Dans la brume électrique |
Un film qui revient de loin...
Initialement le film devait sortir le 26 mars 2008, mais, après avoir été mystérieusement reporté, ce dernier disparut totalement des circuits de distribution. Un conflit avait éclaté entre les producteurs américains et Bertrand Tavernier qui n'avait pas le final cut. Cette mésaventure arriva à beaucoup de réalisateurs français partis tourner aux Etats-Unis (ex : Kassowitz et Babylon A.D.). Tommy Lee Jones menaça Tavernier de poursuites juridiques si ce dernier ne lui remettait pas le film afin de le remonter comme il l'entendait.
Point rancunier, Tavernier mentionna l'interventionnisme «constructif» de Tommy Lee Jones (qui n'était pas sur le plateau «pour prendre un prix de bonne camaraderie») ; il évoqua aussi du bout des lèvres «la lourdeur du système de production américain, aux règles rigides dictées par les syndicats», mais il rendit grâce aux équipes techniques : «J'ai tourné le film en quarante et un jours. Un d'avance sur le plan de travail !». Toujours est-il que Tavernier est puni : Tommy Lee Jones n'est pas venu présenter le film lors du Festival de Berlin et le film sortira directement en dvd aux Etats-Unis.
Quand Bertrand rencontre Tommy
Même s'il apparaît que Tommy Lee Jones se montra particulièrement exigeant lors du tournage, Tavernier ne semble pas en tenir rigueur à l'acteur, en témoignent les propos chaleureux qu'il tient sur ce dernier : «Il n'y avait que Tommy Lee Jones à pouvoir interpréter Robicheaux, son idéalisme, ses grands principes moraux, sa culpabilité engendrée par sa foi catholique mais aussi ses excès de violence, sa colère contre les injustices, sa rage face à la bêtise et l'arrogance des mafieux». Quid de la réputation du caractère pour le moins difficile de l'acteur ? : « Clint Eastwood m'avait prévenu en me disant qu'il n'était pas un gars convivial et chaleureux, mais qu'on tombait amoureux de lui dans la salle de montage. Ce qui s'est révélé juste ! Dans le travail, dès qu'on lance le mot “moteur”, Tommy Lee Jones est immédiatement génial, concentré, rapide, professionnel. Par ailleurs, il a étroitement collaboré à l'écriture du scénario avec Burke et moi-même».
Le tournage
Le tournage eut lieu à New Iberia, en Louisiane, avec l'équipe de Trois enterrements (le précédent film de Tommy Lee Jones) aux principaux postes : montage de Roberto Silvi ; musique de Marco Beltrami ; coproduction de Michael Fitzgerald ; et le premier assistant réalisateur fut Phil Hardage. Tommy Lee Jones retrouva aussi certains acteurs de ce même film : Levon Helm ; Julio Cedillo; Richard Jones.
Une adaptation
Le film est adapté du roman In the Electric Mist with Confederate Dead, écrit par le texan James Lee Burke (celui qu'on surnomma le Faulkner du roman noir écrivit notamment Une saison pour la peur et Une tache sur l’éternité). Le scénario a été adapté par Mary Olson-Kromolowski et Jerzy Kromolowski, qui adaptèrent aussi The Pledge (l'oeuvre de Friedrich Dürrenmatt) en 2001.
Le réalisateur ne cache pas son admiration pour l'auteur issu du bayou spécialiste des ambiances poisseuses, des climats crépusculaires teintés de jazz et de musique cajun : «C'est un romancier que j'adore depuis une dizaine d'années. J'ai pris contact avec lui et il m'a fait découvrir sa terre, la Louisiane».
Un des thèmes de prédilection de Burke est l'existence de liens indéfectibles, souterrains et douloureux entre présent et passé, une obsession qui parla beaucoup à Tavernier : «Pour Burke, refuser de se confronter au passé provoque les crimes du présent. À ses yeux, le fait qu'en Louisiane les gens n'aient pas affronté la question raciale dès la guerre de Sécession amène crimes et corruption».
Fortement impliqué dans le film, James Lee Burke à aidé à trouver des plans pour le tournage en extérieur et a même écrit des textes que Tommy Lee Jones prononce en voix off.
Dave Rochibeaux au cinéma
Dans la brume électrique est la seconde adaptation au cinéma d'un roman de James Lee Burke mettant en scène Dave Rochibeaux. Alec Baldwin avait déjà incarné ce personnage dans Vengeance Froide (1996), de Phil Joanou (le film était une adaptation du roman Prisonniers du ciel).
Pour Tavernier, Dave Robicheaux représente «l'une des plus belles figures de la littérature criminelle depuis Philip Marlowe».
Anecdote
En 1981, Bertrand Tavernier avait déjà adapté un roman américain : Coup de torchon (d'après 1275 âmes, de Jim Thompson). En revanche, ce dernier avait déjà tourné un film en anglais, La mort en directe (1980), avec Romy Schneider et Harvey Keitel. Il s'agit de la seconde épopée outre-atlantique du réalisateur : la précédente se fit avec Autour de minuit (1985), l'histoire d'un saxophoniste noir-américain du nom de Dale Turner qui monte à Paris dans les années 1950 et qui devient l'ami d'un dessinateur français. Le musicien est inspiré de deux légendes du jazz : le saxophoniste Lester Young et le pianiste Bud Powell.
De plus, féru de cinéma américain, Tavernier a co-signé un livre avec Jean-Pierre Coursodon sur le sujet : 50 ans de cinéma américain.
Tavernier et la musique
La présence de musiciens (ici Levon Helm, ancien batteur du groupe The Band qui joue le fantôme d'un général de la guerre de Sécession) ou bien directement la réalisation de films consacrés à la musique, et plus particulièrement au jazz et au blues (Autour de minuit, Mississippi blues), sont une constante dans l'œuvre de Tavernier (de son propre aveu, depuis son adolescence, son apprentissage du jazz fut parallèle à celui du cinéma). Ainsi, Herbie Hancock composa la bande-originale d'Autour de minuit où de grands musiciens jouaient directement devant la caméra : Chet Baker, Dexter Gordon, John McLaughlin, etc.
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