La Ville fantôme |
Patron roublard dans «The Office» et figurant dans «Extras», séries dont il est aussi l’auteur complet, Ricky Gervais ne va pas à Hollywood. C’est plutôt Hollywood qui vient à lui avec La Ville fantôme, comédie surnaturelle où il incarne un dentiste qui, au terme de sept minutes de mort clinique, voit des fantômes partout…
Oh non, justement ! Vraiment, le pire concernant l'activité de comédien ou d'auteur est la célébrité. Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes tiennent tant à ce que tout le monde sache qui ils sont. Je ne veux surtout pas que la célébrité me tombe dessus !
Oui, mais mon personnage, Bertram Pincus, n’a rien d’un héros. Je n’ai pas essayé de le rendre plus jeune que je ne le suis, plus séduisant que je ne le suis. C’est même un antisocial, un misanthrope, un solitaire par choix. Il n’aime pas plus recevoir des compliments que d’être complimenté. Riche, intelligent, Pincus n’est vraiment pas un type bien. C’est justement ce qui le rend intéressant à jouer.
A la lecture du scénario, j’ai ressenti une impression étrange, quelque chose d’inhabituel. Je me suis dit : « Ce film, il est pour moi ! ». Quand j’ai appelé David Koepp pour manifester mon intérêt, il m’a aussitôt répondu que le rôle était pour moi si je le voulais. Un rôle qu’il n’avait encore proposé à personne. Je ne crois pas que, au stade de l’écriture, David Koepp avait un comédien bien précis en tête. Quoi qu’il en soit, il tenait tellement à ce que j’incarne Pincus qu’il a réussi à convaincre la production de retarder le tournage, à le repousser de l’été à l’hiver. Très bien car, de ma propre initiative, je ne me serais pas battu pour jouer dans ce film, aussi brillant que soit le scénario. Au-delà du boulot d’interprète, ce sont l’écriture et l’ensemble du processus de création qui m’interpellent. Je ne suis pas de ces comédiens qui courent après les engagements. Je ne lis que très peu de scripts. Je n'ai pas le temps tant mes projets personnels me mobilisent. J’ai même refusé un petit rôle dans un Pirates des Caraïbes. Franchement, je ne me voyais pas passer six mois assis dans un camping-car, à attendre que l’on m’appelle sur le plateau. Six mois pour deux minutes à l’écran où, de toute manière, je ne tire aucune satisfaction particulière à me voir. A contempler mon visage grassouillet en plus énorme qu’il ne l'est. L’argent ? Je m’en moque !
Pas du tout. Au contraire même, j’aime de plus en plus ça, que je sois l’auteur de mes dialogues ou que le scénario soit signé d’un autre. Dans la mesure où je suis l’auteur, je ne peux pas m’empêcher de m’attribuer le rôle. Sans doute est-ce mon côté « maniaque du contrôle » qui reprend alors le dessus ! Quand je fais quelque chose, je m’implique. Je ne suis pas du genre à réciter mécaniquement des dialogues. Sur La Ville fantôme, je me suis investi en retouchant sensiblement mes répliques. Quelque chose que m’a accordé généreusement David Koepp, avec lequel j'ai travaillé tout ce qui concernait Pincus dans le scénario.
Oui, des apparitions, pour des raisons diverses. Si j’ai participé à La Nuit au musée, c’est par gratitude envers Ben Stiller qui avait accepté un passage dans «Extras». Pouvez-vous refuser de donner la réplique à Robert De Niro dans Stardust ? Difficile de résister à la tentation. Evidemment, j’ai profité de le côtoyer pour lui proposer une apparition dans «Extras».
Pas sur La Ville fantôme ! Le budget n’est pas énorme, l’équipe non plus et les choses doivent se faire assez rapidement. Les différences sont intéressantes à observer entre le cinéma et la télévision. Sur «The Office», le chef opérateur ne mettait qu’une heure à installer les lumières et, ensuite, les comédiens tournaient sept heures sans qu’il y ait à régler le moindre éclairage. Sur «Extras», la préparation des lumières tombe même à une trentaine de minutes ! Rien à voir avec La Ville fantôme, où cadreurs et éclairagistes préparent le plan une heure durant, après quoi les comédiens tournent une quinzaine de minutes. Un autre rythme.
Certainement. Ainsi, dans «The Office», lorsque David Brent annonce qu’il aime quelque chose, vous pouvez être sûr que ce quelque chose exprime son mauvais goût ou sa bêtise ! S’il annonce que son groupe rock préféré est untel, c’est plutôt de la mauvaise publicité pour le groupe en question. En fait, «The Office» constitue une sorte de parodie de la comédie, des mauvais one-man-shows et de tout ce que je ne supporte pas à la télévision anglaise.
Dans la vie de tous les jours, dans la banalité du quotidien. Pas dans les séries TV ou les films de toute façon. Si j’ai écrit et imaginé «The Office», c’est pour l’avoir vécu au plus près. J’ai travaillé sept ans dans un bureau après tout et, à l’école, l’un de mes professeurs m’a appris à écrire sur les sujets que je connaissais, que j’avais expérimenté. Le monde de «Extras», je l’ai aussi connu !
Entre autres ! En vérité, j’ai d’abord envisagé d’ouvrir une boutique de friandises. J’avais six ans. Ma mère m’a demandé « pourquoi ? ». Je lui ai répondu que tout ce j’aimais était là. Et elle de ruiner mes rêves en ajoutant : « oui, mais avant de vendre, faut déjà acheter ! ».
Peu de souvenirs en vérité ! Chez le dentiste, je dois y aller tous les quinze ans ! Généralement dans l’urgence, avec une rage de dents au petit matin ! Dans ces moments-là, je me dis : « Peut-être devrais-je y aller plus souvent », mais rien ne change ! Sur le plateau du film, un vrai dentiste servait de conseiller technique et m’indiquait les bons gestes. Pas très difficile, rien de très compliqué techniquement. Il n’y a que l’usage de la seringue qui m’a perturbé. Sans que je sois particulièrement phobique, l’aiguille me donne la chair de poule !
Ceux de Laurel et Hardy, mes comiques favoris. A l’écran, je n’ai jamais connu une telle alchimie entre deux personnages. Je crois bien que j’embrasserais leurs fantômes si je venais à les rencontrer ! Un autre ? Winston Churchill ! Un type si brillant, si provocateur, toujours un cigare au bec, toujours un peu saoul à force d’aimer le brandy ! Malheureusement, je crains fort de ne pas croire aux fantômes.
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