Coup de tête |
Annaud passe à Veber... Buuuuuuut !
Coup de tête est né d'une double collaboration. « L'idée de Coup de tête est venue d' Alain Godard, avec qui je travaillais régulièrement et dont j'admirais beaucoup l'humour caustique. Nous avons mis au point la première version d'un scénario qui se déroulait en Bretagne et s'appelait Le Hareng... » Après l'échec de son premier long métrage ( La Victoire en chantant), sauvé par un Oscar tardif, les gens commencent alors à s'intéresser à son film, et Gaumont propose à Francis Veber de reprendre le scénario. « J'étais intéressé par l'apport d'un scénariste chevronné, grand expert de la mécanique du rire et des rouages du vaudeville. »
Un film made in France
Après avoir reçu un Oscar, le cinéaste reçoit de nombreuses propositions d'Outre-Atlantique, qu'il a la prudence de refuser, pensant ne pas être assez mûr pour affronter la mécanique de la production hollywoodienne. Ainsi, le film se fait avec un petit budget et ne connaît pas de carrière à l'étranger. Mais il rencontre une large audience à la télévision lors des rediffusions. Annaud commente ce succès : « Les gens l'aiment beaucoup... Certains disent même que c'est mon meilleur film ! J'ai toujours eu le sentiment de faire un film français « traditionnel » et qui, d'une certaine manière, s'adapterait bien au format télévisuel. »
Banlieusard lucide
Comme le précise Annaud : « Je voulais enraciner mon histoire dans un microcosme provincial, une culture qui est celle de mes parents et que je connais bien. » Le réalisateur s'attaque à un sujet inspiré de sa propre existence, en dépeignant « la fragilité de la réputation et la dérisoire cocasserie du rapport à la star ». Il raconte : « J'avais été la star des metteurs en scène de pub, au niveau des agences de la chapelle du VIII arrondissement et de Neuilly. Après l'échec colossal de mon premier film plus personne ne me parlait dans la profession... »
Zéro culture foot
A la question : « Etes-vous amateur de football ? », Annaud répond : « Pas du tout ! » Justifications. « A cause de ce film, beaucoup de monde croit que j'aime le foot, mais ce n'est pas le cas. Quand j'étais enfant, mes parents qui avaient de l'ambition pour moi, m'emmenaient à la Comédie-Française et à l'Opéra plutôt qu'au stade... »
Annaud, journaliste sportif
Pour entrer en totale immersion avec le milieu footballistique, Annaud a dû mener une véritable enquête préliminaire. « J'ai rencontré des dirigeants et des anciens joueurs de Guingamp, qui avait un riche passé en Coupe de France, à Gueugnon, où le foot était lié à Forges, et à Saint-Etienne, pour voir un plus grand club. » Ce dernier va à la rencontre des sportifs et des supporters. « En allant dans les vestiaires, dans les cafés, je me suis piqué au jeu et j'ai adoré suivre les matches, la montée des petits clubs vers la division supérieure. » Pour le tournage, Annaud choisit le club d'Auxerre comme club d'appui, dont l'équipe, alors inconnue, jouait en division inférieure, entraînée par Guy Roux, qu'il a tout de suite repéré : « J'ai adoré sa gueule, ses yeux, son discours, sa franchise... »
Buts en carton rouge !
Tourner des matchs en live a parfois été plus difficile que prévu, dans la mesure où le budget du film étant limité, « il était très compliqué de filmer le jeu si on n'a pas des batteries de caméras dans tous les coins ». Lorsque le match Auxerre/Troyes s'est avéré être nul, « il a fallu raccorder sur une fausse action de jeu », que le cinéaste a passé des soirées à reconstituer sans personne dans les tribunes. Annaud avoue : « Le résultat est bricolé... »
Quand Annaud recontre Karl Marx
Le film utlise seulement le foot en toile de fond, car le sujet est centré davantage sur l'aspect sociologique de ce sport. Il s'agit là d'une réelle réflexion sur une activité qui génère rêve et profit. Il dénonce ce phénomène : « La pression est énorme et la sévérité du système incroyable, mais tout le monde a intérêt à cultiver le mensonge d'une pureté présumée du sport, pour vendre des chaussures, des maillots, des pneus ou n'importe quoi. » En cela le foot est vu comme une nouvelle forme d'« opium du peuple », distribué à tous, canalisant les mouvements de foule au bénéfice des puissants. Le cinéaste démontre encore une fois qu'il sait garder les pieds sur terre : « Moi, je n'ai jamais été, même enfant, impressionné par la célébrité. Je ne vois qu'un mec musclé qui sait taper dans un ballon... pas un dieu. »
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