Faubourg 36 |
Un cinéaste attendu au tournant
Après son premier film en 2004, Les Choristes, un grand succès populaire avec près de huit millions d'entrées, Christophe Barratier est très attendu. Le réalisateur en est conscient, et préfère ne pas se précipiter avant de faire un second long métrage. Il commence par refuser tout ce qu'on lui propose, y compris aux Etats-Unis car rien ne le tente vraiment. Le metteur en scène ne suit pas non plus les conseils qu'on lui donne, à savoir de casser son image des Choristes en tournant un thriller. Sans se demander quel genre de film pourrait attirer le plus de spectateurs, le cinéaste choisit d'écrire lui-même un scénario original qui lui plait et de chercher un sujet et des personnages qui le stimulent, et dans lesquels il peut se retrouver. Ce qui donne lieu après quatre ans à Faubourg 36, qui reste dans le même veine que sa première œuvre, ponctué de chansons.
Genèse du film
L'idée du film vient de la période où Christophe Barratier travaille en tant que producteur dans la société de son oncle Jacques Perrin, Galatée Films. Alors qu'il travaille sur Microcosmos, Reinhard Wagner et Frank Thomas, respectivement compositeur et parolier de Faubourg 36, frappent à la porte de la société à la recherche d'un metteur en scène et d'un scénariste pour créer une comédie musicale à partir de leurs chansons. A l'époque, le projet n'aboutit pas, mais quelques années plus tard, après un an de promotion pour Les Choristes, le cinéaste ressort ces chansons de l'oubliette. Refusant toute nouvelle sollicitation, il décide d'en faire un film, porté par la musique et par les paroles, qui lui inspirent un scénario. C'est donc de là qu'est né Faubourg 36.
Un film très référencé
Pour recréer le parfum de l'époque pendant laquelle se déroule le film, Christophe Barratier utilise de nombreuses références. En ce qui concerne les influences cinématographiques, le cinéaste s'inspire de René Clair, Marcel Carné, Jacques Prévert et Clouzot entre autres, et de films comme La belle équipe, Le jour se lève et Pépé le Moko. Pour les numéros musicaux, le metteur en scène prend comme référence le chorégraphe et réalisateur américain Busby Berkeley, à qui l'on doit des chorégraphies très géométrisées et impressionnantes dans les années 30 et 40. En plus de cela, Christophe Barratier fait appel à Pierre Philippe, un cinéaste et écrivain français d'une grande culture qui l'aide à se documenter sur l'histoire du music-hall français, dont il est spécialiste. Sans oublier la lecture des journaux de l'époque pour s'imprégner du ton et de l'esprit de cette période.
Le choix des trois acteurs principaux
Quand on lui demande s'il avait déjà des acteurs en tête lors de l'écriture du scénario, le réalisateur répond immédiatement : « Bien sûr, Gérard, Kad, Clovis... », les interprètes des trois héros du film. Pour Christophe Barratier, retravailler avec Gérard Jugnot après Les Choristes est une évidence. « Il a fallu que je lui raconte un soir l'idée de Faubourg 36 pour être sûr qu'il en ferait partie », confie-t-il. C'est la même chose pour Kad Merad, que le réalisateur avait fait jouer dans son premier court-métrage alors qu'il était encore connu pour n'être que Kad du duo comique « Kad et Olivier ». C'est aussi grâce à Barratier que le comédien obtient son premier rôle « sérieux » au cinéma dans Les Choristes. Quant à Clovis Cornillac, le réalisateur souhaitait depuis longtemps travailler avec lui. Après avoir lu le scénario, le comédien accepte de faire partie de l'aventure.
Un personnage ambigu pour Kad Merad
Dans le film, Kad Merad interprète Jacky Jacquet, un personnage inspiré par de grands excentriques incarnés à l'écran par Jean Tissier ou Robert Le Vigan, à la candeur presque enfantine. Mais il a aussi une facette plus sombre, puisque pour réussir, il n'a pas peur de se compromettre avec l'extrême droite, comme l'explique le réalisateur : « Il me paraissait indispensable qu'un des personnages vacille dans l'inavouable, voire dans la honte. Les marques de xénophobies étaient prégnantes, voire très banales à l'époque. Les insérer simplement dans le décor ne servait pas à grand chose, en revanche les faire exister dans l'histoire à travers l'évolution d'un personnage servait très bien notre propos et ajoutait des aspérités au personnage de Jacky ».
Une histoire de famille
Faubourg 36 est un film réalisé en famille, puisque l'un des producteurs du film, Jacques Perrin, n'est autre que l'oncle de Christophe Barratier, le réalisateur. Quant à la révélation du film, il s'agit de Maxence Perrin, le fils de Jacques et donc le petit cousin de Christophe, si vous suivez toujours. Le metteur en scène lui avait déjà offert le rôle du petit Pépinot dans son premier long métrage, mais bien qu'il soit son cousin, il dit traiter le jeune garçon comme n'importe quel autre acteur. « Sa relation avec Gérard dans Faubourg 36 est presque une suite des Choristes. Il est très doué. Il va maintenant entrer dans l'âge où il devra apprendre à faire prospérer son talent et à passer aux étages supérieurs. Dès lors, tout lui sera ouvert » déclare le réalisateur.
Un film en chansons
Comme dans Les Choristes, les chansons sont essentielles dans Faubourg 36, d'autant plus que le film raconte la création d'un spectacle de music-hall. Celles-ci sont composées par Reinhart Wagner et écrites par le parolier Frank Thomas. Pour les besoins du scénario, Christophe Barratier leur demande d'en créer de nouvelles pour illustrer les thématiques d'espérances du Front Populaire. Le réalisateur ne tarit pas d'éloge sur eux deux, qualifiant Wagner de « mélodiste d'exception », et pour lui « Frank Thomas est plus qu'un parolier, c'est un poète, aux styles très divers ». C'est à lui qu'on doit notamment les textes de très populaires chansons françaises comme « Les Dalton » de Joe Dassin, « Le téléphone pleure » de Claude François ou « Dites-moi » de Michel Jonasz.
Un tournage à l'étranger
Pour une plus grande implication de l'équipe du film, et ne pas avoir l'impression d'aller au bureau tous les matins, Christophe Barratier préfère tourner loin de Paris. Il opte pour la République Tchèque qui offre le plus de garanties en termes de coûts et de qualité des techniciens. 90% du tournage a alors lieu près de Prague, et le reste est filmé dans quelques rues de Paris.
Le chef opérateur de Clint Eastwood
Parce qu'il apprécie beaucoup son travail, notamment ses lumières contrastées et ses nuances, Christophe Barratier envoie le scénario de Faubourg 36 à Tom Stern. Il s'agit du chef opérateur de la plupart des films de Clint Eastwood, à l'œuvre sur Mystic River, Million dollar Baby ou Lettres d'Iwo Jima, entre autres. Le réalisateur a peu d'espoir qu'il accepte de travailler avec lui, mais vingt quatre heures après avoir reçu le script, le chef opérateur l'invite à venir passer quelques jours dans sa maison du Gers. Les deux hommes sympathisent et Tom Stern accepte la proposition.
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