Titanic |
Prêt à tout
Si aujourd'hui le succès phénoménal du film est une évidence pour tous, au moment de sa production il en fut tout autrement. Le réalisateur James Cameron a dû se battre contre vents et marées pour faire aboutir un projet qu'il avait en tête depuis longtemps. Lorsque le budget, initialement prévu dans les 110 M$, s'enflamma pour finir sa course dans les 200 millions (soit un dépassement de 81%) et que la Paramount refusa de débourser plus de 65 M$, le cinéaste prit sur lui de renoncer à son salaire et à ses droits sur les recettes pour que la Fox accepte de couvrir intégralement le reste des frais. Au bout du compte, l'homme n'est pas trop à plaindre puisqu'il bénéficiait d'une bonne part du gâteau en tant que producteur et avait reçu un petit dédommagement de la production pour son geste (on parle de 50 à 100 M$). De toute façon quand on aime on ne compte pas...
Des chiffres qui font rêver
Titanic, c'est un budget de 200 M$ dont 80 destinés à la campagne publicitaire, 30 pour les effets spéciaux (500 plans) et 500000 $ rien que pour les deux scènes de l'implosion de la coupole ainsi que l'embarquement à Southampton, soit 8 mois de tournage. La construction du plus grand bassin artificiel au monde (410 mètres de long pour une superficie de 35 000m² et une contenance de 65 millions de litre)... Au final, le film a engendré des recettes mondiales s'élevant à 1,835 milliard de dollars, un record d'entrées dans 50 pays dont les Etats-Unis (600 M$ de recettes), l'Angleterre (69 M£) et la France (plus de 20 millions d'entrées). C'est aussi 14 nominations aux Oscars (seul Eve de Joseph L. Mankiewicz avait fait autant), dont 11 de remportés faisant de Titanic, le film le plus oscarisé avec Ben-Hur de William Wyler (et plus tard Le Seigneur des Anneaux : Le retour du roi de Peter Jackson).
Dessin cochon
Pour la fameuse scène où Jack ( Leonardo DiCaprio) dessine Rose ( Kate Winslet) étendue nue sur le sofa, c'est le réalisateur lui-même qui se charge de donner le coup de crayon. «L’équipe artistique ne trouvait pas le dessinateur idéal pour réaliser exactement ce que j’imaginais. J’ai donc décidé de faire moi-même ce croquis à partir de photographies de Kate», précise à ce sujet Cameron, auquel on doit également les autres dessins attribués à Jack Dawson.
Le Titanic fait son cinéma
Le cinéma n'a pas attendu James Cameron pour s'intéresser à la tragédie du 15 avril 1912 : juste un mois après le naufrage, l'une des rescapées, Dorothy Gibson, rédige le scénario et interprète son propre rôle dans Saved from the Titanic d' Etienne Arnaud. Le film est aujourd'hui perdu. La même année, en juin, sort un film allemand, Dans la nuit et la glace, réalisé par le Roumain Mime Misu, dans lequel l'accident ne fait qu'une seule victime! En 1915, Pier Angelo Mazzolotti signa sa propre version. Suivirent en 1929, le premier film parlant sur le Titanic, Atlantic et Atlantik de Ewald-André Dupont, deux versions du même film en noir & blanc, l'une en anglais et l'autre en allemand. Puis en 1942, Goebbels ministre de la propagande nazie passe la commande d'une superproduction allemande, Titanic, réalisé par Herbert Selpin et Werner Klingler. Dix ans plus tard, c'est au tour d'Hollywood de proposer sa version mise en scène par Jean Negulesco avec Clifton Webb, Barbara Stanwyck et Robert Wagner. En 1958, la Grande Bretagne y vas de sa touche personnelle avec Atlantique Latitude 41° de Roy Ward Baker. Le scénario basé sur le témoignage de plusieurs survivants est considéré comme historiquement le plus fidèle à la réalité. D'ailleurs James Cameron y fait plusieurs clins d'oeil durant son film. Enfin, en 1979 et en 1996 deux téléfilms voient le jour: le premier SOS Titanic de William Hale et le second Le Titanic de Robert Lieberman avec la bientôt célèbre Catherine Zeta Jones.
Se jeter à l'eau
Concernant les images du vrai Titanic (que l'on voit dans le prologue et l'épilogue), James Cameron confie que s'il n'avait pas pu les filmer lui-même il n'aurait jamais fait le film. Pour cela il affréta un vaisseau scientifique russe, le Keldysh, équipé de deux des cinq submersibles Mir construits à ce jour, qui sont les seuls engins capables de plonger à près de 4000 mètres de profondeur. Le réalisateur s'explique: «Personne n’avait jamais descendu une caméra à une telle profondeur... je voulais que la caméra évolue dans l’eau, arrimée aux flancs du submersible, et qu’elle puisse panoter sur tous les axes, en toute liberté, afin de capter un maximum d’images en grand-angle. Cela exigeait, à l’évidence, la mise au point d’un nouveau système de prise de vues.» Le frère du réalisateur, Michael Cameron, fut engagé pour résoudre les nombreux et délicats problèmes technologiques soulevés par cette expédition. En collaboration avec Panavision et plusieurs sociétés spécialisées dans les tournages sous-marins, il modifia une caméra 35 mm d’un modèle courant pour pouvoir se loger dans un habitacle en titanium fixé à une plate-forme motorisée et téléguidée, pouvant effectuer des rotations latérales et verticales. Ensuite il mit au point un système d’éclairage spécifique et un ROV (véhicule téléguidé) qui serait lancé à partir du sous-marin en direction de l’épave pour évoluer autour et à l’intérieur de celle-ci. En résulte de magnifique images qu'on avait jusque là jamais vu.
Un décor titanesque
La reconstitution du navire n'a pas été prise à la légère puisqu'en plus de la création de huit maquettes du paquebot (dont une de 15 mètre), une version grandeur nature de « l'insubmersible » (enfin 10% de moins que l'original), de 236 mètres montée sur vérins hydraulique, a été construite à Rosario Beach au Mexique. Une reconstitution fabuleuse basée sur les copies des plans originaux du Titanic ainsi que des notes de la main de son architecte Thomas Andrews, qui n'a pas laissé de marbre Ken Marshall co-auteur de l'ouvrage référence sur le Titanic, Titanic - la grande histoire illustrée qui a travaillé sur le film et qui raconte sa première impression : « J’avais l’impression de remonter le temps. Le décor était très impressionnant, ainsi que la recréation des quais de la White Star en ce jour d’avril 1912. La recherche était irréprochable dans les moindres détails. Je suis resté sans voix en contemplant pour la première fois ce décor en trois dimensions. Cela faisait plus de trente ans que je me demandais quelle impression on pouvait ressentir en arpentant les ponts du Titanic. Et voilà que j’y étais. L’impression était indescriptible ». Les détails de l'intérieur ont même été poussés jusqu'à l'extrême: le chef décorateur Peter Lamont découvrit que le fabricant de la moquette originale du salon et de la salle de réception du pont D était encore en activité. Il s’avéra que la firme en question, BMK Stoddard, possédait encore les patrons de cette moquette, et pouvait en reconstituer les teintures. La production lui en passa aussitôt commande, ajoutant ainsi à la fiction une touche historique supplémentaire.
Dans les moindres détails
Le souci de réalisme caractéristique de la production de Titanic s'attacha également aux vêtements et accessoires des personnages, signes visibles du rang social que ceux-ci occupaient. Installée dans un bâtiment grand comme un terrain de football, une équipe d’habilleurs, de coiffeurs et de maquilleurs de toutes nationalités s’occupa des principaux acteurs et de plus de 1000 figurants pour les scènes d’ensemble. Simon Thompson, le chef coiffeur, parcourut bibliothèques et galeries de Londres et de Paris pour réunir le matériel dont il avait besoin. Il ramena 450 perruques et des mèches de cheveux de toutes sortes. Un historien de la Marine, Kit Bower, supervisa l’apprentissage du protocole pour les officiers et le personnel présents sur le paquebot. Pour parfaire la représentation de l’époque, la répétitrice, Susan Hegarty, travailla également en étroite collaboration avec les principaux comédiens ainsi qu’avec les acteurs qui interprétaient les émigrants de la troisième classe. L’équipe du film engagea également la chorégraphe et «conseillère en étiquette», Lynne Hockney, pour perfectionner encore cet apprentissage des codes et mœurs de l’époque.
Des maquillages qui font froid dans le dos
La chef maquilleuse Tina Earnshaw s’appliqua pour les scènes du naufrage à réaliser des maquillages spéciaux qui traduisent les terribles effets du froid sur le visage des passagers. Elle fit des recherches dans les hôpitaux et auprès des médecins pour étudier les effets de l’hypothermie, et apprit à cette occasion que les larmes peuvent geler au-dessous de certaines températures et les cheveux mouillés se briser comme de la glace.
My heart will go on
A la base James Cameron refusa tout emploi de chanson dans son film. Pourtant à l'époque, le compositeur James Horner est convaincu de l'emploi de My Heart Will Go on écrit par Will Jennings comme thème principal. Celui-ci enregistra en cachette une maquette avec la chanteuse Céline Dion. Après écoute le réalisateur décida de l'inclure dans le générique de fin. Beaucoup dirons que ce fut là une erreur... mais bon une seule en 20 ans de carrière c'est pardonnable.
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