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Plus tard tu comprendras

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Amos Gitai, la mémoire vive

  • Plus tard tu comprendrasTerre promise - Amos GitaiDepuis près de trente ans, Amos Gitai ne cesse de construire une filmographie conséquente (plus de 50 films), éclectique dans ses genres (films historiques, drames sociétaux, documentaires) et pourtant parcourue par des thèmes, figures de style et symboles narratifs récurrents. La sortie simultanée sur France 2 et en salles de son dernier long métrage Plus tard tu comprendras est l’occasion pour nous de revenir sur quatre points cardinaux (parmi de nombreux d’autres) de son œuvre.

     

Par Xavier Leherpeur (18/01/2009 à 17h30)
La société israélienne

Son regard plus lucide que systématiquement critique sur Israël lui a souvent valu dans son pays d’être considéré comme un artiste contestataire. Ce qu’il n’est définitivement pas et ne cherche d’ailleurs nullement à être. Même s’il est vrai que sa façon de regarder et de filmer ses contemporains va souvent à l’encontre d’un discours consensuel. On pourra citer parmi ses films ‘sociétaux’, le magnifique Kadosh sur le quartier orthodoxe juif de Jérusalem ou encore Devarim, portait bruissant et mélancolique de la ville plus ouverte et plus tolérante de Tel-Aviv dont il est un habitant. Dans Terre Promise (2004) il scrute, à travers le sort d’un groupe de prostituées estoniennes débarquant en Israël, la face cachée de son pays. De même avec le road-movie Free Zone réalisé en 2005. Ainsi que dans la seconde partie de Désengagement où il évoque l’éviction des colons de la bande de Gaza et le tiraillement idéologique du peuple israélien face à cette décision historique.

L’histoire juive

La culture juive, son histoire ancienne et contemporaine innerve régulièrement le cinéma d’Amos Gitai. Son approche nullement partisane lui a souvent valu d’être désavoué par ses opposants nombreux en Israël. Dans Plus tard tu comprendras, il évoque un thème assez peu fréquent chez lui (on peut citer néanmoins Berlin-Jerusalem réalisé en 1989) qui est la Shoah et « l’héritage » de cette période sombre, à travers l’adaptation du roman éponyme et personnel de Jérôme Clément. Mais il a également abordé l’histoire de l’édification d’Israël dans Kedma ou Kippur, ainsi que l’ancestrale et fondatrice légende du Golem dans Naissance d’un Golem réalisé en 1991 puis un an plus tard dans Golem, l’esprit de l’exil.

La maison

A première vue, c’est un thème générique, sans véritable fondement scénaristique. Beaucoup de films se déroulent dans des maisons sans que cela représente pour autant une constante thématique. Le cas d’Amos Gitai est différent, car la maison est au coeur de son œuvre depuis ses débuts derrière la caméra. C’est d’ailleurs le titre de l’un de ses premiers films The House, réalisé en 1980 à l’âge de 30 ans. Un documentaire sur un quartier d’Hébron où des ouvriers arabes travaillent à la construction de la demeure d’une famille juive. Un raccourci démonstratif diront ses détracteurs, mais puissamment symbolique des rapports de force sous-tendant Israël. Une image qui reviendra d’ailleurs régulièrement dans le travail de Gitai, comme par exemple dans Alila (2003), sorte de pendant fictionnel de The House où il poursuit son travail de témoin des évolutions de la société israélienne à travers la métaphore du chantier d’un immeuble. Trois ans plus tard il réalise d’ailleurs une véritable suite à The House avec un autre documentaire intitulé cette fois News from Home. On retrouve également ce thème dans Désengagement, lors de la scène finale de destruction des habitats de la bande de Gaza où il avait d’ailleurs réalisé en 1982 le documentaire Yoman sadeh. Et enfin dans Plus tard tu comprendras où la question de la maison s’avère cruciale dans le devoir de mémoire qu’essaye d’entreprendre le personnage d’ Hippolyte Girardot.

Le plan séquence

C’est l’un des figures de style les plus employées par Amos Gitai. Non pas dans un seul but de virtuosité, mais comme un véritable manifeste formel, le plan séquence représentant pour lui une écriture, non seulement spécifiquement cinématographique, mais illustrant le contraire des images montées et morcelées que la télévision charrie soir après soir dans les journaux de 20h. La force narrative, le recours au temps réel, la puissance symbolique de ce mouvement de caméra souvent délicat dans son élaboration, ne sont jamais employés pour autant à mauvais escient ou de manière gratuite. Par exemple lors du final de Kedma, long-métrage sur le conflit de 1948 ou encore celui, superbe, sur la destruction des maisons de colons de la bande de Gaza et l’intervention des militaires israéliens dans Désengagement. Ainsi que celui, saisissant, de Kippur, fiction reconstitution du conflit de 1973, où il filme d’un seul plan l’atterrissage forcé et tragique d’un hélicoptère israélien. Plus tard tu comprendras s’édifie d’ailleurs autour de divers plans-séquences dont s’il ne fallait en retenir qu’un serait celui de l’ouverture où Jeanne Moreau, traverse son appartement avec en fond sonore les échos des témoignages lors du procès de Klaus Barbie. La seule continuité filmique et narrative de cette séquence donnant à ressentir le conflit intérieur de cette femme âgée face à ces assises et aux souvenirs douloureux qu’elles charrient.

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