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L'Ennemi intime

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Infos tournage

Benoît Magimel au coeur du projet

En rencontrant Patrick Rotman, passionné par la question algérienne et réalisateur de La Guerre sans nom avec Bertrand Tavernier, ainsi que d'un documentaire sur la guerre d'Algérie nommé L'Ennemi intime, Benoît Magimel, que la question travaille lui aussi, a une sorte de révélation. Il présente donc Rotman à Florent-Emilio Siri pour faire un film de son documentaire. L'équipe en devenir doit attendre cinq ans et l'arrivée des producteurs François Kraus et Denis Pineau-Valencienne pour réaliser ce projet.

 

Motivations

Derrière cette envie commune de faire un film sur la guerre d'Algérie, il y avait l'ambition d'ouvrir une brêche dans le long silence cinématographique qui entoure cette période de l'histoire de France. Les derniers films sur la guerre datent d'une quarantaine d'années et viennent d'un cinéma militant : R.A.S. (Yves Boisset), La Question ( Laurent Heynemann), Avoir 20 ans dans les Aurès ( René Vautier), La Bataille d'Alger ( Gillo Pontecorvo). A partir de ce constat, Rotman, Siri et la production se réunit pour « faire un film épique... concentré sur des parcours humains pour dépasser le genre films de guerre. »

 

Eviter le manichéisme

Pour Patrick Rotman, il était impératif d'éviter le simplisme et une certaine forme de manichéisme dans le traitement de cette guerre ambiguë. D'où le titre L'Ennemi intime : « Cette guerre se déroule en Algérie, avec un adversaire qui est français puisqu'à cette époque l'Algérie, c'est la France. C'est une guerre intestine, intime. C'est une guerre coloniale mais aussi une sorte de guerre civile. » Le scénario tente donc de rendre compte des contradictions des individus plongés dans le conflit.

 

L'humanité et la violence

Florent-Emilio Siri explique qu'il ne voit qu' Albert Dupontel pour incarner le sergent Dougnac : « Il a un physique rare et une personnalité qui mêle l'humanité et la violence. » Le personnage de Dougnac, prévu pour être un tortionnaire, sera d'ailleurs transformé entre les mains de Dupontel, apportant une touche d'humanité en incarnant un homme pour qui la torture est tellement insoutenable qu'il se détruit dans l'alcool.

 

Maroc contre Kabylie

L'Ennemi intime n'a pas été tourné en Algérie. C'est l'un des paradoxes de ce tournage, qui n'ayant pu être réalisé en Kabylie faute d'infrastructures, est tourné au Maroc, dans le Moyen Atlas, au milieu de paysages à couper le souffle.

 

Des conditions difficiles

Le tournage de quarante-huit jours (six jours par semaine) s'est déroulé dans des températures comprises entre 45 et 50 degrés, sur des décors montagneux à plus d'une heure de route, avec 150 tecniciens et 50 véhicules. Mis dans le bain dès la première semaine avec la prise de vue d'une scène de bataille, les acteurs se réveillaient la nuit avec des crampes aux reins à force de crapahuter en pente raide sur la caillasse.

 

La théorie de l'élastique

Pour échapper au cliché de la bataille esthétisante au tempo harmonieux, Florent-Emilio Siri adopte la méthode de « l'élastique ». Au début, détendre l'élastique en introduisant du calme dans le suspense. Puis laisser claquer l'élastique entre les doigts. « On survole un magifique paysage puis on découvre l'ombre d'un avion comme un oiseau de proie... Il largue deux charges avec un souffle fort et chaud. C'est violent, c'est rapide, je surdécoupe l'explosion. »

 

Vraisemblance

Autour d'Albert Dupontel et Benoît Magimel (Dougnac et Terrien) gravitent une dizaine de personnages, tous des « hommes de France », issus de divers milieux. Pour mettre les acteurs face à leur rôle, le cinéaste distribue un descriptif synthétique du profil social des soldats : le titi parisien avec une caméra, le campagnard devenu snipeur, le gars du nord écoutant la radio... ainsi qu'un lexique de six pages d'expressions de l'époque, telles : « te cailles pas le lait »...

 

Des sons thibétains et japonais

Instruments thibétains, japonais, synthétiseurs, trompette jazzy, le compositeur Alexandre Desplat cherche à éviter les musiques clichées et les répétitions de suspense, en servant le film avec une musique mélangée.

 

50 ASA

Chose rare de nos jours, L'Ennemi intime est tourné en pellicule 50 ASA, fine et donnant beaucoup de contrastes, pour rendre une photographie un peu vieillie, correspondant au film de guerre.

 

Nuit américaine

Toutes les scènes de nuit sont tournées de jour, selon le principe de la nuit américaine, sous exposition de la pellicule ou ajout de filtre pour donner un effet d'obscurité.