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La Saison des orphelins

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Laurent Lucas, l'inclassable

  • La Saison des orphelinsQui a tué Bambi ? - Laurent LucasRévélé au public par Harry, un ami qui vous veut du bien, Laurent Lucas fait maintenant partie du paysage. Il était d'en savoir plus sur lui...

     

     

     

     

    La plupart de nos acteurs finissent un jour ou l’autre par être victime de ce phénomène très français de l’étiquette. Car notre bel Hexagone, entre autres spécificités culturelles dont il s’enorgueillit, aime ranger et cataloguer les personnalités, ne leur laissant que peu de latitude d’échapper à la classification - sommaire nécessairement - qui leur a été attribuée. L’intello sera vu d’un mauvais œil au moment de passer dans le registre populaire, de même qu’un comique ne sera accepté qu’à contrecœur dans le sérail des comédiens dits sérieux. Pour autant, certains comédiens parviennent à échapper à ce phénomène, indifférents à leur image ou plus exactement à celle qu’ils renvoient à travers leurs rôles. Laurent Lucas est de ceux-ci. Refusant ostensiblement de se cantonner à une typologie unique de personnages, il se balade depuis près de douze ans dans le paysage du cinéma francophone, alternant aussi bien films d’auteur ou de genre, comédies ou drames. Capable d’être aussi crédible dans les emplois de jeunes premiers ou de sardonique tueur en série. Et composant au hasard de ses coups de cœur une filmographie aussi riche que diverse, souvent audacieuse mais aussi inégale, certains choix laissant parfois perplexe.

     

     

Par Xavier Leherpeur (02/08/2008 à 07h15)
Un acteur boulimique

Ce n’est sans doute pas un record absolu (quoique !) mais 38 films en boîte en onze années de carrière, c’est déjà une belle prouesse. Pour l’année 2008, ce sont d’ores et déjà quatre films sortis ou annoncés, et ses projets sont pléthore. Et parmi eux un nombre conséquent de premiers rôles (de tels scores se retrouvant plus souvent dans les filmographies des seconds rôles). Certes dans le domaine artistique, les chiffres ne sont pas très significatifs, mais dans le cas présent ils reflètent une notoriété dans la profession d’autant plus patente que Laurent Lucas (à l’encontre d’un Gérard Depardieu ou d’un Clovis Cornillac, plutôt bien placés dans la famille ‘omniprésents’) n’est pas ce que l’on appelle un acteur bankable. Autrement dit, les films ne se font pas sur la présence de son seul nom au générique. D’autant plus que mise à part une poignée de succès, nombreux sont les films à ne pas avoir rencontré leur public. Mais l’intensité de son jeu, sa richesse et sa diversité, la beauté angulaire et subjuguante de son visage, son charisme à l’écart des lisses canons de beauté font exception et expliquent – en partie – l’attrait qu’il exerce sur les réalisateurs.

Un homme à femmes

C’est un acteur que les femmes cinéastes aiment diriger. Impossible sans jouer les psys de bas étage d’expliquer cette fascination, mais le fait est là. Dans un métier encore majoritairement masculin, Laurent Lucas a déjà été mis en scène par de nombreuses réalisatrices aux univers d’ailleurs souvent particuliers et atypiques. Parmi celles-ci, on citera dont Laurence Ferreira Barbosa ( J'ai horreur de l'amour-1997), Catherine Corsini ( La Nouvelle Eve-1999), Solveig Anspach ( Haut les coeurs !-1999), Marina De Van ( Dans ma peau-2002) ou Isabelle Doval ( Rire et châtiment -2003). Et dernièrement Carole Laure dans La Capture : « Laurent ressemble à un personnage de roman. Il peut être beau et inquiétant à la fois, élégant et mystérieux. Dans une scène clé du film, celle du dîner qui précède son enlèvement, il a une vraie dualité qui me fascine. Un père à l'allure tout à fait normale, avec des facettes de monstruosités. C'est aussi un excellent comédien. «

L’égérie des auteurs

Si on est encore loin des couples Jean-Pierre Léaud François Truffaut ou Sergi Lopez Manuel Poirier, Laurent Lucas a déjà ses cinéastes fidèles. Et pas n’importe lesquels, puisque les trois représentent la fine fleur d’un cinéma audacieux et risqué. Pour preuve, ses collaborations récurrentes avec Bertrand Bonello, au côté duquel il a tourné quatre films à ce jour : Quelque chose d'organique (1998), Le Pornographe (2001), Tiresia (2003), De la guerre (2008). Mais aussi Thierry Jousse, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma ( Les Invisibles - 2005, Je suis un no man's land – 2008) et enfin Dominik Moll auteur de triomphal Harry, un ami qui vous veut du bien en 2000 et que l’acteur retrouvera cinq ans plus tard pour Lemming. Parmi les autres metteurs en scène estampillés auteurs, on rappellera ses participations à Pola X de Leos Carax (1999), Rien sur Robert de Pascal Bonitzer (1999), 30 ans de Laurent Perrin (2000) Adieu d’ Arnaud des Pallières (2004) ou Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout (2004). Et sera même à l’affiche du nouveau film de HPG, Les Mouvements de bassin.

Un acteur de genre

Si bon nombre de comédiens francophones rechignent à se frotter au cinéma de genre, Laurent Lucas n’a pas – et heureusement – ce genre de scrupules mal placés. Même si la réussite de ces entreprises est, pour rester diplomate, variable. A de véritables réussites comme le cauchemardesque Calvaire de Fabrice du Welz (2005) ou le thriller Qui a tué Bambi ? de Gilles Marchand (2003) vont répondre des films nettement moins convaincants comme le polar très moyennement sulfureux Sans état d'âme de Vincenzo Marano (2008), La Saison des orphelins de David Tardé (2008) ou Le Prince de ce monde de Manuel Gomez. Voire des films à message idéologique franchement discutable comme Contre-enquête de Franck Mancuso.

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