Se connecter | Créer un compte



Che - 2ème partie : Guerilla

Ajouter à mes films favoris
 

Beni...Che Del Toro

  • Che - 2ème partie : GuerillaExclu de la course aux Golden Globes, peut-être rayé des listes pour les prochains Oscars – les nominations ne sont pas encore tombées –, Benicio Del Toro pourra se consoler avec son prix d’interprétation reçu à Cannes pour sa prestation dans Le Che version Soderbergh. C’est son pote Sean Penn, alors président du jury, qui lui annonça la nouvelle. Sur la Croisette, personne ne pouvait lui voler sa récompense. Del Toro est le Che, comme habité par le rôle, du béret aux cendres de cigare, de la moue à la façon de marcher. Echanges.

     

Par Gwen Douguet (02/01/2009 à 16h28)
Peut-on faire un rapprochement entre fumer un cigare (il vient d’allumer un Cohiba) et jouer un rôle, comme un personnage qui se fabriquerait de la même manière ?

Parfaitement. Cinq feuilles composent un cigare, cinco ojas (dans le texte). Elles sont roulées l’une sur l’autre. L’image est assez juste.

 

Vous disiez, à Cannes, avoir peur du Che, vous étiez comme un animal face aux phares d’une voiture. Mais l’animal n'est-il pas aussi attiré par la lumière ?

Pas pour longtemps. Mon attirance pour ce projet remonte à un certain temps. Je l’ai initié voilà quelques années (plus de sept ans). Je connaissais le personnage et sa légende, et après avoir lu un livre racontant son parcours et démontant les préjugés que l’on peut avoir à son égard, j’ai voulu en savoir plus.

 

Vous l’aviez en vous, il sommeillait quelque part ?

J’aimerais le penser. Bien avant de faire le film, avant même l’existence d’un scénario, de nombreuses personnes me demandaient où en était le projet. Quand j’allais l’incarner. Les gens m’arrêtaient dans les aéroports, en Argentine, à Miami, partout. Vous avez peut-être raison, il rôdait quelque part en moi.

 

La ressemblance entre le vrai et le faux est indéniable...

Si ce n’est que je suis un Che de cinéma.

 

A l’extérieur et sans doute à l’intérieur, vos ressemblances sont importantes, comme si vous étiez fait pour lui et lui pour vous...

(Gêné) Sans doute. C’est vrai pour d’autres. Le fait que ma mère parlait espagnol, d’être né à Porto Rico – Etat libre associé aux Etats-Unis - m’a un peu aidé. Mais nous n’avons pas du tout le même parcours. Il a eu une enfance difficile, souffrait terriblement, avait de terribles crises d’asthme. Il s’est battu contre la maladie toute sa vie. J’étais beaucoup moins studieux, mon père – il était avocat - m’a même envoyé en pension.

 

Il aimait le rugby et vous le basket ?

Oui, mon père m’avait installé un panier dans à la maison, il voulait que j’en fasse profession. Mais je préférais être acteur.

 

Sa mère était une femme forte, fumait les cigares, se coupait les cheveux, avait un fichu caractère. Vous avez perdu la vôtre très jeune... L'éducation du Che fut importante pour lui, elle le fut pour vous aussi?

Oui, très, car même si je n’étais pas très bon élève à l’école, on apprenait les valeurs essentielles de l’éducation. Ma famille me les a transmises. Il y avait des livres partout dans la maison.

 

Le Che n’arrêtait pas de lire. Et vous?

Pas autant, loin s’en faut. A 21 ans, alors jeune révolutionnaire, il avait déjà ingurgité des tonnes d’ouvrage. Comme il était souvent alité, c’était une manière de s’évader, d’aller visiter d’autres pays. Il était incroyablement curieux, cultivé.

 

Il aimait le cinéma ?

Il a même voulu être acteur. Pas longtemps, l’espace d’un séjour chez des amis Mexicains qui travaillaient dans le cinéma. Il adorait Les Sept Samouraïs.

 

Lors de la conférence de presse cannoise, vous avez parlé de points positifs et négatifs. Quels sont ces derniers ?

Pas négatifs. Il était par exemple intransigeant, capable d’exécuter quelqu’un pratiquement de sang-froid, s'il le jugeait nécessaire. C’était l’un des durs de la révolution cubaine. Il aimait la discipline, était très strict. Je ne crois pas en la peine de mort, je ne suis pas du genre œil pour œil. Il était plutôt radical. En tant que communiste, il ne croyait pas en Dieu. Mon éducation fut beaucoup plus religieuse, mon hypocrisie plus poussée.

 

Il croyait en l’homme ?

C'est ce que nous racontons dans le film. J’y crois aussi. Mais lui ne faisait pas de compromis. Il considérait comme une nécessité de couper tout rapport avec l’argent, c’était un pur. Il ne demandait jamais de l’aide à Dieu. Même dans ses moments les plus noirs, il n’est pas allé dans cette direction.

 

Vous a-t-il aidé à trouver un nouveau Benicio ?

Sans que je m’en rende compte. Un film peut divertir mais aussi transmettre quelque chose. En ce sens, je peux me retrouver dans sa conception du « nouvel homme ».

 

Quels sont ses descendants aujourd’hui ?

Hugo Morales, président de Bolivie, Hugo Chavez à la tête du Venezuela, tous deux élus par le peuple et Dieu. A chaque fois avec des élections acceptées. Certains ont trouvé le moyen de faire des révolutions silencieuses. Ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec la victoire de Barack Obama en est un autre exemple.

 

Il était communiste. Des gens sont morts aux Etats-Unis pour avoir défendu ce mot, ont été victimes de la chasse aux sorcières. Est-il toujours considéré comme une maladie honteuse ?

Ils ont aussi été expulsés. Aujourd’hui c’est différent, la guerre froide est terminée, ce mot n’est plus synonyme de menace. Vous n’êtes plus montré du doigt, chassé, on ne fait plus la guerre contre les pays communistes, l’ennemi a changé.

 

Ces deux films peuvent-ils aider à changer les mentalités, à ouvrir les esprits ?

Il faut le penser. Mais ce n’est pas gagné. Il suffit de se souvenir qu’il y a quelques semaines (l’entretien a eu lieu mi-novembre, ndlr) , Sarah Palin, alors prétendante au poste de vice présidente, déclarait voir les Russes de sa fenêtre. Non seulement elle est ignorante sur tout, mais de tels propos signifient qu’il y a encore du boulot. A l’entendre, Poutine n’avait plus qu’à tendre la main pour nous voler, il lui suffisait de tirer une fusée au cœur de Washington. « Je suis là pour vous protéger », disait-elle. Il est facile de guider les gens vers la peur, il suffit de peu pour leur flanquer la trouille.

 

Bush a pratiqué cette politique huit ans durant...

Nous étions dans le royaume de la peur, comme mon bon ami Hunter S. Thompson (l’écrivain) aime à la dire.

 

Vous vouliez d’ailleurs faire un film à partir de l’un de ses livres ?

Oui, il était venu me chercher pour réaliser. J’aurai essayé car c’est un putain d’écrivain, mais il n’a pas poursuivi. C’était un grand fan du Che, l’un de ses héros, il a écrit un scénario le concernant.

 

Comment s’est passée la scène aux Nations unies quand il y vient le 11 décembre 1964, votre discours ?

On l’a tournée en deux jours. C’était terriblement émouvant. Rien que l’endroit est incroyable, et vous procure des sensations démentes. Et puis le discours est célèbre, les gens le connaissent par cœur en Amérique latine. Il sonne telle une déclaration de guerre lancée par le tiers-monde contre ce qu’il appelle « l’internationale du crime ». Il faut, dit-il, « lutter jusqu’à la mort pour la défense de la révolution. » Il pointe du doigt les Américains, c’est un cri de rage, il s’indigne. « Cette grande humanité a dit basta ! Elle s’est mise en marche. Et sa marche ne s’arrêtera que lorsque aura été conquise la véritable indépendance. » Partout des gens peuvent réciter des tirades entières. C’est comme du Shakespeare. Les mots seuls sont impressionnants et le fait de les dire dans cet immeuble prend une autre dimension. Y être assis, monter à la tribune avoir quelqu’un qui le filme, et savoir que cela va être vu dans le monde est loin de laisser indifférent.

 

Vous vous sentez investi d’une mission ?

Etrangement oui !

 

Etes-vous conscient qu’en ressuscitant une telle icône, certains ne vous voient plus seulement comme Benicio Del Toro, mais aussi comme le Che ?

Honnêtement je ne sais pas. Il s’est installé en moi... De là à savoir si je suis prêt à être coincé avec lui à tout jamais, c'est une autre histoire.

 

Vous n’avez plus le choix ?

Peut-être (il sourit). Si le film marche bien, cela voudra dire que j’ai fait un bon choix.

 

Comment l’avez-vous préparé ?

J’ai regardé beaucoup de photos. J’ai beaucoup observé, sa façon de se tenir, son regard, la manière de fumer le cigare. Il n’existe pratiquement pas de clichés où il ne fume pas. J’ai lu ses journaux, des livres le concernant. J’ai rencontré nombre de personnes l’ayant connu. Je suis allé sur ses pas, dans ses pas, en Amérique latine.

 

C’est le peintre qui est en vous qui regardait les photos ?

Oui, pour recherche les détails.

 

Cela parle plus que les mots ?

Une photo en dit long. J’ai été marqué par une photo du Che embrassant sa mère lors de la visite de cette dernière à La Havane après la victoire. Elle est révélatrice d’une grande émotion. Sa mère le regarde avec un amour dépassant tous les mots. Le langage de son corps à ce moment précis est insensé. Comme s'il lui demandait si elle était bien sa mère.

 

Il écrivait tout le temps. Avez-vous aussi tenu un journal ?

Oui, sans être aussi prolifique que lui. Je n’étais pas aussi constant.

 

Vous aimez bien écouter de la musique dans votre caravane pour vous mettre en condition. En tant que fan de Lou Reed, diriez-vous que Walk on the Wild Side pourrait s’appliquer au Che?

Pas tant les paroles que la musique. Les sensations procurées par les sons, la musicalité du morceau collent effectivement à l’esprit du Che. J’ai aussi pas mal écouté The Last Great America Whale, chanson de l’album New York. Elle est aussi pile dans le tempo de la vie de Guevara. Mais si j’écoutais pas mal de musique pendant le premier tournage, j’en écoutais peu durant le second.

 

Vous pensiez que cela vous détournerait du propos, que vous ne seriez pas dans la peau de quelqu’un prêt à aller au bout de son destin ?

Je le crois, inconsciemment sans doute. Nous étions retirés de tout. En revanche, à Porto Rico, sur le premier chapitre, j’écoutais les habituels.

 

Qui sont ?

Bob Dylan, les Stones, Bruce Springsteen, son nouvel album, les Clash. Sans parler de Silvio Rodriguez, de son morceau Fusil contra Fusil, qui est révélatrice du Che. Il combattait les gens avec les armes, ne tirait pas sur les faibles, ni sur ceux qui ne pouvaient se défendre.

 

Votre définition du mot dignité a changé ?

Je crois, indéniablement, insidieusement. Même si je ne sais pas encore quel sera le cheminement intérieur, jusqu’à quel point il va m’influencer ou pas.

 

C’était un docteur et aussi un docteur des âmes ?

Bien sûr.

 

Difficile d’être le même après ?

J’ai toujours fonctionné à l’instinct. Il guide ma carrière. Vous pouvez aller à l’école, suivre des cours, il faut faire confiance à votre instinct. Ce qui n’est pas facile. C’est impalpable, il n’y a pas de livre qui le définisse, pas de formule, on ne peut le mettre en chiffres. L’échange avec un acteur, un réalisateur peut le renforcer, devenir comme une réponse à votre instinct. C’est ce qui s’est produit avec le Che.

 

Vous voulez dire que cette rencontre fut comme une évidence ?

Parfaitement. Elle m’a confortée dans la décision de devenir acteur, dans le fait d’être acteur.

 

C’est aussi pour cela que vous aimez bien Sean Penn. Il dit que vous êtes un intrépide.

Lui en est un et un vrai, comme réalisateur et acteur. Ses champs d’action sont multiples. Il m’influence grandement à bien des niveaux.

 

Président du jury à Cannes, il était ému quand vous avez reçu le prix du meilleur acteur...

Et moi donc ! Sean est à fond dans le métier, vit le métier. Il est d’une incroyable générosité envers les autres acteurs. Il ose faire des choses comme personne, se met en danger.

 

Il a une intégrité semblable à celle du Che ?

Complètement, il a l’intelligence, et est complètement fou.

 

Plus que vous ?

D’une certaine manière. Il est givré dans le bon sens du terme. Je peux l’être aussi mais pas avec cette même intensité.

 

Vous deviez l’être pour faire Che ?

Un peu !!!

 

Il n’y a qu’une seule issue pour le Che : pousser les limites ?

Oui, il a eu le courage de le faire. Un peu comme Sean. C’est un dur. Il a encaissé pas mal de coups. Parfois la ligne est mince, elle est à portée de main mais l’on n’ose pas la franchir.

 

Vous avez osé, avec le Che ?

Non sans difficultés.

 

Que peuvent apporter ces deux films ?

J’espère que les gens viendront les voir en pesant qu’ils peuvent les nourrir, leur apporter quelque chose. Ce n’est pas un simple divertissement, pas au sens hollywoodien du terme. C’est l’histoire d’une personne, d’un pays, un continent. Il peut se prendre comme on avale de la vitamine. Ce film capte tout cela. Je le sens. Il s’apparente à prendre du calcium.

 

Vous comprenez mieux l’Amérique aujourd’hui ?

Je le crois. Rien n’est fini. La grande baleine chère à Lou Reed avance. A nous de faire en sorte qu’elle progresse dans la bonne direction. L’éducation, la santé, la médecine, pour tous. Que chacun mange. Aider l’autre.

 

C’est le discours du Che ?

Mais il est loin d’être néfaste comme beaucoup l’ont dit. Ces films racontent que des problèmes existent, en Amérique latine, en Afrique, même si nous n’avons pas pu couvrir la période du Congo. Nous avons, avec Steven, voulu faire un film responsable. Des gens nous ont aidés en France, en Espagne. Je ne suis pas cubain mais je sympathique avec cette partie du monde, on voulait être responsable et pas simplement être des Yankees.

 

Vous avez rencontré Castro ?

Oui, mais malheureusement pas longtemps. C’était à l’époque où il est tombé malade, je n’avais pas l’autorisation, étant donné nos relations avec Cuba, de rester très longtemps. Je le regrette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

Envoyer à un ami Ajouter un commentaire

 
 

Les commentaires des lecteurs