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L'Etat du monde

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Infos tournage

Un projet instigué par une fondation

Dans le cadre d'évènements commémoratifs, la Fondation Calouste Gulbenkian a demandé à six auteurs de réaliser un court-métrage porteur de leur vision du monde.

 

Apichatpong Weerasethakul et Luminous people

«Le film est la reconstitution d’une cérémonie qui célèbre la présence des morts et les mémoires décadentes des vivants, du cinéma. Je me suis rendu, avec mon équipe, à Nong Khai, une petite ville située à proximité du fleuve Mékong, et j’ai invité les habitants de cette localité à participer au projet. Pendant les deux journées que l’on a passé sur le bateau, nous avons reconstitué une cérémonie inventée et élaboré un récit. Plus tard, certains membres de l’équipe se sont réunis pour visionner les images et leurs conversations ont été enregistrées. Pendant ce processus, l’un d’entre eux s’est remémoré une visite que son père décédé était venu lui rendre dans ses rêves. Je lui ai demandé de chanter cette histoire dans le film.»

 

Vicente Ferraz parle de Germano

«J’ai écrit cette petite histoire en pensant au thème qui m’avait été proposé : “L’état du monde”. La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est l’état de notre planète, l’impasse entre la globalisation et les cultures nationales, le défi que représente la préservation de l’environnement. C’est cela qui m’a amené à raconter l’histoire simple de Germano et de sa petite embarcation, confrontés à un immense pétrolier russe, par analogie avec le passage du XXe au XXIe siècle. Je voulais faire un film semblable à un roman populaire du Nordeste brésilien.»

 

One way vu par Ayisha Abraham

«One Way est le portrait d’un travailleur invisible dans une grande ville contemporaine, dont l’existence est arrêtée entre la vertigineuse transformation de l’espace urbain et le paradis perdu de sa terre indigène.»

 

Brutality Factory et Wang Bing

«Il y a quelques années, alors que je m’entretenais avec des ouvriers, ils m’ont parlé des affrontements, des interrogatoires et des épisodes de torture ayant eu lieu dans leur usine pendant la révolution culturelle. Un soir, alors que je déambulais dans l’enceinte de l’usine déserte, je fut saisi par la peur, me sentant comme observé et suivi par un fantôme.

Aujourd’hui encore, la vérité sur cette époque n’est connue que par un petit nombre de personnes ayant directement assisté à ces événements ou les ayant vécus. Avec le temps, leurs histoires se sont transformées en plaisanteries, en histoires de fantômes ou en contes terrifiants, une façon de garder le passé en mémoire.»

 

Chantal Akerman à la tombée de nuit sur Shangaï

«Quand on m’a proposé de faire un court-métrage sur l‘état du monde, je me suis sentie écrasée par un sujet si large. Je me suis dit, ma rue, la rue de Ménilmontant, est aussi une partie de l‘état du monde. Mais je ne la vois plus parce que je la vois tous les jours. J’ai donc décidé de m‘éloigner pour pouvoir voir. Aussi j’ai été à Shanghai, c’est loin et je n’y étais jamais allée. Et là j’ai vu un monde où les images sont partout, où toutes cultures se mélangent dans un concert assourdissant, tout cela en vidéo, les bateaux, les immeubles, ne sont plus que des immenses écrans. Il y a du plaisir à y être mais aussi autre chose, cela fait encore plus réfléchir aux images qui s‘érigent comme des totems.»