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Villa Amalia

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Benoît Jacquot, l'homme qui filmait les femmes

Par Xavier Leherpeur (06/04/2009 à 07h59)
Pascal Quignard n’est pas un écrivain très adapté au cinéma. Comment est né le désir de porter Villa Amalia à l’écran ?

Pascal m’a envoyé le livre avant sa parution en libraire à un moment où justement, Isabelle Huppert et moi, nous nous disions de façon très concrète que nous allions faire un film ensemble le plus vite possible. Lorsque j’ai reçu ce livre, dès les premières pages, au lieu du visage plus ou moins abstrait et multiple que l’on met sur le personnage d’un livre que l’on est en train de lire, immédiatement, je me suis mis à envisager Isabelle dans le rôle de cette femme. Et cela s’est concrétisé au fil des pages au point qu’une fois le roman terminé, j’ai demandé au producteur d’en acheter les droits et que j’ai proposé à Isabelle de faire ce film.

Comment avez-vous abordé la question de l’adaptation ?

Il y a d’abord eu quelque chose d’assez radical puisque, dans le livre tel que je l’avais lu, il y avait au moins deux voire trois films possibles, et il s’agissait pour moi de choisir lequel. Dès le départ, il y a eu un aménagement assez violent du livre à produire pour que le film puisse exister. J’en ai parlé à Quignard – et ce furent d’ailleurs les seules discussions que nous avons eues avant de faire le film - et lui ai expliqué comment je voyais les choses. Il m’a immédiatement répondu que la hache serait tout à fait la bienvenue. Je me suis donc senti libre de faire ce que je voulais faire. Ceci dit, pour ce que j’ai au final choisi de prendre dans le livre, je suis resté relativement proche de ce qui était écrit.

Le récit s’articule autour de la musique et s’il est permis d’avoir recours à une métaphore musicale, votre film ressemble à une ligne mélodique très pure, très claire, sans effet de surenchère…

Ce que je peux dire, lorsque vous énoncez quelque chose comme cela, c’est qu’il y a au départ une note ou un accord que représente cette personne qu’interprète Isabelle Huppert, et que cette note, il va s’agir de la tenir comme on le fait en musique tout le long du film. Mon effort était de garder à cette résonance le plus d’intensité et de vérité possibles jusqu’à la fin, qui serait alors comme une résolution de cette note. Pour y parvenir, cela tient, en ce qui me concerne, à l’interprète central du film. C’est une complicité et une amitié, pour dire le mot, tout du long avec le personnage et l’actrice qui le campe. Cela tient à un accompagnement constant et attentif, sans rupture et sans repos.

Isabelle Huppert parle très justement de Villa Amalia comme d’un film à la fois concret et abstrait.

Disons que c’est en tout cas, ce qui m’a toujours intéressé dans les films des autres. Et ce que j’essaie de faire. C’est-à-dire produire du mental à partir de données extrêmement physiques et visibles… J’essaye vraiment que l’intelligible sorte du sensible. L’inverse ne me sollicite pas. J’essaye de partir de ce que l’on voit et de ce que l’on entend pour donner accès à une intériorité et peut-être à un sens. Mais jamais l’inverse. Ce qui m’importe, c’est de m’attacher beaucoup plus aux effets qu’aux causes. J’aime l’idée qu’au cinéma, on entende d’abord l’écho puis que seulement ensuite on cherche d’où il provient.

Le film ressemble à Ann dans la mesure où il donne l’impression de s’être élaboré au jour le jour, presque au hasard, sans que cela ne nuise à la rigueur de la mise en scène…

C’est en tout cas comme cela que l’on a travaillé sur ce film, Isabelle et moi. Nous avions au bout de cinq films un usage l’un de l’autre extrêmement proche et familier. Et donc nous avons du début jusqu’à la fin fait le film côte à côte. C’est-à-dire que nous avions le sentiment d’avancer, de surveiller et contrôler chaque pas que nous faisions mais sur un chemin dont nous ignorions la destination finale. Ou alors sinon pour le coup très abstraitement, et c’est justement cette abstraction à laquelle nous essayions de ne pas penser. Et lorsque nous avons découvert où nous menait ce film, nous avons été, je crois, les premiers et probablement les plus étonnés.

Villa Amalia est l’histoire d’une femme qui sort littéralement de son cadre de vie. Or le cinéma est avant tout une affaire de cadrage… Et cette question semble être ici au cœur de votre approche de la mise en scène.

J’ai fait la tentative, plus souvent peut-être que dans mes films précédents, de passer d’une attention du cadre très serré et très précis sur Isabelle et son personnage à des vues beaucoup plus vastes qui essayent de donner un sentiment du monde auquel elle accède. Le film débute sur un régime de contraintes assez dramatiques qui sont la ville, le paysage urbain… Et qui confèrent un sentiment d’enfermement et d’oppression. Puis dans un second temps, au fur et à mesure qu’elle réussit à sortir de son existence, le récit s’ouvre à quelque chose de plus large qui la fait accéder à une amplitude que j’ai essayé de traduire par le cadre. Mais ce sont des choses qu’il faut toujours travailler de manière intuitive. Ne jamais chercher à les conceptualiser ou les préétablir.

Ce travail sur le cadre, ses ruptures et le montage donne l’impression que le film respire au diapason de son héroïne…

Il y avait cette idée que le personnage soit le centre et que cœur battant du film. Et que ce dernier rende audible, sensible visible sa propre pulsation. Afin de faire ressentir très physiquement presque nerveusement ce qui est vécu intérieurement par l’héroïne. Cela ne passe pas seulement par les images, mais aussi par la façon de les monter, de les mettre les unes en rapport avec les autres, de temps en temps ralentir ou au contraire accélérer… Le tout pour conférer au film un rythme intérieur, mental, presque subjectif. Il y a un relief du film qui est d’abord géographique et qui tient à des escarpements, des particularités de chaque espace filmé mais qui tente aussi de constituer dans le rapport que les images et les sons entretiennent un paysage intérieur et mental.

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