Black Sheep |
Transfuge du clip musical et du spot publicitaire, le Néo-Zélandais Jonathan King fait une entrée remarquée dans le cinéma d’horreur avec Black Sheep, une comédie à froid génético-ovidée, où l’un des animaux les plus débonnaires qui soit se transforme en redoutable prédateur. Explications.
Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours aimé les films d’horreur un peu extravagants. J’ai grandi avec les films de Sam Raimi, Evil Dead en premier lieu, mais aussi de George Romero et Peter Jackson, particulièrement Bad Taste et Brain Dead. Si, très tôt, je me suis dit que moi aussi je ferais des films d’horreur, je n’ai jamais eu l’intention de les imiter. C’est alors qu’a germé l’idée de moutons monstrueux qui attachent les gens. Les personnes auxquelles j’en parlais réagissant avec enthousiasme, j’ai commencé à travailler sur un scénario, à y ajouter des idées nouvelles et à réfléchir à la raison pour laquelle les moutons se métamorphosaient. Parler des recherches génétiques d’une ferme expérimentale me paraissait la meilleure réponse à apporter, et d’actualité de surcroît.
Oh oui ! La créature était en papier mâché, et le résultat fut épouvantable… Mais j'étais gamin, à l'époque. Des années plus tard, j’ai tourné d’autres courts-métrages, particulièrement Chogar, une comédie horrifique mettant en scène des S.D.F. un peu particuliers qui, pour se nourrir, mangeaient des joggers de Wellington ! Chogar partage avec Black Sheep un même sens de l’humour !
Oui. A la base, je n’avais rien à voir avec le monde du cinéma. J’ai été maquettiste puis directeur artistique dans un magazine de musique. Au bout de plusieurs années, je me suis dit : « Mais où vais-je là ? Faire du cinéma, voilà ce que je veux vraiment ! » Plus jeune, j’étais musicien dans un groupe rock, et je connaissais quelques personnes dans le monde de la musique. J'ai proposé à un ami de tourner un clip en Super 8. Le résultat a tellement plu à la maison de disques qu’elle m’a donné le budget nécessaire à un clip réalisé dans des conditions professionnelles. Puis j’ai enchaîné sur d’autres, et ensuite sur des spots publicitaires. Deux bonnes écoles, qui offrent de se former techniquement et de tester des idées. Dans ces deux domaines, j’ai énormément travaillé et, parallèlement, je n’ai jamais cessé d’écrire des scripts et essayer de monter des films.
Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour trouver dans un mouton un monstre qui s’ignore. Il suffit d’accentuer un peu leurs attributs naturels que sont des dents larges, des yeux noirs un peu reptiliens, des sabots pointus et une carrure plutôt large. Toutes les conditions à la transformation d’un animal inoffensif en créature de cauchemar étaient réunies. Et puis, il y a le nombre : la population de moutons en Nouvelle-Zélande se monte à plus de cinquante millions, contre seulement un peu plus de quatre millions pour les hommes.
Certainement. C’est même un style vers lequel Richard Taylor (créateur des effets spéciaux, ndlr) et moi voulions revenir. Notre budget ne nous autorisait pas des effets spéciaux digitaux très sophistiqués et, plutôt que de se résigner à un résultat médiocre, nous avons choisi de travailler à l’ancienne, d’utiliser des marionnettes, des prothèses, des mannequins mécanisés… Ça n’a rien de révolutionnaire, mais regardez les métamorphoses du Loup-garou de Londres… Plus de vingt ans plus tard, elles tiennent encore la distance ! Black Sheep leur rend hommage d’une certaine manière, même si nous avons été guidés par la nécessité. Je crois également que, dans la mesure du possible, les effets spéciaux directement effectués sur le plateau, en interaction avec les comédiens, fonctionnent mieux auprès des spectateurs. Ces derniers ressentent la réalité de ce qu’ils voient à l’écran. Nous n'avons eu recours aux effets spéciaux digitaux que pour un seul plan et quelques corrections d’image. Rien de plus.
(rires). Ils font seulement ce qu’ils veulent faire. Même s’il ne faut surtout pas trop leur en demander, nous sommes cependant parvenus à ce que nous souhaitions, grâce notamment à des dresseurs expérimentés (ils avaient déjà travaillé sur Babe). Nous avions ainsi un troupeau qui se déplaçait, s’arrêtait, accélérait ou prenait telle direction sur commande. Quelque chose de néanmoins aléatoire. Il est nettement plus aisé d’écrire « un troupeau de moutons attaque » que de le mettre en scène. Je crois qu’on ne me reprendra plus à écrire un scénario où les animaux prennent un rôle aussi important !
Dès que vous tournez près de la côte, vous devez vous attendre à une météo imprévisible. Le temps changeait effectivement souvent. Le matin, le soleil pouvait briller et, l’après-midi, être masqué par un épais manteau nuageux. De même, nous n’étions jamais à l’abri d’averses. Des conditions climatiques assez pénibles, surtout lorsque la lumière n’est plus raccord avec les plans tournés deux heures plus tôt. Pour y remédier, nous avons été des plus flexibles, toujours prêts à travailler sur telle scène plutôt que sur telle autre en fonction de la météo. Ça valait d’autant plus la peine que nous avions des paysages magnifiques qui donnent un petit côté western au film.
Vous avez raison. En soi, mettre en scène des moutons aussi teigneux tient purement et simplement de la comédie, de la parodie même. Plutôt que d’aller dans le sens de l’humour à tout prix, j’ai choisi de tourner Black Sheep très sérieusement, tout au premier degré. L’humour naît justement du décalage entre des événements complètement fous et une réalisation qui ne bronche pas. Je pense que je serais passé à côté du film si j’avais essayé d’être drôle.
Certainement. Sur le fond, je suis en phase avec la cause écologiste et la nécessité d’agir pour le bien de la planète. Pourtant, il y a, dans les mouvements écologistes, des gens qui prêchent l’extrémisme et n’acceptent aucun compromis sur quoi que ce soit. Ils peuvent en devenir comiques. Je n’ai finalement pas beaucoup eu à grossir le trait pour que l’un des activistes de Black Sheep soit drôle !
Je ne rejette pas la possibilité de tourner un film à l’étranger, aux Etats-Unis ou ailleurs. Ce n’est cependant pas à l’ordre du jour et dans mes ambitions de m’installer à Hollywood. Je n'ai pas l'intention de tourner des remakes, à l’instar de The Eye que l’on m’a proposé ! Je suis très bien ici, en Nouvelle-Zélande. J’y ai ma famille, je conduis mes enfants à l’école, tous les matins. De plus, nous avons désormais à disposition toutes les infrastructures nécessaires à la production cinématographique. Pour beaucoup grâce à Peter Jackson !
Mon prochain film, je vais le tourner ici. Il s’agit de Under the Mountain, une fresque légendaire assez sombre destinée à un jeune public. Adapté d’un roman néo-zélandais de Maurice Gee, le film mêlera des éléments d’aventure, de science-fiction et d’horreur. Je devrais en commencer le tournage en mai ou juin. Rien à voir avec Black Sheep même si, une fois de plus, je vais à nouveau travailler avec Richard Taylor et les gens de Weta pour les effets spéciaux.
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