My Magic |
Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, My Magic est reparti bredouille. Pourtant, Eric Khoo offre 1h15 d'émotions intenses sur les rapports difficiles entre un père alcoolique et son fils. Le réalisateur singapourien, qui s'était imposé avec son film Be With Me, revient sur les 9 jours de ce tournage... magique.
J'ai rencontré Francis Bosco il y a dix ans dans une fête. Le bar servait des bières gratuites. Donc nous avons bu, beaucoup. Et d'un coup, comme sorti de nulle part, il est apparu et s'est mis à faire des tours de magie, à cracher du feu. Je n'avais jamais vu ça avant. On a beaucoup discuté et j'ai vraiment été intrigué par son histoire. Il m'a parlé de ses problèmes relationnels avec son fils. Je tenais mon film. Puis, j'ai reçu une aide du gouvernement singapourien. Et là, je me suis dit que c'était un signe, qu'il fallait que je fasse ce film. Nous avons écrit plusieurs versions du synopsis, sans grande conviction. Puis, j'ai lu La Route de Cormac McCarthy, un livre très beau sur la relation père/fils. Puis, tout s'est enchaîné très vite. Nous avons trouvé le gamin en une semaine. Ça nous a pris en tout et pour tout deux semaines. Imaginez bien : deux semaines ! Le film s'est fait si rapidement, il y avait quelque chose de magique...
Vous savez, à chaque fois que je voyais Francis, il me répétait sans cesse : «Quand allons-nous faire un film ?» Il était impatient. Cela faisait des années qu'on en parlait ensemble. Je savais que je devais le faire avec lui, parce que je savais que je pouvais compter sur sa présence et ce qu'il était capable de faire. Il m'a vraiment inspiré. Même si je n'avais pas écrit sa propre histoire, je tenais à écrire un film entre un père et son fils. Je tenais à cette forme de rédemption par l'art. Francis a eu des rapports très compliqués avec son fils. Et lors de la présentation du film au Festival de Cannes cette année, il était très heureux. Son fils l'a appelé, ils se sont parlés. C'était un moment très émouvant. Et puis, vous savez, Francis n'a aucun problème avec son histoire. Je l'ai même surpris à Cannes en train de raconter à des journalistes les détails de son histoire. C'était assez déconcertant (rires).
En plus, avec Francis, nous avons eu un rendez-vous manqué. A l'origine, dans Be With Me, il y avait un rôle écrit pour lui. Mais ça n'a pas pu se faire.
Oui, le tournage s'est passé très vite. Même si mon producteur répétait sans cesse que nous avions besoin de plus de temps. Mais vous savez, à partir du moment où vous avez le script et que vous savez dans quel lieu vous allez tourner, tout va très vite, tout est facile à comprendre. Ça peut paraître un peu dingue, mais pour moi, ce tournage était vraiment magique. Tout s'est déroulé comme il fallait que ça se déroule. La pluie s'est mise à tomber. Peu importe, ça allait nous servir pour le film, parce que le sol devait être mouillé. Dès que je me promenais et que je voyais un endroit charmant, je m'arrêtais et je disais : « OK, tournons ici !» Nous avons tourné en tout et pour tout près de 10 % de scènes supplémentaires qui n'étaient pas écrites dans le scénario. Ça représentait le matériau que je trouvais sur place que j'ai décidé d'inclure dans le film.
En fait, j'ai organisé des ateliers. Je voulais qu'ils répètent leurs scènes avant le tournage. Jathishweran Naidu avait déjà tourné dans beaucoup de films pour la télévision. Il a fait du théâtre à l'école. Donc il est devenu le professeur de Francis (rires). Vous savez, sur le tournage, encore une fois, nous avons été très chanceux. Il y avait ce problème de la langue, où Francis et le jeune acteur ne parlaient pas la même langue. Mais par chance, sur le plateau, il y avait cette femme, bilingue en tamil, qui est devenue mon interprète. Lorsqu'on tournait certaines scènes et que Francis parlait en tamil, je me suis vraiment concentré sur les expressions de son visage. Donc elle était bénéfique pour le tournage. Mais ce qui était bien, c'était que Francis et le jeune acteur parlaient anglais. Donc en dehors du plateau, nous pouvions communiquer.
Oui, c'était très important pour moi de véhiculer ce message. Ne jamais juger, aller plus loin que les apparences. Il y avait aussi cette idée de rédemption par l'art, très importante pour moi. Le père sait qu'il ne sera pas sauvé. Son seul désir est de sauver son fils.
Oui, c'est un thème qui m'est cher. Et vous savez, c'est mon fils qui a composé la bande originale de My Magic. C'était extraordinaire, parce que je ne savais pas qu'il composait. Mais quand j'ai entendu sa musique, je l'ai aimée tout de suite. Et j'ai immédiatement demandé : « Qui a composé ça ? » Et lui m'a répondu : « C'est moi ! » C'était encore une fois magique...
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