Still Walking |
En près de quinze ans, Koreeda Hirokazu s’est imposé comme l’héritier des grands noms du cinéma japonais. A l'affiche cette semaine avec Still Walking, il offre une œuvre bruissante, sensible et mélancolique traversée par des thèmes dont la récurrence n’a jamais empêché ce cinéaste venu du documentaire de s’aventurer à chaque fois sur des terrains différents, passant entre autres de la fable fantastique à la chronique familiale. Bref, un décryptage s’imposait.
« Si le point de départ de Still Walking est très personnel, j’ai voulu avant tout écrire sur les liens humains qui constituent la famille et le rejet qu’ils peuvent entraîner. »
La cellule familiale, sa complexité, son instinct protecteur et sa dimension claquemurante traversent régulièrement le cinéma de Koreeda. Le sujet est directement abordé dans Still Walking, rendant ainsi un hommage à la tradition nippone du ’drame familial’ dans la littérature ou le cinéma. Une manière dans ce cas pour le cinéaste de mettre en évidence le décalage affectif, le souci des apparences et la versatilité sentimentale sur lesquels repose cette base incontournable de la société japonaise. Ce beau thème, qui a inspiré entre autres ses plus beaux films à Ozu, se retrouve également dans Nobody Knows où, à la suite du départ inopiné d’une mère instable, un enfant de 14 ans se retrouve non seulement responsable de ses petits frères et sœurs, mais doit à tout prix garantir la cohésion matérielle et affective de cette famille décomposée.
« Après les funérailles de ma mère, je n’ai pas réussi à accepter sa disparition. Je n’avais que des remords comme si je n’avais finalement rien pu faire pour elle. »
Dérivant directement de la première thématique, mais connaissant une place spécifique dans la filmographie de Koreeda, la figure de la mère innerve une grande partie de son inspiration. En commençant par celle quasi spectrale de la mère dans Nobody Knows (2004), personnage absent mais ô combien paradoxalement présent. Rarement on n’a aussi bien abordé et circonscrit cette relation primordiale sans jamais l’écrire mais en filmant la douleur de la disparition et des traces laissées. Autre magnifique personnage de mère, celui de Still Walking directement inspiré par ses propres souvenirs. Une matriarche coquine, et cruelle parfois, loin des images d’Epinal et de l’habituelle sanctification de la fonction maternelle.
C’est sans aucun doute LE sujet principal de l’œuvre du cinéaste. Tous ses films l’évoquent et tous ses scénarii s’édifient autour de cette thématique. Dans Maborosi (1995), une femme taraudée par la douleur de n’avoir pas pu empêcher son second mari de se suicider cherche à retrouver un peu de paix intérieure. Idem dans le superbe After Life (1998), fable fantastique où les morts, juste après leur trépas, se retrouvent dans une sorte de purgatoire où ils ont une semaine devant eux pour se choisir un souvenir emblématique de leur existence. Souvenir qu’ils coucheront sur la pellicule avant de partir pour un au-delà invisible. Dans Distance, les proches des membres d’une secte ayant commis d’atroces attentats avant de se suicider, se retrouvent pour essayer de faire leur deuil de parents, amis et amoureux qu’ils ne seront jamais parvenus à comprendre. La mort rôde également, sournoise et menaçante dans Nobody Knows avant de se concrétiser dramatiquement. Quant au décès du frère aîné dans Still Walking, il ne cesse, des décennies après être survenu, de fissurer l’unité familiale.
La culture japonaise regorge de rituels, cérémonials, croyances et traditions mortuaires que l’on retrouve aussi au cœur du cinéma de Koreeda. Que cela soit celui du souvenir choisi et filmé dans After Life, celui du Maborosi dans le film du même titre, évocation d’une lueur émanant de l’âme du disparu ou celle, païenne et exutoire, à laquelle se livrent parents et proches des terroristes en se retrouvant à la date anniversaire des événements dans la cabane où ces derniers mirent fin à leur jour. Mais également celui moins dramatique et plus serein de Still Walking où, sortant du cimetière où repose le frère, la mère voit un papillon blanc prendre son envol et demeure convaincue qu’il s’agit de l’incarnation de l’âme de son fils venu les saluer.
A leur manière, intuitive et passant par le prisme de l’individu, les films de Koreeda parlent des modifications de la société japonaise. Il est le seul à avoir osé (mis à part une poignée de films de SF apocalyptiques) aborder sous l’angle du drame psychologique et humain le fait divers tragique des attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Point de départ de Distance et manière pour le cinéaste de s’interroger sur la dérive de la violence, les origines d’un tel drame et la personnalité de ses auteurs. Nobody Knows évoque le sort d’enfants qu’une mère (instable ? dérangée ? dépressive ?) abandonne du jour au lendemain. Echo à de nombreuses histoires de Japonais préférant disparaître du jour au lendemain plutôt que d’affronter la pression et la dureté de ce monde impitoyable où ils ne trouvent plus leur place. Et même Still Walking, simple étude de mœurs familiale, dresse l’état en filigrane - à travers entre autres la réaction de rejet du père de sa nouvelle bru - ces valeurs sociétales fondatrices mais devenues désormais obsolètes.
| Sujet | Auteur |
|---|---|
| Supprimer son compte | regseb |
| Dossier Simpson | KygO |
| Conspirations et Complots | HyperLourd |
| vos Walt Disney préférés | HyperLourd |
| Arf, c'est toujours aussi mort ici ? | Frederic |
| Un an d'ancienneté sur TLC... | Zeus |
| l'an 2012 ? | BADMOFO |
| James Bond | Lord-of-babylon |
| Je vais te dire un secret | HyperLourd |
| Star Wars - l'Attaque des Clones - ... | Spock |