’acteurs connus pour les voix, la bande-son de Des idiots et des anges ne serait composée que de musique et d’effets sonores, sans aucun dialogue ». A la manière de ses courts métrages qui n'ont de dialogues non plus, il déclare lui-même que la narration fonctionne bien parce que c'est une narration visuelle.
Jalousie
« Je finance mes propres films. Je suis assez gâté finalement, je n'ai pas à me rendre à toutes ces réunions à Hollywood, avec les gens du marketing, des producteurs, des bureaucrates... Je fais ce que je veux, comme je le veux et quand je le veux. Il y a du bon et du mauvais dans cette situation. Je fais ce que je veux, mais je n'ai pas accès aux grands réseaux de distribution, comme l'ont Shrek ou Kung Fu Panda. Je suis jaloux de ces films qui sont vus par des millions de gens partout dans le monde, alors que les miens sont vus par des milliers. Ce n'est pas quelque chose qui me réjouit. J'adorerais que mes films soient vus par autant de gens. C'est un compromis, j'ai choisi l'indépendance. Je suis un peu le Jim Jarmusch de l'animation, je ne fais pas de grands blockbusters, mais je fais les films que je veux faire et qui me rendent heureux », avoue Bill Plympton.
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