Troupe d'élite |
Février 2008, Festival de Berlin. Le Brésilien José Padilha quitte l’Allemagne avec l’Ours d’or. Sa Troupe d'élite a tapé dans le mille. Mettant en scène les bataillons des opérations spéciales de police opérant au cœur des favelas le film sort en France le mercredi 3 septembre. Discussion avec le réalisateur, sans sommation !
Ou irresponsable, ou composer un cocktail !
Il est dangereux d’aller tourner dans des favelas, physiquement parlant.
Mon point de vue a changé à la naissance de mon fils. Dans le film, la vie de chacun, trafiquants ou policiers, peut basculer en une seconde. Les deux parties viennent de familles pauvres, elles n’arriveront jamais à devenir riches et n’ont malheureusement en l’état actuel aucune autre possibilité.
Ils sont facilement identifiables et seront au centre du prochain film. Tout a commencé avec le documentaire Bus 174 (maintes fois primé, nllr) montrant le regard d’un petit criminel basculant dans la violence. Troupe d’élite relate la violence du point de vue d’un policier. Et le troisième, destiné à clore la trilogie, abordera le sujet en se penchant sur les politiciens.
Intéressant ! J’ai été invité lors d’une célèbre émission de la télé brésilienne destinée à faire réfléchir sur les médias, car effectivement mon film a déclenché des débats. En fait, il s’avère que les médias, la télé en particulier, relate ce qui se passe sans enquêter et sans chercher à expliquer le pourquoi du comment. Elle ne se pose pas de questions, par peur de déranger peut-être. Peu à peu, les médias se sont mis à perdre leur champ d’investigation et leur identité.
Chacun est responsable de ses actes, un cinéaste tout comme les autres. Mes critères éthiques viennent de mon éducation. Je ne fais pas de distinction, mais je comprends fort bien que le cinéma soit l’expression préférée du grand public. En conséquence, notre impact est grand, et à nous d’avoir le courage de dire ce qui nous paraît important, au risque de déplaire.
Chacun interprète à sa façon avec ses propres valeurs.
Je cherche plutôt à réfléchir sur la cause menant à l’effet, sans jugement moral afin de mieux comprendre le processus social qui va enfanter un policier violent, comme l'est mon personnage principal. Juger ne serait pas difficile. Il est effectivement facile de condamner son emploi de la torture. Mais ce n’est pas si simple. La question qui m’intéresse est de savoir pourquoi il agit ainsi. Je ne demande pas aux gens une prise de position éthique, morale, mais juste de réfléchir, de se poser les mêmes questions.
La violence ne date pas d’hier, au Brésil comme ailleurs. Elle a toujours été présente dans l’humanité, comme les guerres. Selon l’anthropologue Edmond Wilson, la paix est une exception, elle n’arrive que dans des conditions très spéciales. La violence fait partie de la nature humaine, et ce sont les civilisations qui vont essayer de trouver une organisation sociale pour promouvoir la paix.
Ce film a suscité plusieurs débats. Mais pour faire baisser la violence en une courte période à Rio et dans les favelas, la mesure la plus recommandable serait de réformer la police. Ce qui est loin d’être gagné. Tout le monde est enfin d’accord sur le fait qu’une police qui gagne peu et n’est pas bien formée sera automatiquement violente. La priorité des politiques est donc d’aller vers cette réforme et c’est actuellement en pleine discussion. Les troupes d’élite existent depuis plus de trente ans, leur entraînement est fait pour tuer les gens. Il faut donc le modifier.
J’ai essayé de rapprocher le tournage d’un documentaire, dans le sens où je n’ai pas donné le script et les dialogues à mes comédiens, créant ainsi une improvisation. Ils n’avaient pas de repères précis, la caméra les a seulement suivis.
Historiquement, le concept de moralité est relatif aux valeurs de chaque société. Une tribu d’Indiens d’Amazonie n’a pas la même notion que des Blancs anglo-saxons protestants. Pour répondre, la mienne n’a pas changé, elle est centrée sur le respect, la liberté de l’individu, celle de faire son choix. Les Etats le plus respectueux de ces valeurs sont les plus créatifs, les plus sages, et le développement économique y est le plus significatif.
Je n’essaie pas de contrôler ou de penser qu’à chaque fois que je regarde un film, il faut être attentif. J’aime ou pas. Je me laisse ou pas influencer. J’essaie d’être le plus spontané possible et d’aller vers les autres.
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