Inju, la bête dans l'ombre |
Naissance du projet
Barbet Schroeder a lu l'œuvre originale Inju de Edogawa Rampo il y a cinq ans sur les conseils de Raoul Ruiz. Fasciné par l'histoire de rivalité entre écrivains japonais, il a cependant abandonné l'idée d'une adaptation cinématographique car « impossible » selon lui. A sa grande surprise, quelques années après, il reçoit par la poste un scénario du même nom, signé de Jean-Armand Bougrelle. Séduit par cette adaptation qui met en scène deux écrivains l'un japonais ; l'autre français, Barbet Schroeder s'est lancé dans l'aventure. « L'écrivain étranger qui vient sur le territoire de son idole pour le provoquer et le narguer : je tenais là un thème vraiment intéressant pour moi » déclare t-il.
Ecrivain malfaisant et sans remords...adulé du public
Edogawa Rampo a servi de modèle au personnage de Shundei Oe, l'écrivain adulé par Alex Fayard dans le film. Cet auteur extrêmement populaire et très respecté au Japon est aussi terriblement méchant. « Cette différence culturelle m'a bien plu ! » explique Barbet Schroeder.
Schroeder, un passionné du Japon
Barbet Schroeder a découvert le Japon à l'occasion de la présentation de son film More en 1969 à Osaka. Depuis, il y retourne chaque année. En tant que bon cinéphile, il était déjà très attiré par ce pays qu'il connaissait à travers les films de Mizoguchi, Ozu ou encore La Maison de bambou de Samuel Fuller.
S'il est très attaché aux jardins zen, parfait symbole de la culture traditionnelle japonaise, il avoue aussi sa fascination pour la sexualité japonaise, totalement dépourvue de culpabilité et de moralisme.
IN-JU
Comme le Ying et le Yang, ces deux caractères IN-JU ont un sens double et opposé. Inju peut signifier la bête tapie dans l'ombre qui attend de bondir sur sa proie ou bien la bête endormie à l'intérieur de soi et qui attend de se réveiller.
Septième coopération
On ne change pas une équipe qui marche ! Pour la septième fois, Barbet Schroeder a tourné avec son chef opérateur fétiche, Luciano Tovoli.
Un tournage, deux caméras
Inju était un tournage à deux, voire trois caméras. « C'est un luxe formidable » explique Barbet Schroeder.
L'usage de ces deux caméras a été poussé à ses extrêmes limites afin de conférer une grande fluidité et du naturel aux nombreuses scènes de dialogues.
« Police Culturelle »
Dans l'histoire initiale, le personnage de la Geisha n'existait pas. Sujet particulièrement difficile pour un réalisateur, car les japonais détestent la représentation que l'Occident fait des geishas. Ils ne tolèrent pas le malentendu qui consiste à réduire ces femmes à de vulgaires courtisanes. C'est pourquoi Barbet Schroeder a tenu à soigner tout particulièrement le personnage de Tamao. Sens du détail oblige, le réalisateur a même donné tout pouvoir à une véritable geisha présente sur le plateau et dépositaire de la tradition du célèbre quartier de Gion. Il fallait que tout, dans les moindres gestes soit absolument vrai. Le travail très méticuleux de la geisha qui a entraîné intensément l'actrice pour son rôle, lui a valu le surnom de « Police Culturelle » ! Dans le fond, Barbet Schroeder reconnaît que cette maniaquerie est quelque peu aberrante quand on sait qu'il ne reste qu'une centaine de geishas dans le quartier de Gion, capables d'attester de l'exactitude de cette représentation. Cette tradition en voie de disparition a laissé « une impression de vraie simplicité, d'intelligence et de légèreté » confie Schroeder. « Au Japon, ce sont des monuments historiques vivants ». Surtout lorsque l'on sait qu'une soirée avec l'une d'elles coûte entre cinq et dix mille dollars ! Et comme le dit le personnage d'Awase à la fin du film « C'est beaucoup plus profond que le sexe ». Barbet Schroeder ajoute « Une geisha, c'est un musée vivant, certainement pas une pute ! ».
A la japonaise
Exercice périlleux pour Barbet Schroeder de tourner au Japon. Et toujours dans un souci de rigueur extrême, il a tenu à ce que tous les décors soient exacts. C'est pourquoi, pratiquement toute l'équipe de tournage, soit une centaine de personnes, est japonaise. Il a donc été nécessaire de se plier au savoir-vivre japonais, basé sur le respect de l'autre. Par exemple, pour tourner dans une rue, il faut faire une demande d'autorisation écrite à tous les habitants...et attendre leur réponse.
Au total,Barbet Schroeder a passé un an au Japon, dont neuf mois de préparatifs et trois mois de tournage intense. « Ce fut une expérience inoubliable » confie le réalisateur.
Une japonaise de Paris
Pour le rôle de Tamao, il était indispensable que l'actrice parle parfaitement français. Une japonaise n'aurait pas pu apprendre la langue. Un casting a donc été organisé à Paris où Barbet Schroeder a trouvé Lika Minamoto. Même si elle parlait bien le français, elle a dû travailler d'arrache-pied pour perdre son accent japonais !
Pour le casting japonais, le réalisateur a visionné des bouts de films et a eu l'impression de faire des découvertes foudroyantes avec Ryo Ishibashi, Shun Sugata et Kazuhiko Nishimura. Il a ensuite appris qu'ils étaient très connus au Japon !
Un plan miraculeux
Il est totalement impossible d'obtenir l'autorisation de tourner à Kyoto.
Tourner à Gion le plan de fin du générique fut une véritable épreuve de force, une prouesse ! Le tournage a donc eu lieu principalement à Tokyo où tout a aussi été très compliqué... Par exemple, il y est interdit de tourner dans les jardins publics. La ville de Kanasawa a finalement donné une autorisation exceptionnelle mais l'équipe a du se faire complètement invisible et n'avait pas le droit de demander au promeneur de faire silence ou de se déplacer en fonction du tournage !
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