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G.A.L

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Miguel Courtois soigne son G.A.L.

  • G.A.L+ + Miguel Courtois a réalisé G.A.L (Groupe antiterroriste de libération). Mi français, mi espagnol, philosophe de formation, il a initié son oeil en le collant derrière l'appareil photo pour les besoins de la mode et de ses magazines. L'homme est curieux et intéressé par l'histoire de ses racines, de son pays, de l'Europe. Un temps reporter pour Sygma, il se lance dans la production au début des années 90. Aujourd'hui, il est cinéaste, engagé, citoyen, soucieux de comprendre ce qui se passe en Espagne, en France. Après El Lobo sur les agissements de l'ETA et un troisième volet à l'étude, il poursuit ses interrogations dans son nouveau film, avec José Garcia en enquêteur. Echanges.

     

     

Par Gwen Douguet (05/05/2008 à 15h16)
Votre conscience vous a-t-elle chatouillé fortement ?

Non. Car le fait de raconter une telle histoire signifie automatiquement que nous sommes du bon côté. On dénonce un fait auquel nous n’adhérons pas. Seul problème : essayer de ne pas être manichéen. Ce qu’organise le gouvernement espagnol est indéfendable, le rôle d’une démocratie n’est pas de se conduire comme des terroristes. Notre problème était donc de montrer le contexte dans lequel tout cela a été organisé, tout en rappelant effectivement que l’ETA tuait des gens quasiment tous les jours. Mais si un gouvernement responsable se devait d’agir, il ne fallait surtout pas le faire de cette manière. Donc problème de conscience ? Non. On peut en avoir au tournage en reconstituant des attentats, des enlèvements, en sachant que de vraies personnes ont vécu ces drames. Je me souviens avec beaucoup d’émotion de la scène de reconstitution d’un attentat avec la veuve à mes côtés. C’est un problème de responsabilité. On se demande jusqu’où peut aller le cinéma car nous jouons avec la notion de spectacle inhérente à notre métier. On se demande jusqu’où l’on peut pousser le bouchon. Sur ce sujet précis, il fallait simplement ne trahir personne, et raconter les choses telles qu’elles se sont passées.

 

Est-ce difficile de ne pas juger les protagonistes, de ne pas pencher pour l’un ou l’autre ? Vous présentez Felipe Gonzáles, premier ministre fort de quatre mandats,

homme de gauche, sous un angle peu flatteur...

C’est un très grand homme politique. Il a fait des choses formidables pour l’Espagne et pas uniquement. C’est un homme d’Etat plein de panache, d’intelligence et doté d'une personnalité formidable. Mais avec les G.A.L, il a fait quelque chose de pas bien. A une époque, on pouvait se dire de gauche en France et condamner l’attentat du Rainbow Warrior, la cellule de l’Elysée sur les écoutes. Le film raconte une histoire précise et de ce fait, nous donnons effectivement une image de Felipe Gonzáles se rapportant à ces seuls événements. L’image n’est pas très belle mais c’est celle dans laquelle il était au moment de cet épisode.

 

Certains acteurs espagnols auraient refusé d'incarner Felipe Gonzáles...

On ne le leur a tout simplement pas proposé. Incarner un personnage aussi connu pour un comédien espagnol était compliqué. Cela aurait pu également prêter à confusion. La meilleure solution était donc d’aller quelqu’un de neutre, tel que Bernard Le Coq. Il ne pouvait déranger en terme de crédibilité du personnage. Pareil avec José Garcia, qui joue le rôle du producteur du film, le journaliste qui a découvert l’affaire. En prenant une star espagnole, nous aurions été taxés de mégalomanie.

 

Vous parlez du quatrième pouvoir, celui de la presse, parfois défaillant. Le cinéma deviendrait-il un cinquième pouvoir, capable d'être dans la vérité ?

Il est bien que le cinéma traite aussi des sujets importants à sa façon, des sujets de citoyens. Il est important de s’inscrire dans cette tradition. L’intéressant est que le cinéma touche d’autres gens. Si je fais un docu pointu sur le G.A.L. pour Arte, on peut se dire que le public est déjà au courant. Il y a, il est vrai, une démarche pédagogique de ma part.. J’ai une volonté de faire un cinéma populaire au sens large du terme, sur des sujets forts. Nous avons été sidérés de voir que les jeunes, en Espagne, ne connaissaient même pas les G.A.L. Un débat est né, le film a permis à des journalistes de rebondir, à d’autre supports de raconter des choses qu’un film ne peut pas faire. C’est nécessaire. En racontant pareille histoire, le cinéma permet de toucher des gens qui n’auraient pas été chercher un pareil sujet.

 

Ce film a-t-il apporté des réponses à vos propres interrogations sur le sujet ?

Bien évidemment ! En travaillant sur un tel sujet, on baigne dans les recherches, et la documentation était énorme. Cela nous a pris des mois. L’histoire est longue, pas simple. Notre vision, qui est certes synthétique, raconte à la fois l’horreur, les gens impliqués, tout le système judiciaire. Cela nous a paru être le meilleur choix mais il n’est pas simple de compiler vingt ans d’histoire en moins de deux heures.

 

Qu’avez-vous appris ?

J’étais déjà assez renseigné. En disposant de tous ces éléments je me suis par exemple demandé pourquoi pareil sujet est peu connu en France.

 

Le PC dans les années 80 a demandé une commission d’enquête, qui fut étouffée !

Pourquoi ? Tous les morts étaient innocents. Comment expliquer qu’il n’y ait pas eu un plus grand scandale ? Pourquoi la presse n’a-t-elle rien dit ? Pourquoi y avait-il une volonté politique à très haut niveau d’étouffer toute cette histoire ? Toutes ces questions me passionnent.

 

Le politique n’aime pas trop qu’on lui mette le nez dans ses propres erreurs...

Exactement. Sauf qu’à y réfléchir, c’est invraisemblable. Imaginons une seconde que Fillon et Sarkozy envoient des barbouzes, payés avec des fonds secrets, tuer des terroristes corses réfugiés en Espagne ! Et que tout le monde s’en foute. C’est ce qui s’est passé en France avec les actes du G.A.L.. En découvrant la teneur des dossiers, le contenu des instructions tenues à Bayonne à Toulouse, le fait que personne ne connaisse vraiment le G.AL. paraît incroyable. Ce n’est pas le Watergate. Là, il y a enlèvements, meurtres, détournements de fonds publics à très haut niveau, corruption et tout cela dans une démocratie.

 

Les responsables et les têtes pensantes ne sont toujours pas sous les verrous ? Seuls les exécutants ont payé.

Exactement. Les exécutants ont payé. Personne n’a été condamné en Espagne en tant qu'organisation terroriste. Il n’y a jamais eu des preuves de connexion entre les crimes et le pouvoir en place. Les gens n’ont payé que pour des faits. Personne n’a vraiment jugé la responsabilité d’un groupe au sommet de l’Etat comme étant une organisation terroriste. En Chine, aujourd’hui, je ne pourrais pas faire un film sur le Tibet. Je suis très conscient que l’on vit dans une démocratie. La chance de l’Espagne est d’avoir aussi prouvé qu’elle était une démocratie. Grâce à la presse, libre dans le fond, même si au sommet de l’Etat on a tout fait pour l’empêcher de travailler. La presse a réussi à sortir des éléments qui ont fait qu’elle puisse balancer cela à la justice, elle a fait son travail de contre pouvoir. Le débat sur le fait que le film représente une certaine presse n’a aucun sens.

 

Avez-vous subi, comme certains de vos personnages, des pressions vous incitant à ne pas faire le film ?

Clairement, il y a eu une volonté du pouvoir en place d’empêcher le film de se faire, par tous les moyens possibles. Pas une volonté directe, mais économique. Il y a eu une omerta culturelle de certains grands quotidiens espagnols liés au parti socialiste de ne pas parler du film. Mais c’est de bonne guerre. Nous le savions. Ce fut un film difficile à monter car toute une partie de l’establishment politique n’avait pas envie de le voir sur grand écran.

 

Vous comprenez aujourd’hui, avec G.A.L , après El Lobo, les actes de l’ETA ? Le roi Juan Carlos vient de condamner ouvertement leurs actes, et demande une union quasi sacrée. Peut-on comprendre sans juger des personnes qui demandent ainsi leur indépendance ?

Vaste sujet, très compliqué, à prendre de surcroît avec des pincettes. En tant que citoyen, pas simplement basque, ni français mais aussi espagnol appartenant à des démocraties réelles comme la France et l’Espagne, il n’y pas de cas ou un processus d’indépendance, même s'il est justifiée, ne doit pas passer par le politique. On ne peut pas descendre, comme ce fut le cas avant les récentes élections, un ancien conseiller du parti socialiste dans un village basque en lui tirant deux bastos dans la tête. Au nom de quoi, que ce soit dans une démocratie, c’est absolument injustifiable. Et tant que l’ETA ne s’inscrira pas dans le cadre d’un dialogue politique, je ne peux en rien justifier ses actes.

 

Pas plus vous ne justifiez les actes du G.A.L ?

Exactement.. Nous avons fait ce film pour le dénoncer. Le rôle d’un démocrate est de dénoncer tous les fascismes, quels qu’ils soient. A un moment donné, il est impossible de ne pas se poser de questions. La violence, dans un système démocratique, est aujourd’hui injustifiée. Le cas de El Lobo était un peu différent. On renvoyait dos à dos un régime fasciste et des terrorismes qui combattaient ce régime. Au moment de la mort de Franco, le processus d’un dialogue de paix aurait pu s’ouvrir avec l’ETA, mais ni les flics des services secrets, ni l’aile dure du mouvement basque n’y avaient intérêt. Chacun voulait régner sur son petit monde. Et puis que faire si vous êtes terroriste et que tout s’arrête ? Vous ne savez rien faire d’autre. C’est une vie très pratique, tuer des gens, enlever, racketter, tout cela devient donc pathétique.

 

Vous, votre métier c’est cinéaste, vous allez poursuivre ces analyses politiques ?

J’aimerais finir la trilogie sur l’histoire du Pays basque. On réfléchit à une troisième projet afin de boucler la boucle. J’aime aussi changer de genre car il n’est pas aisé de passer un an de sa vie à aller chercher les victimes des attentats du 11 mars, les musulmans – Miguel Courtois a fait un documentaire sur le sujet – et tout cela après le G.A.L.. Il peut être sympa de changer d’air.

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