It's a Free World! |
Ken Loach, égal à lui-même
Souvent qualifié de cinéaste social, Ken Loach s'intéresse une fois encore à ceux que le « miracle économique anglo-saxon » broie, du point de vue, cette fois, des ouvriers immigrés. Le réalisateur a trouvé l'origine de son sujet dans son documentaire The Flickering flame, sur les dockers de Liverpool qui luttaient pour leur emploi, tourné dans les années 1990. A nouveau, il plaide pour une économie différente de celle basée sur la loi du marché, trop inégalitaire. « Ce que je crois, moi, c'est que cela se produit parce que c'est l'intérêt d'une seule classe, et qu'on nous trompe en nous amenant à penser que c'est de cette manière que l'on doit vivre. Ce n'est pas vrai. »
Exploitation des travailleurs immigrés
Loach avait déjà dénoncé ce scandale. Dans Bread and Roses, il évoque les immigrés mexicains à Los Angeles, dans Just a Kiss, il parle des immigrés de la deuxième génération en Grande-Bretagne. « Ce film n'est pas une révélation (...) [il veut] défier cette sagesse prédominante qui voudrait qu'un esprit d'entreprise sans pitié soit la seule manière pour la société de se développer (...) Cela engendre des monstres. »
Un personnage ambigu
Selon Paul Laverty, le scénariste, Angie est une personne incroyablement égoïste mais aussi ambitieuse et généreuse. « Lorsque son amie Rose l'accuse de vivre sur le dos des ouvriers étrangers, elle le reconnaît, mais elle ajoute : «Nous le faisons tous» Et elle a raison... » Pour Laverty, Angie accepte seulement de faire le sale boulot que d'autres se refusent à voir, ce qui permet de « garder hors de notre vue les détails sordides de ce qui se passe dans les entrepôts, aux abords des grandes villes... »
A la recherche d'Angie
Quatre mois d'auditions, de rappels, de sessions d'improvisation et de bouts d'essai, ont été nécessaires pour dénicher la perle rare : Kierston Wareing. Agée de 31 ans, la comédienne n'avait jamais décroché de rôle jusqu'à It's a free world! « J'étudiais pour devenir secrétaire juridique, parce que j'étais sur le point d'abandonner le métier d'actrice (...) Pour être honnête, cela fait dix ans que je me bagarre pour exister. » Ken Loach, séduit par l'actrice, raconte : « J'ai tendance à aller vers des gens que l'industrie du cinéma n'a pas encore exploités. J'aime les comédiens qui ont encore un peu de mystère... ceux qui ne s'inscrivent pas dans le modèle facile et vide qu'utilise si souvent la télévision. »
Un décor familier
Pour représenter l'appartement des jeunes femmes, Ken Loach leur a demandé d'apporter des objets, des photos personnels afin qu'elles s'approprient les lieux de façon naturelle. « Ken aime qu'un acteur se sente chez lui en entrant dans un décor », raconte Fergus Clegg, le chef décorateur.
Le montage, un travail de titan
Jonathan Morris, le chef monteur, s'est heurté à la difficulté de monter les scènes de dialogues, lorsque plusieurs personnages interviennent en même temps et qu'il faut préserver une certaine continuité. Le visionnage du premier montage est, selon lui, le meilleur moment : « C'est aussi le plus difficile parce qu'on trouve toujours que le film a au moins une demi-heure de trop... Il faut décider quelle durée mérite l'histoire. On retourne alors au montage puis on revoit le film avec Paul Laverty et Rebecca O'Brien, la productrice. Et on retourne au banc de montage. On voit ainsi le film sept ou huit fois. »
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