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Drôles d'oiseaux sur une ligne à haute tension

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Interview de Ralph Eggleston

Par Cecile Lando (28/11/2007 à 17h14)
Quel est votre court métrage d'animation préféré ?

Je pense que c'est Book Revue de Robert Clampett. C'est un cartoon avec le personnage Daffy Duck qui date des années 40 que j'ai toujours adoré.

 

Et quel est le court de Pixar que vous préférez ?

Certainement Saute-mouton. C'est assez inexplicable, mais à chaque fois que je le revois, j'ai envie de rire. Je trouve que c'est un court très amusant, mais c'est aussi lié au fait que je connaisse le réalisateur Bud Luckey. Saute-mouton lui ressemble beaucoup et quand je le vois, je pense à lui et je ne peux m'empêcher de sourire.

 

D'où vient l'histoire de Drôles d'Oiseaux... ?

L'idée de base a vu le jour comme un projet de design à Cal Art, mais à cette époque, c'était un flamand sur un câble avec de petits oiseaux autour de lui. Un ami m'a conseillé d'essayer d'en faire un film, et c'est alors devenu un film sur un flamand qui essaye de faire un numéro d'équilibriste sur une corde raide avec tous ces petits oiseaux hostiles autour. C'était avant l'animation par ordinateur et je ne voulais pas, en tant qu'étudiant, avoir à dessiner tous les petits oiseaux. Donc, quand Pixar a lancé son programme de courts métrages, et cherché des scénarios intéressants, j'ai exposé mon idée. Ils l'ont bien aimée et c'est devenu un film sur de petits oiseaux qui n'arrivent pas à se débarrasser d'un gros.

 

Comment vous vient l'inspiration ?

En fait, je rebondis souvent sur les idées des autres. L'équipe est composée de gens géniaux, qui apportent des concepts sur lesquels avancer.

 

De quelle espèce sont les petits oiseaux ?

Ce sont des oiseaux de dessins animés – ils n'ont pas d'espèce particulière. C'est un peu comme demander à quel espèce de lapin appartient Bugs Bunny. C'est un lapin de dessin animé. De toute façon, pour être honnête, je souhaitais juste qu'ils aient l'air de petits salopiauds !

 

Il y a un tempo très comique dans ce court. Quel est votre implication dans la tonalité humoristique en tant que réalisateur ?

J'avais dessiné chaque scène à l'image près, donc le moindre petit détail était dans le storyboard. Mais j'ai quand même eu pas mal de temps pour le faire. Ça a pris environ deux ans pour faire le film et j'ai passé environ un an sur le storyboard, tout en réglant quelques petits détails.

 

Quel fut le plus gros défi de la production ?

Le plus gros défi a été de trouver une fin. J'avais environ une dizaine d'options différentes, y compris une dans laquelle une espèce de lapin-fouine fou sortait des buissons et dévorait tout le monde. Dans une autre, ils se faisaient tous canarder et se transformaient en poulets rôtis. Et encore une autre fin proposait un camion qui passait en klaxonnant, si bien que le gros oiseau s'envolait en croyant suivre un congénère.

 

Avez-vous réalisé toutes ces fins ?

Non, mais le seul moyen de faire celle avec le lapin-fouine fou, qui nous a d'ailleurs été suggérée par le regretté Joe Ranft, aurait été de prendre le chien à spiral de Toy Story 2, et de lui ajouter de longues canines et une tonne de bave écumante, tout en lui raccourcissant les oreilles ou un truc dans le genre... Vous voyez que je ne suis pas allé bien loin !

 

Comment êtes-vous entré dans l'industrie de l'animation et à quel âge avez-vous décidé d'en faire votre métier ?

Les deux événements sont arrivés à peu près en même temps... Je me souviens que ma soeur m'a emmené voir Cendrillon pour mon dixième anniversaire et ça m'a littéralement transporté. Bandit, bandit de Terry Gilliam m'a fait le même effet. Ces deux films m'ont vraiment donné envie d'entrer dans cette industrie.

 

Ces dernières années, l'animation a connu des développements technologiques incroyables... Jusqu'où pensez-vous que ces progrès peuvent aller ?

On ne sait pas. Personne ne peut le savoir... C'est ce qui rend le domaine de l'animation à la fois effrayant et passionnant. Nos seules limites sont nos rêves.

 

Est-ce qu'il vous arrive de proposer des choses que les informaticiens disent impossibles à réaliser ?

Absolument, tous les jours. C'est assez difficile à expliquer, mais je pense qu'un bon exemple serait l'eau dans Le Monde de Némo. L'idée de faire de l'eau à l'époque paraissait démentiellement compliquée. On pouvait faire un film à effets spéciaux comme En Pleine Tempête avec d'énormes vagues et un magnifique rendu visuel. Mais tout un long métrage de 95 minutes qui se passe presque exclusivement sous l'eau, c'était impensable. On peut le faire pour quelques plans, mais comment le faire de manière crédible pour une telle durée ? Ce fut difficile et presque impossible, mais on y est arrivé.

 

Vous avez d'autres anecdotes d'idées qui semblaient folles ?

Un autre bon exemple serait les vêtements. On se demandait comment faire les vêtements. On a donc créé un court intitulé Le jeu d'échecs, dans lequel on a essayé quelques trucs et ensuite on en a montré des bouts dans Monstres & Cie, puis un peu plus encore dans Le Monde de Nemo. Quand on a fait Les Indestructibles, il y avait des vêtements partout. Mais en réalité, on y est allé progressivement.

 

Quel a été le grand saut technique sur le dernier Pixar, [l film 342669]Ratatouille[/l] ?

Je n'ai pas travaillé dessus, mais je pense que la conception artistique s'est vraiment améliorée. Pour l'éclairage, on est aussi passé à un tout autre niveau. On a l'impression que ça ne demande pas de travail, mais je vous assure que ce n'est pas le cas. C'est totalement incroyable.

 

Le titre du prochain Pixar est [l film 348640]Wall-E[/l]. Pouvez-vous nous dire ce qu'il raconte ?

Le réalisateur, Andrew Stanton, en parle comme d'un R2D2 : le Film, parce que c'est l'histoire d'un petit robot funky. Wall-E est l'acronyme de Waste Allocation Load Lifter – Earth Class, mais on préfère l'abréger. Ça fait des années que je suis dessus, et j'en ai encore pour un an. Ça prend donc forme mais je n'ai pas encore assez de recul pour être capable de dire si ça fonctionne ou pas. On me fait souvent la réflexion que ce doit être excitant de travailler sur les films de Pixar. Mais c'est effrayant, comme pour tous les films, on ne sait jamais si la technique fera des merveilles et séduira.

 

Ça doit tout de même rendre le travail passionnant.

Non c'est terrifiant. Moi, ça me fait vraiment peur...

 

C'est lié à l'angoisse de l'échec commercial ?

Je ne ressens personnellement pas de pression. Pixar est une boîte très encourageante. En fait, si vous regardez l'histoire du cinéma, il y a tellement de mauvais films. Il y en a un tas de bons aussi, mais plus nombreux sont les mauvais. Tout ce que je veux expliquer c'est que je refuse de payer 10 $, en plus du parking et du dîner, pour voir un mauvais film. Je désire voir un bon film, peu importe d'où il vient.

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