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Les 3 Royaumes

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John Woo, le maître d'armes

  • Les 3 RoyaumesAvec Les 3 Royaumes, John Woo signe un retour remarqué en Chine, plus de quinze ans après A toute épreuve. Le cinéaste adapte un grand classique de l'histoire chinoise et dessine la bataille entre les royaumes de Wu et de Shu qui s'allient pour combattre le royaume de Wei. En visite à Paris, le réalisateur nous a confié quelques clés pour mieux comprendre son dernier film.

     

Par Laure Croiset (20/03/2009 à 18h58)
Pourriez-vous nous présenter la version occidentale des 3 Royaumes ?

J'aimerais remercier le monteur du film, qui connaît très bien le goût du public occidental. Et c'est vrai que cette histoire était très très longue. Quand j'ai fait cette version pour l'Occident, je ne voulais pas que ce soit trop long. L'essentiel, c'était de garder l'esprit du film et je trouve que le résultat est réussi. Ce qui a été enlevé, c'était de petits épisodes qui étaient là pour étoffer les personnages. Pour cette version, nous avons retiré ces épisodes pour se concentrer davantage sur les scènes de bataille. Et je trouve que le rapport entre les personnages reste intact. 

 

Pourquoi avoir ressenti le besoin de retourner en Chine ?

Ce film, ça fait vingt ans que j'avais envie de le faire. Et comme j'ai beaucoup appris à Hollywood au niveau de la technique et des effets spéciaux, j'ai eu envie de retourner en Chine pour faire un film pour impressionner les jeunes et leur donner un apprentissage. L'Occident ne connaît la culture chinoise qu'à travers ses films de sabre et d'épée ou les films d'action très violents. Personnellement, je trouve qu'il y a une plus grande variété de films en Chine qu'on peut montrer. Quand j'ai commencé à réaliser Les 3 Royaumes, j'ai ressenti que c'était le moment pour nous de le faire, qu'on avait la capacité de réaliser ce genre de films.

 

Que retiendrez-vous de votre expérience américaine ?

Je trouve qu'Hollywood est un système très ouvert. Ils apprécient beaucoup les talents. Et j'ai appris à produire un bon film, très complexe, avec beaucoup d'effets spéciaux. J'ai travaillé dans un milieu professionnel. Je trouve que c'est ce que Hollywood m'a le plus apporté. Par contre, on fait beaucoup de réunions, il y a trop de personnes qui veulent imposer leurs idées. Je trouve ça un peu difficile, surtout quand on a confiance en ce qu'on veut. Il y a des moments où on se sent cassé par les professionnels. Tout compte fait, je trouve quand même que Hollywood reste un très bon apprentissage, parce qu'ils sont très ouverts. Et mon film préféré réalisé aux Etats-Unis reste Volte-face.

 

Quel était votre parti pris de mise en scène ?

C'est difficile de changer ses habitudes. J'ai continué à faire comme dans mes films précédents. Moi ce qui m'intéresse, c'est de montrer des visages, des expressions de mes personnages. Donc j'ai utilisé des ralentis. Je voulais quitter le film de genre. Donc je ne voulais pas faire un film de guerre avec les couleurs qui vont avec. J'ai mis beaucoup plus de vert, parce que je voulais qu'il y ait plus d'émotion. Puis je tenais à ce qu'il y ait la couleur du feu, le rouge, qui symbolise aussi l'enfer pour montrer la violence de la guerre. Je trouve que dans ce film, ce qui est amusant, c'est de montrer comment la guerre a lieu. Habituellement, on ne voit rien à cause de l'omniprésence des effets spéciaux. Et dans ce film, j'ai pu montrer étape par étape comment les combattants se battent.

 

Comment avez-vous adapté ce roman-fleuve ?

Effectivement, ce roman est très long et comprend beaucoup de personnages. Ce que j'ai fait pour ce film, c'est d'enlever des personnages qui ne sont pas très importants, parce qu'à mon avis, le public occidental ne connaît pas beaucoup cette épopée des 3 Royaumes. Donc j'ai mis l'accent sur la relation entre les deux protagonistes. Dans ce film, je voulais montrer l'art de la guerre qui est très important dans l'histoire.

 

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur japonais Tarô Iwashiro ?

Je voulais que ce film soit destiné à un marché international. Un film sur une histoire chinoise, il y a souvent de la musique classique chinoise. Ce qui est souvent très lourd. Et les émotions qui émanent de ce genre de film sont souvent assez monotones. Personnellement, j'apprécie beaucoup la musique d' Ennio Morricone. Donc j'ai voulu faire une musique qui parle plus au public international et j'ai utilisé la musique de différentes parties du monde. Je partage avec le musicien japonais Tarô Iwashiro nos origines asiatiques, mais en même temps c'est quelqu'un qui a un message à apporter au monde. Donc il utilise une musique qui est plus mondialisée. Les musiques sont faites en fonction des émotions de chaque scène. Nous avons juste gardé la musique classique chinoise pour la scène de duel entre les deux personnages. 

 

Et vos retrouvailles avec Tony Leung Chiu-Wai ?

Avec Tony Leung, on se connait depuis longtemps. C'est quelqu'un pour qui l'amitié est quelque chose de très important. J'apprécie beaucoup son travail en tant qu'acteur. Donc quand on s'est retrouvés, c'était comme si on était de vieux amis. Surtout qu'à l'époque, j'avais de gros problèmes avec le casting, donc je suis vraiment reconnaissant qu'il soit venu m'aider pour jouer ce rôle. Son attitude envers l'honneur et l'amitié, je crois qu'il s'en est servi pour son jeu d'acteur dans ce film. C'est pour ça que je trouve qu'il a beaucoup de charisme dans ce film.

 

Le départ de Chow Yun-Fat ne vous a pas trop heurté ?

J'étais très déçu. Mais le problème qui s'est posé était un problème de contrat entre le producteur et les agents qui n'arrivaient pas à se mettre d'accord. Mais ça n'a pas changé mon opinion sur Chow Yun-Fat qui est un immense acteur.

 

Alors, le football : une création chinoise ?

D'après mes recherches, le football a bien été créé en Chine. A l'époque, c'était un exercice d'entraînement pour les troupes. Et ensuite, c'est passé par la route de la soie en Corée et au Japon. La Fédération internationale du football a confirmé mes recherches (rires).

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