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Un chat, un chat

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Chiara Mastroianni, la belle personne

  • Un chat, un chat Chiara Mastroianni est à l'affiche du nouveau film de Sophie Fillières, Un chat, un chat. Elle y incarne Célimène, un écrivain en panne d'inspiration, qui va croiser la route d'Anaïs, une jeune fille qui lui demande d'être le sujet de son nouveau roman. Une comédie tendre et marginale, dans laquelle Chiara Mastroianni apparaît aussi lumineuse que drôle. Rencontre.

     

Par Laure Croiset (25/03/2009 à 09h38)
Dans Un chat, un chat, vous apportez une dimension très terrienne à Célimène. Comment avez-vous construit ce personnage ?

Ce que je disais à Sophie, c'était qu'il fallait rester terre à terre. J'avais peur que des aspects de ce personnage puissent paraître comme des poses ou des trucs assez énervants, voire irritants. J'essayais au maximum d'aller vers quelque chose de plus concret plutôt que de jouer les jeunes filles éthérées, ce qui, à mon avis aurait desservi le personnage. Avec Sophie, on s'est vues à quelques reprises avant le tournage, mais finalement, on n'a pas tant parlé que ça du scénario. Je lui ai juste signifié qu'il y avait deux ou trois trucs sur lesquels il fallait faire super attention. Ensuite, on a tourné assez vite.

 

Sur quoi fallait-il précisément faire attention ?

J'aime beaucoup l'écriture de Sophie, mais c'est une écriture où il y a beaucoup de pièges. J'aime cette écriture parce que j'entends Sophie parler comme elle écrit. Ça fait vraiment partie d'elle. Mais quand il s'agit de s'approprier ses mots, c'est moins évident. Elle a une façon très particulière d'écrire la langue et de la parler, avec quelque chose d'un peu décalé, qui tient à presque rien. Ça peut être la manière dont elle va placer la virgule qui va tout changer. Par rapport à ça, j'ai tenu à ce que tout le reste reste vraiment terre à terre, pour ne pas rentrer dans quelque chose de trop cérébral. A la fin, c'est l'arroseur arrosé, ça se retourne contre le personnage. J'aimais bien l'idée d'un personnage très maladroit physiquement et très élaboré dans ses mots. C'était un contraste que je trouvais amusant, comme quelqu'un qui aurait plus évolué d'un point de vue psychique que physique. C'était rigolo de jouer cette espèce de fausse gourde.

 

Son amie parle d'une « longue biche indolente qui plaît à tout le monde ». Comment vous qualifieriez le personnage de Célimène ?

Je pense que c'est vraiment une caricature de la part de sa copine. Elle n'est pas du tout indolente, au contraire. Je pense qu'elle n'est pas bizarre du tout. Elle est juste un petit peu décalée par rapport aux conventions sociales, juste sur certaines choses. Mais elle n'est pas sociopathe, elle n'est pas totalement atypique non plus. Elle ne fait pas des choses étranges. Aujourd'hui, quand on ne fait pas les choses exactement selon les normes, les gens peuvent être très durs et très peu compréhensifs. Là, on se retrouve face à une fille qui est adulte, qui a son enfant, dont on comprend bon an mal an qu'elle l'élève plus ou moins seule et qui est dans cette panne d'inspiration. Et au lieu que ça bascule vers un personnage « la trentaine, névrosée, etc », on montre une femme qui arrive quand même à élever son enfant. Et elle ne le sacrifie pas au nom de la littérature, de son art. Je me disais finalement qu'entre l'image que la fille donne d'elle-même « j'suis nulle et je ne vaux pas mieux qu'une poubelle » et la réalité, il y a un écart intéressant. Elle est plus vaillante que l'image qu'elle donne d'elle-même. Je trouve intéressant de jouer un personnage qui n'est pas du tout dans l'hystérie, ni dans la névrose, mais qui est dans un passage pas évident, qui ne l'empêche pas non plus d'avancer. Même si parfois, au lieu de marcher droit, elle marche en crabe, elle marche quand même.

 

Son courage se manifeste aussi dans sa rencontre avec l'autre incarné par Anaïs. Célimène lui laisse la porte ouverte...

Célimène est à un point où elle n'a pas totalement perdu sa curiosité non plus. Du coup, je pense que le personnage d'Anaïs, même si c'est pas dit ni totalement formulé, la réveille un peu. En apparence, même si elle dit que ça ne l'intéresse pas, qu'elle ne va pas écrire sur elle, elle vient la titiller dans l'espèce de torpeur dans laquelle elle se trouve. Anaïs n'est peut-être pas une muse, ni quoi que ce soit dans ce genre-là, mais elle est quand même un élément déclencheur parmi d'autres. Ce que je trouvais intéressant aussi, c'était la volonté de Sophie de montrer ce que peut être le rapport entre deux personnes quand il est dénué d'attachement ni amical, ni familial, ni amoureux, c'est-à-dire vraiment une rencontre fortuite comme ça peut arriver parfois. J'aimais bien cette idée d'une rencontre suspendue, qui n'a pas de conséquences ni d'enjeux. Et même si le personnage de Célimène s'en défend en disant « Non, c'est pas du tout une rencontre, c'est juste rien du tout », je pense qu'il n'en est rien.

 

Vous êtes-vous posé la question de ce qu'Anaïs pouvait chercher en Célimène ?

Les deux se cherchent un peu. Anaïs, c'est normal, parce qu'elle grandit. Et puis l'autre, évidemment, c'est moins attendu, parce qu'on se dit qu'une fois qu'on a fait des enfants et qu'on a du travail, normalement, on n'est plus en droit de se chercher. Toujours selon les conventions. Je crois que ce qu'elles ont en commun toutes les deux, c'est d'être à un moment charnière. Il y en a une qui va devenir une femme et l'autre qui va récupérer son appartement, une vie etc. Les deux sont dans une parenthèse qui est très provisoire. Ce qu'Anaïs vient chercher auprès de Célimène, c'est une forme d'attention, ou c'est juste pour provoquer l'autre, je ne sais pas. C'est un personnage qui existe en chair et en os, mais qui est aussi très allégorique, qui pourrait être une fée Clochette qui vient vous emmerder, qui est à la fois charmante et en même temps pimbêche, qui pourrait exister ou pas. Mais c'est vrai que je m'étais moins posé la question de ce qu'Anaïs cherche à travers ça.

 

Célimène a un côté très clownesque par son look et les expressions de son visage. On vous découvre un potentiel comique éclatant...

Sophie est tout de suite arrivée avec cette idée de look « total jean ». Ça me plaisait, non pas par esthétisme, mais ce que j'appréciais, c'était le côté uniforme, qu'elle ait un côté petit soldat avec sa besace en bandoulière. Et puis j'aimais bien cette absence totale de coquetterie. C''est une fille qui pour l'instant va à l'essentiel. Le côté comique, c'est vraiment grâce au personnage et aux absurdités produites par ce personnage. C'est vrai que jusqu'à présent, j'étais plutôt abonnée à des rôles plus graves. C'est pour ça que ça m'a donné très envie quand j'ai reçu le scénario, outre le fait que je l'aimais beaucoup. C'était super qu'au lieu d'être la fille sinistre de service, il y ait la possibilité de rigoler un peu. Après, c'est vrai que ça reste un humour avec un univers très particulier. Ça m'amusait de faire ce personnage qui joue avec les mots à ce point-là. Toutes les scènes avec son ex-compagnon, quand elle lui dit « Je me débiboche, Antoine, je me débiboche. » Je trouvais ça audacieux et malicieux.

 

Même physiquement, Célimène est déplacée. On la voit errer d'un appartement à un autre. On sent qu'elle n'a pas de place physique.

Complètement. Même quand elle retourne chez elle, tout d'un coup, elle se met à dormir sous une bâche en plastique. Je crois qu'il existe vraiment une espèce de contraste dans ce personnage qui physiquement est complètement en décalage avec le maniement du langage ou le non-langage total. Les moments où elle ne peut plus parler, c'est aussi qu'elle ne veut plus parler. Parce que si elle ne pouvait plus parler, il n'y aurait pas autant d'expressions sur son visage. C'est un truc de se rendre odieux comme peuvent faire les gens un peu bourrus parfois, qui sont super attachants. Ils essayent à force d'être bourrus de repousser l'autre, qui finalement s'accrochent plus, parce que c'est plus excitant quand on sent qu'on peut conquérir quelque chose.

 

Et ces scènes où Célimène se réveille la nuit pour faire un gâteau...

Quand j'ai vu le film, j'ai pensé à Peau d'âne et j'en ai parlé à Sophie qui n'y avait pas du tout pensé. J'aimerais vraiment savoir quels sont les éléments autobiographiques du film. Parce que le truc du gâteau, je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'il fallait l'avoir vécu pour inventer un truc pareil (rires). Mais c'est vrai qu' autant, je n'y avais pas du tout pensé en le faisant, mais après, je me suis dit : tiens, c'est marrant, parce que c'est l'antithèse totale de Peau d'âne. Dans Peau d'âne, la princesse (interprétée par Catherine Deneuve) fait un gâteau magnifique sans se salir les doigts, tout est impeccable. Et nous c'est complètement foiré. Mais c'est pas lié à moi de toute façon, parce que cette scène était là dès le départ et à la base, Sophie avait écrit le film en pensant à sa sœur Hélène. Si jamais clin d'œil inconscient à Peau d'âne il y a, c'est vraiment indépendant à tout. Sophie s'en défend. Elle dit qu'elle n'y a pas pensé du tout. Et c'est ça qui est intéressant avec l'être humain, le nombre de choses qu'on fait sans y avoir pensé, et combien on peut se révéler parfois plus par ses actes manqués.

 

Que pourriez-vous nous dire sur la présence de l'enfant qui apporte une dimension tendre au film ?

Ce que j'aime beaucoup, c'est que ce n'est pas un rapport à l'enfant cucul la praline. J'adore quand dans un film, en une scène, sans explication, on sent le rapport entre deux personnes. Dans ce film-là, pour moi, c'était déjà la scène du début, quand il lui dit « maman, maman, maman » et qu'elle sait déjà qu'il va lui demander « quel âge t'as ? ». On sent que c'est un jeu entre eux, un rituel. Et il y a aussi cette scène quand elle lui dit : « mon petit poulet braisé, etc » et à la fin, elle lui dit « j'en ai marre, va faire un tour », mais sans que ce soit hostile. Je trouvais ça vraiment bien de montrer un rapport entre une mère et son fils qui n'est pas du tout dans les conventions, mais qui en même temps est un vrai rapport. Ce n'est pas parce que ce n'est pas dans les conventions qu'il y a maltraitance pour autant. Je trouve ça vraiment bien, très réaliste, parce que la vie d'une femme aujourd'hui, dans ces âges-là, qui élèvent un enfant seule, c'est un rapport très particulier qui s'instaure.

Il y a une espèce de maturité chez cet enfant : comme il doit s'appuyer sur elle, elle est obligée de s'appuyer sur ce besoin qu'il a d'elle pour ne pas se laisser aller. Parce qu'elle aurait pu aussi bien retourner vivre chez sa mère, faire une dépression et ça aurait fait un film de névrosée. Alors que là, pas du tout, c'est une fille qui n'a pas perdu le goût de vivre. On a tous plus ou moins traversé des moments où on se sent par moments absents à soi-même, même dans un contexte parfaitement réel et familier.

 

Même si le film ne se veut pas social, il révèle des tas de choses sur notre société...

Sophie, c'est quelqu'un de délicat. Si elle veut dire des choses sur la cruauté de la société, elle va parler du manque d'imagination des gens lorsqu'il s'agit d'offrir un cadeau d'anniversaire. Ce que cette scène dit sur le fond, c'est terrible. C'est une façon à elle de dénoncer le manque d'attention qu'on peut avoir sur les gens qu'on a sous le nez, même ses propres enfants. En l'occurrence, c'est sa mère qui organise son anniversaire. Ils savent tous que cette pauvre fille est en panne d'inspiration et ils ne trouvent rien de mieux que lui offrir des livres. Je trouve que c'est parlant. Même ce que Célimène apprend sur son propre père au détour d'une conversation avec sa mère sur le chat. On comprend qu'il y a un problème d'identité aussi. Comme Anaïs. Ces deux personnages ont des problèmes d'identité. Le d'où je viens à 30 ans est beaucoup plus dur à dire qu'à 20 ans. Quand on a 30, voire 40 ans, le d'où je vient est pesant. Donc c'est aussi ce qui lie les deux personnages. Pour des raisons différentes et à des âges différents, elles ont ce problème d'identité.

 

Comment vous pensez que ce film va être perçu ?

Un chat, un chat est un peu marginal, mais c'est pas un film qui se veut marginal. Pour Sophie, c'est tellement sincère, c'est tellement pas de la pose. C'est ça qui me la rend très attachante, elle et les films qu'elle fait. Je sais que c'est parce qu'elle voit le monde comme ça. C'est pas de l'autobiographie. Je parle juste d'une vision et d'une façon de voir les choses. Et pour moi, quelqu'un qui voit les choses différemment, même si je ne les vois pas pareil, ça me paraît tellement plus intéressant. Mais c'est vrai que dans le contexte actuel, c'est difficile. Ce qui rend ce film difficile, c'est qu'on a l'habitude de quelque chose de formaté, peut-être qu'on accepte plus difficilement un film comme Sophie. Mais tout dépend de ce qu'on attend d'un film. L'histoire est très importante, bien sûr. Mais pour certains metteurs en scène, on a envie de travailler avec parce qu'ils ont un univers. Sophie, je ne parle pas du tout comme elle. Et pourtant, j'ai adoré dire ses mots. Ça m'intrigue et ça me rend curieuse de rencontrer des gens comme ça qui ont un truc vraiment personnel. Je trouve que de nos jours, c'est très précieux. Sophie Fillières a cette singularité, un univers à la fois décalé, dérangeant et en même temps pas anxiogène, pas hystérique, c'est quelqu'un qui a une écriture précieuse au sens de singulier, à préserver.

 

Pourquoi Un chat, un chat ?

Je crois que ça vient vraiment de l'expression. Il faut nommer les choses et ne pas le dire par paraphrase. Même si c'est dur à entendre, on doit dire ce qui est tel que c'est. C'est justement la scène entre Célimène et Antoine ( Malik Zidi) où elle va lui dire « Je me débiboche, c'est comme ça ». Elle ne va pas essayer de lui faire croire que c'est passager, provisoire, etc. Enfin, c'est une des explications. Après, ce qui se passe dans le cerveau d'un scénariste...(rires)

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