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Le Premier Cercle

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Laurent Tuel ouvre le cercle

Par Gwen Douguet (03/03/2009 à 17h11)
Un nouveau film est-il une manière, pour reprendre l’un de vos titres, de plonger du Rocher d’Acapulco ?

C’est un plongeon que je voulais faire, le thriller étant le genre noble par excellence. Les frères Coen peuvent faire des films noirs, des thrillers et ce d’une façon humoristique comme avec No Country for Old Men. Le thriller permet d’exacerber en fait toutes les scènes, le grotesque comme le sordide.

 

Vous visitez pas mal les genres ?

Il est vrai que je suis assez éclectique, sachant que tout est guidé par le même souci, à savoir chercher avant tout à faire des films émouvants où le spectateur puisse se retrouver dans les personnages. L’idée de me renouveler me plaît, aller chercher dans des gens différents, même si curieusement je n’ai pas le sentiment de faire des films différents. Il m’importe que les personnages soient justes.

 

Le lien entre les personnages est toujours présent, que ce soit entre un fils et son père, un frère et sa sœur comme dans Un jeu d’enfants ?

C’est vrai. Il y a beaucoup de rapports filiaux, familiaux d’un film à l’autre.

 

Tel un fil conducteur ?

Il est effectivement important dans mon travail. C’est aussi ce que je connais, comme beaucoup. La famille nous intéresse en premier lieu.

 

Jean Reno dit avoir rencontré le manager d’Aznavour pour camper le caïd arménien. Vous en avez rencontré d’autres ?

J’ai des amis arméniens mais c’est un peu par hasard que j’ai donné vie au clan des Malakian. Poussé par l’envie de filmer la Côte d’Azur, d’avoir un cadre un peu particulier avec l’Italie, la Camargue, j’ai découvert, à travers mes recherches, qu’il y avait une vraie communauté arménienne importante à Marseille et à Nice. On les connaît mal. Je les aime bien. Ils sont un modèle d’intégration, ils sont arrivés dans les années 20 en France. On n’entend pas beaucoup parler d’eux, ils sont à la fois très liés, ont conservé leur langue, leur culture et se sont également complètement inscrits dans la République. Cela me plaisait de montrer la face sombre de certains, de créer un clan géré par Jean Reno.

 

Ils sont peut-être dans la République mais transgressent certaines lois ?

Totalement. Nous avons affaire aux moutons noirs.

 

Vous parlez du Sud... La Mafia prend plus facilement racine dans les endroits un peu chauds, comme si le soleil générait ce genre de comportements ?

Historiquement, le crime organisé prend sa source en Sicile au XVIIIème siècle quand les paysans commencent à créer des sociétés, telle la Cosa Nostra, puis la Dragueta, la Camora, sans oublier la Mano Negra, celle qui est allée aux Etats-Unis. Toutes luttaient contre le joug de l’oppresseur avant devenir des systèmes mafieux.

 

Vous vous êtes plongé dans cet univers ?

Pour chaque film, j’aime découvrir, faire des recherches. Je prépare le prochain sur la Somalie, sur les pirates d'aujourd’hui. J’essaie de trouver les réponses. J’aime creuser.

 

Le film parle d’hérédité. Quelle est votre filiation cinématographique ?

Chaque cinéaste cinéphile est fasciné par certains. Il importe simplement de réussir à donner son identité, sa patte à chacun de ses films. Je ne renie pas la tradition d’un certain cinéma, comme le polar français des années 60-70. J’essaie à la fois de me démarquer tout en gardant une certaine tradition.

 

Sans trahir le genre ?

Je ne pense pas. Telle n’est pas ma volonté.

 

Comment écrit-on l’histoire d'une telle famille ?

Je pars pas mal d’envies de scènes, de climat. J’imagine. Je vois des choses en Camargue, mets tout cela sur le papier et je lie tous les fantasmes de cinéma que j’ai envie de voir aboutir. Si ce n’est qu’à un moment, il faut se laisser rêver. Désireux de ne pas partir sur un manque d’envies, je fais le cumul de celles qui me travaillent et j’essaie après de les mettre en ordre.

 

Il y a des codes à ne pas transgresser ?

Le plus dur consiste à ne pas multiplier les personnages, à traiter vraiment l’histoire du rôle principal, en l’occurrence celui de Gaspard Ulliel dans ses rapports avec son père. Il est facile d’avoir des idées, mais plus difficile de traiter réellement l’histoire du personnage central.

 

Comment arrive-t-on à convaincre Jean Reno et Gaspard Uliel de tisser des liens familiaux ? Car ils donnent l’impression d’être réellement père et fils...

Réellement, même physiquement, ils collent effectivement bien ensemble. L’histoire les a sans doute touchés. J’avais Jean en tête en écrivant. Gaspard est venu après car je voulais me laisser la possibilité de savoir qui allait convenir le mieux. Lors des premiers rendez-vous, j’ai senti que le courant passait, ce qui a permis de donner une crédibilité à cette famille.

 

Ils ne passent pas tous les deux pour de grands expansifs, ils ont des carapaces intérieures. Et Jean Reno n’avait pas tellement exploré ce genre de zones assez sombres...

C’est vrai. Nous en avons beaucoup parlé, fait des séances informelles. Il a un fils du même âge et savait ce que cela donnait. L’histoire est tragique. Elle l’a touché au point de mettre sans doute beaucoup de choses personnelles.

 

On parle à ses propres parents en faisant un tel film ?

Il y a effectivement une part personnelle.

 

Le décor est un personnage à part entière ?

Absolument. La Côte d’Azur est un peu une zone interlope que j’ai du mal à identifier. Elle s’apparente à un long ruban longeant la mer, avec des villas. On passe d’une ville à l’autre sans trop savoir où l’on est. C’est très attirant et un peu triste, ça collait avec l’ambiance.

 

Votre film n’est d’ailleurs pas très gai...

J’ai cherché à ce qu’il soit intéressant. Je voulais m’interroger afin de savoir comment on passe de l’adolescence à l’âge d’homme à 20 ans en se disant, qu’est-ce que je vais faire de ma vie, comment vais-je en décider ? Sans avoir la famille au-dessus. Comment prend-on son envol ?

 

Le choix est omniprésent dans le film ?

Parfaitement.

 

Il intervient à cause des femmes ?

Vahina Giocante est effectivement un élément perturbateur

 

Elle semble être une nature forte, sauvage...

Je lui disais d’ailleurs d’avancer comme un petit taureau buté, ce qui la faisait rire.

 

On construit son scénario autour d’un premier cercle que l’on agrandit au fur et à mesure ?

Le premier cercle étant la famille, le clan. Milo travaille avec son frère, son fils, ses cousins, sa mère étant au-dessus de tout cela. Son credo est simple : en restant entre nous, il ne nous arrivera rien. Tout élément extérieur ne peut faire qu’exploser le noyau dur.

 

Vous travaillez façon clan ?

J’ai effectivement tendance à refermer le plateau pour rester concentré, c’est plus «clanique» que famille.

 

Le père n’est pas complètement antipathique ?

Il a sa propre logique qui fait que l’on n’arrive effectivement pas à le détester. Il est cohérent. Ses décisions sont terribles mais justifiées et logiques. On comprend sa peur, ses craintes, pourquoi il agit ainsi. Comme disait Jean Renoir, chacun a ses raisons, c’est ce que j’ai essayé de montrer dans le film. On peut trouver de l’empathie malgré les choses très noires qu’il peut faire.

 

Vous ne jugez pas ?

Non. Il m’importe de savoir comment le père et le fils vont réussir à s’extirper de ces situations. Qu’est ce que cela va générer ? Il ne s’agit pas de cinéma intimiste, même si l’histoire touche à l’intime. Tout se passe à l’intérieur des gens.

 

Que se passe-t-il dans la tête d’un réalisateur ?

Un flot d’angoisses, surtout le jour où l’on rend quelque chose qui va être offert au public.

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