Premières neiges |
Issue du court-métrage, de la publicité et du clip musical, native de Sarajevo, Aida Begic monte en puissance. Avec Premières neiges, chronique d’un minuscule village bosniaque, elle évoque l'histoire de ces femmes qui se résignent peu à peu à l’absence des hommes, faits prisonniers par les Serbes pendant la guerre. La réalisatrice était à Cannes lors du dernier festival en mai dernier. Entretien.
La genèse du film remonte à cinq ans, en 2003. Après plusieurs courts-métrages, je me suis lancée dans l’aventure d’un long, Premières neiges. L’écriture du scénario m’a demandé un temps important car, outre les recherches, je devais gérer un nombre important de personnages. Avant d’arriver à la version finale du script, il s’est écoulé deux ans. Je suis ensuite passée à la production et, pour cela, il n’y a pas eu d’autre possibilité qu’une coproduction. En Bosnie, nous ne disposons de presque rien pour faire du cinéma, pas même de l’équipement nécessaire. En revanche, depuis sept ans il existe une fondation qui a contribué à rassembler des producteurs étrangers sur le projet. Peu à peu, les choses ont pris forme et me voilà à Cannes.
Les producteurs français et allemands sont arrivés par l’intermédiaire de l’Atelier du Festival, ici, à Cannes. Le partenaire iranien s’est ensuite manifesté, un an avant le tournage. Jamais je n’ai ressenti de leur part la moindre pression dans la mesure où tous croyaient au scénario et en ma capacité à faire le film. Ils m’ont laissé faire ce que je voulais. Dans un certain sens, je ne me sentais pas très à l’aise dans ma position de représentante d’un petit pays qui, pour arriver à ses fins, était dépendante de plus grands pays. Finalement, je m’en suis accommodée. N’ai-je pas bénéficié de la mondialisation ?
En Bosnie, tout va ainsi, entre rêve et réalité. Avec la guerre, nous vivions un quotidien si dur, si cruel que nous avions besoin de nous réfugier dans le rêve et le rire. Un équilibre naturel des choses. C’est justement pendant la guerre, au moment des plus grandes douleurs de ma vie, que je me suis le plus amusée et que j’ai connu des fous rires comme jamais. Il me fallait ça. Aux autres aussi. Quand vous vous trouvez dans une situation vraiment difficile, sous le feu ennemi, vous devez vous agripper à tout ce qui peut vous maintenir en vie. Les personnages de Premières neiges agissent ainsi, même si la guerre est finie.
Tous les réalisateurs s’identifient plus ou moins à l’un de leurs personnages. Surtout quand ces réalisateurs sont également scénaristes de leur film, ce qui est mon cas. Oui, il y a bien un lien entre Alma et moi, mais également avec les autres protagonistes.
Pas autant qu'on pourrait le croire. Après des chocs très intenses, des traumatismes, vous pouvez manifester des symptômes assez fantastiques. N’a-t-on pas vu des gens se réveiller, à la suite d’un cauchemar, avec une chevelure toute blanche alors qu’elle était noire quelques heures plus tôt ? Concernant ce gamin, je me suis inspirée du cas d’un ami. Pendant le siège de Sarajevo, les Serbes ont commencé à séparer femmes et hommes. Il a pu rester auprès de sa mère uniquement parce qu’il avait les cheveux aussi longs qu’une fille. Les soldats et miliciens n’y ont vu que du feu. J’ai repris l’essence de cette histoire dans Premières neiges, le gamin agissant inconsciemment sur ses cheveux pour se protéger et pour rester en sécurité auprès des siens.
Nous avons mis deux ans à le trouver ! C'était trop cher d’en reconstituer un, ne serait-ce qu’en partie ! Si nous avons visité beaucoup de villages, beaucoup étaient encore en ruines, d'autres entièrement recouverts de boue ! Finalement, ce n’est que quelques semaines avant le tournage que nous avons enfin trouvé un lieu qui correspondait à ce que nous recherchions. Un village certes reconstruit, mais qui gardait l’authenticité d’avant la guerre. Un hameau de l’est de la Bosnie où s’étaient déroulés des faits analogues à ceux du film, où s’étaient étendus le génocide et les exécutions sommaires. Ce village possède une âme et cela se ressent, se voit à l’écran. Un fort ancrage dans la réalité nécessaire à mon histoire.
Certainement. La nature et les éléments traduisent à la fois la beauté et la cruauté de la condition humaine. Si le ciel apporte des bienfaits, il apporte aussi des catastrophes, des vents violents, le froid, le chaos. Quelque chose qu’on ne peut contrôler, ce que les citadins tendent de plus en plus à oublier. Mais dans un village comme celui du film, les gens ne l’oublient pas. Ce qui les rend plus humbles, plus ouverts et plus solidaires les uns envers les autres. Oui, la nature et les éléments pèsent considérablement sur le village et ses habitants.
Oui, mais, bien que la voiture tombe en panne, ce n’est pas pour autant un sabotage, même si cela pourrait en être un ! En fait, la nature ramène les deux hommes dans le cercle magique que forme le village. Impossible ou presque pour quiconque d’en partir, tant les destins sont liés, tant un passé commun crée entre tous des liens indéfectibles. Y compris entre ceux qui veulent à tout prix rester et ceux qui, au départ, paraissent les plus farouchement décidés à partir.
Il n’y a eu aucun vainqueur dans cette guerre. C’est ce que dit le film. Les personnages n’entretiennent aucune volonté de vengeance. Ils veulent seulement savoir, obtenir la preuve de ce qui est arrivé à leurs maris, frères et enfants. Obtenir justice d’une façon ou d’une autre, rafraîchir la mémoire à certains. Comme à ce Serbe qui joue les intermédiaires dans l’achat du village par un étranger. Une manière de blanchir de l’argent, pratique très courante en Bosnie. S’il cherche à conclure la vente de toutes ces vieilles pierres, ce n’est pas uniquement pour empocher une confortable commission, mais aussi pour tirer un trait sur son passé. Même si personne ne découvre jamais qu’il était lié aux meurtres pendant la guerre, les femmes du village lui rappelleront toujours qu’il l’a été. En facilitant la vente des lieux, il poursuit le but caché de se débarrasser d’elles, de les éloigner des lieux du crime.
Oh oui ! Surtout au début. Si les femmes sont très sensibles et expriment des émotions très fortes, elles n’ont pas été évidentes à diriger, d’autant moins que pratiquement toutes – des comédiennes de théâtre - n’avaient jamais joué dans un film. Certaines cédaient parfois à l’hystérie. Le tournage ne s’est pas déroulé sans cris, sans larmes. J’en garde néanmoins un agréable souvenir… ponctué de moments de crise !
Cela traduit simplement un parcours personnel. J’ai réalisé des films avec et sans le foulard. Aucune de ces positions n’est vraiment tenable dès que vous êtes une femme. Si vous ne portez pas le foulard, la plupart des membres de l’équipe – des hommes – vous regardent comme ils regarderaient un morceau de viande. Si vous le portez, ils vous regardent comme une arriérée. Ils croient que vous êtes oppressée, que c’est votre mari que vous y oblige, ou que quelqu’un vous paie pour ça. Ils détruisent votre personnalité et n’acceptent pas que ce soit juste votre choix. C’est difficile pour une équipe de tournage d’accepter que le rôle de patron soit tenu par une femme qui porte le foulard. Pour beaucoup, je devrais être à la maison, à préparer silencieusement les repas, dans l’attente aussi d’être à nouveau battue. Ce sont des stéréotypes qui sévissent contre les femmes musulmanes, une propagande qui nous présente comme oppressées, stupides et sans droits. Ce n’est pas la vérité : des femmes maltraitées, il en existe partout, qu’elles soient musulmanes ou non.
| Sujet | Auteur |
|---|---|
| Dossier Simpson | KygO |
| Supprimer son compte | regseb |
| l'Absurde séance débarque à Paris | absurde_seance |
| Notation des films | aoctw |
| Conspirations et Complots | HyperLourd |
| vos Walt Disney préférés | HyperLourd |
| Arf, c'est toujours aussi mort ici ? | Frederic |
| Un an d'ancienneté sur TLC... | Zeus |
| l'an 2012 ? | BADMOFO |
| James Bond | Lord-of-babylon |