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The Children

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Tom Shankland : bourreau d'enfants

  • The ChildrenArrivé, après un passage par la télévision, dans le genre horreur avec un WAZ qui métamorphose la douce Selma Blair en justicière sadique, Tom Shankland demeure dans le même créneau avec The Children, thriller horrifique pour lequel il transgresse un tabou : ne pas porte la main sur un enfant. Dans son film, les enfants, il fait plus que les corriger ; il les massacre...

     

Par Marc Toullec (21/10/2009 à 14h42)

 

The Children se montre nettement plus soft dans l’horreur que votre précédent long-métrage, WAZ.

Tout à fait. Quelque chose de volontaire, de délibéré de ma part. Je ne crois pas que le traitement sanglant de WAZ appliqué à The Children ait été une bonne idée, The Children se remettant plutôt à un style proche de ceux des suspenses, des thrillers de la première partie des seventies. Dans ces films-là, la violence est plutôt suggérée, dans la tête des spectateurs, que réellement à l’écran. De plus, The Children n’avait pas besoin que j’en rajoute encore dans l’horreur, le thème des enfants tuant leurs parents étant déjà assez corsé, choquant même.

 

Avant d’entreprendre la réalisation de The Children, vous êtes-vous documenté sur les films illustrant le thème de l’enfance diabolique…

Mieux. Je les ai tous vus ou revus ces films. Les classiques comme Le Village des damnés, Les Innocents, La Malédiction et Shining, mais également des productions plus confidentielles à l’instar des Révoltés de l’an 2000 qui m’a vraiment emballé. A la périphérie du genre, le Coréen Deux sœurs compte également du nombre. En fait, je suis fasciné par l’idée même que des réalisateurs puissent prendre un symbole d’innocence, une image angélique pour en renverser les valeurs, la pervertir. Un vrai défi, surtout que les enfants ne présentent a priori rien de menaçant sur le plan physique ; ils sont même à l'opposé. En fait, pour les rendre plus dangereux, j’ai cherché à réveiller chez le spectateur une vieille peur inconsciente, profondément assoupie.

 

De quelle impulsion est né The Children ?

Ecrite par Paul Andrew Williams, le réalisateur de London to Brighton et de Bienvenue au cottage, la toute première mouture du scénario est arrivée sur le bureau de James Richardson, le producteur de WAZ qui, voulant refaire un film avec moi, m’a passé le manuscrit. L’histoire partait alors de l’entrée dans l’atmosphère terrestre d’une comète dont les radiations poussaient les enfants à tuer leurs parents. Tués par les adultes, les gamins revenaient ensuite à la vie et tels des zombies prenaient le dessus. A ce stade, The Children ressemblait à une sorte de version junior de La Nuit des morts-vivants. Un film différent. Je me suis engagé dans une autre direction. Plus question d’expliquer les événements ; j’ai tenu à une explosion de violence irrationnelle, à une orientation plus réaliste, plus dure du script. Ainsi, quand pour se défendre, les adultes tuent leurs enfants, ces derniers ne se relèvent pas ; ils doivent donc assumer la responsabilité de leur acte, vivre avec les morts sur la conscience. Beaucoup plus intéressant à traiter qu’une simple histoire de zombies.

 

S’affranchir de toute explication concernant une situation pareille constitue un risque scénaristique majeur…

J’en suis conscient, mais cela permet aussi à l’imaginaire du spectateur de travailler ! Evidemment, j’aurais pu me replier sur quelque chose comme une explosion dans une centrale nucléaire voisine, mais cela aurait donné un autre film, une série B. Attention, j’apprécie beaucoup en tant que public les séries B et les histoires de morts-vivants, mais ce n’était pas mon intention de prendre cette direction-là. Si ça peut convenir à certains projets, cela aurait été réducteur dans le cas de The Children.

Avec The Children, je me réfère essentiellement aux Oiseaux. A la brutale agressivité des oiseaux, Alfred Hitchcock ne donne aucune explication. Ce qui rend leurs attaques contre les humains plus terrifiantes encore, plus réaliste. Dans la vie de tous les jours, quand quelque chose de plus ou moins grave survient, on n’est pas forcément supposé en connaître l’origine, les tenants et aboutissants.

 

Pourtant, vous devez bien avoir une petite idée du pourquoi et du comment de la révolte des enfants…

Je tenais à ce que le public spécule, s’interroge sur les causes de cette éruption de violence. A chacun sa conclusion. Personnellement, je crois que les enfants symbolisent la rage larvée, inconsciente des adultes, des représentants de la classe moyenne supérieure, des petits bourgeois aux mœurs un peu étriquées, égoïstes, indulgents envers leurs propres défauts, mais déjà nettement moins tendres avec leurs propres enfants lorsqu’ils font des bêtises. Cette rage, cette colère, les enfants l’expriment, la font ressortir.

Cette théorie, je l’ai entretenue tout au long de la réécriture du scénario. Quelque chose qui va dans le sens de la psychanalyse, de Freud, de la fonction métaphorique du cinéma avec ce miroir que les enfants tendent à leurs parents. Après tout, ça vaut bien la thèse du virus qui ne contamine que les plus jeunes.

 

Recruter des enfants susceptibles de ne pas être traumatisés par l’expérience d’un tel film n’a pas dû être de tout repos.

Oui, pas évident ! Nous avons rencontré, auditionné des centaines d’enfants avant de trouver ceux qui nous convenaient, avec des visages aussi innocents que possible, de grands yeux. Dès les auditions, nous avons justement pris un maximum de précautions avec eux. Pas question de les confronter de manière frontale à la violence du scénario, aux séquences les plus dures. Nous les avons d’abord mis à l’épreuve de situations plus douces, telles la simulation d’un accident et leurs réactions face à une personne inanimée qu'il fallait secourir. Nous nous y sommes allés progressivement.

 

Et comment cela s’est-il déroulé sur le plateau, au quotidien ?

De manière extrêmement détendue, amusante. Autant le film est sombre, autant son tournage fut agréable. Pour avoir vu les « morts » se relever lors des auditions, les enfants ont immédiatement séparé réalité et fiction. Aucun risque de confusion pour eux, d’autant que nous avons pris soin de leur montrer comment se fabriquaient les effets spéciaux et le sang synthétique. Pour eux, il s'agissait d'un jeu, y compris lors des scènes d’horreur les plus intenses. Leurs parents s’inquiétaient par contre. Les comédiens adultes aussi d’ailleurs, particulièrement pour les scènes de violence. Ces derniers mesuraient vraiment la portée de telles séquences et répugnaient à les jouer. Pas les enfants pour lesquels, une fois de plus, ce n’était qu’un divertissement. Sans compter que les grands craignaient de faire mal aux plus petits lors des moments les plus… physiques !

 

Tout The Children se déroule dans un seul décor ou à proximité immédiate de ce décor. Vous y teniez à cette unité de lieu ?

Beaucoup ! Pour ça, il fallait trouver une maison avec des caractéristiques particulières, située au pied d’une colline, à proximité d’une forêt. N’ayant pas les moyens de construire des décors, nous voulions une authentique habitation que nous n’avons trouvée que tardivement, au terme de longues et difficiles recherches. Quand nous nous sommes adressés aux gens qui y vivaient, le couple le plus aimable du monde, ceux-ci nous ont demandé ce que racontait le film. Craignant qu’une histoire d’enfants tuant leurs parents ne les effarouche ou les choque, je leur ai menti en leur disant qu’il illustration une réunion de famille au moment des vacances de Noël. L’intérieur de la maison correspondait à ce point à ce dont je rêvais que la perspective de devoir débarrasser le plancher me terrifiait. Il n’y avait qu’une serre à construire et de la neige artificielle à répandre pour que le tableau soit parfait.

Mais, au-delà des parents, nous avons une alliée dans la place, une adolescente qui avaient tapissé les murs de sa chambre d’affiches de Marlon Brando, James Dean et autres comédiens. Dingue de cinéma, elle a dû plaider la cause de The Children. Elle et ses parents n’ont pas quitté leur domicile pendant le tournage, malgré la manière d'opérer parfois très intrusive d’une équipe technique. Du début à la fin, ils en ont été témoins !

 

Etes-vous père de famille ?

Non, pas encore ! Je suis simplement tonton, un tonton heureux. Beaucoup de mes amis sont parents. Vous savez, je me sens encore tellement enfant ! Père, je ne crois pas que je puisse réaliser un film comme The Children, l’expérience de la paternité et la proximité des enfants me l’interdiraient !

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