Bienvenue chez les Ch'tis |
Le second film de Dany Boon, Bienvenue chez les Ch'tis, est une ode tendre et cocasse aux gens du Nord qui ont dans les yeux le bleu qui... bref, des gens sympas. Dany Boon sait de quoi il cause puisqu'il en est. Et ça se voit.
Et sinon, l'interview vidéo de Kad, c'est ici !
Je n'ai pas le sentiment d'avoir évacué des choses. C'est vrai que j'avais envie de faire ce film depuis longtemps, mais j'ai préféré me faire la main comme réalisateur sur La maison du bonheur d'abord, j'avais trop peur de rater Bienvenue chez les Ch'tis, c'était trop personnel et je ne m'en serais pas remis. Je suis soulagé d'avoir fait ce film parce qu'il marche très fort partout où on l'a présenté, les gens rient, sont émus par les personnages. On a été applaudis debout dans les villes du Nord où on a présenté le film ! Je suis heureux d'avoir fait le film que je voulais, je voulais faire un film simple, qui parle de mon enfance, d'un nord que les gens ne connaissent pas, ça rétablit les choses. Dans le cinéma français, souvent, les comédies se tournent dans le sud et les drames dans le nord, j'espère que mon film va inverser la tendance. Pendant quinze ans, j'ai entendu des horreurs sur ma région, il y a des préjugés terribles sur le Nord. Les gens se radicalisent, le monde devient très dur, les gens critiquent tout, on est dans une période de désillusion totale. L'histoire de mon film casse ça. Le héros va dans le Nord contraint et forcé, et découvre que tout ce qu'il a entendu sur la région était faux, que c'était des clichés absurdes. Tant qu'on ne connaît pas, on ne peut pas juger. Je pense qu'on est dans une époque où tout doit aller vite, une époque d'information donc de désinformation.
Oui. Mais je crois que c'est parce que l'humain a besoin de se battre contre quelque chose pour avancer, sinon il se referme. Tout est trop facile aujourd'hui, on a accès à tout. Quand j'ai démarré, c'était très dur, mais c'est parce que j'avais une opposition très forte de mes parents que je suis allé au bout de mon truc, je voulais leur prouver que j'en étais capable et me le prouver à moi. Peut-être que j'aurais tout lâché si mes parents m'avaient donné leur bénédiction. Dès qu'il n'y a pas de contraintes, ça devient plus complexe.
Ma rue de corons, avec ses petites maisons de briques rouges collées les unes contre les autres, et son canal au bout. Je me souviens des grandes tablées d'amis ou en famille. Tout le monde discutait beaucoup et moi j'écoutais, j'enregistrais les phrases et les intonations des adultes. Je devais avoir 4 ans. Et après je ressortais les phrases et les gens riaient. J'étais content, c'était mon premier public. Je voulais devenir comédien, faire du théâtre, mais j'étais aussi doué en dessin. A 6 ans, je dessinais Donald, Mickey, mes parents étaient émerveillés. J'adorais dessiner, encore aujourd'hui je retrouve cette sérénité, ce sentiment de plénitude quand je dessine. Le temps passe à une vitesse quand je dessine... Ce sont mes parents qui m'ont poussé vers le dessin, ma mère surtout, qui se disait que j'allais travailler dans la pub et que je gagnerais beaucoup d'argent. Le théâtre, la comédie, ça lui faisait peur, elle ne voulait pas que je galère. Mon père, lui, n'était pas très chaud ni pour le dessin ni pour la comédie. Il était chauffeur routier et sa fierté c'était de recevoir une fiche de paie tous les mois. Pour lui, il était très important que ses enfants aient des fiches de paie. Pendant longtemps sa très grande peur était que je devienne clochard.
J'ai étudié le dessin à Saint-Luc, en Belgique, tout en faisant des petits spectacles dans la région parce que ça me tenait à coeur. Même à la remise de mon diplôme, j'ai fait un spectacle. Tout le monde m'a dit de laisser tomber le dessin, que j'étais fait pour la comédie. Je suis allé m'inscrire à l'ANPE en France, et là ça a été dur. J'ai essayé de jouer, mais c'était compliqué. Un ami qui faisait du dessin animé m'a suggéré d'aller à Paris, en m'assurant que je trouverais du travail, il avait promis de me recommander auprès d'une boîte. Alors je suis parti à Paris, j'ai fait du dessin animé, j'ai mis des celluloïds en couleur, j'ai fait des storyboard, j'ai travaillé chez les frères Brizzi, chez France Animation, chez Label 35, ça a duré deux ou trois ans. Je faisais moins de spectacles, j'étais dans une espèce de confort, je gagnais ma vie. Et puis un jour, j'ai retrouvé une ancienne élève du Cours Simon. Je m'étais inscrit au Cours Simon en arrivant, c'était formidable, j'avais découvert les auteurs classiques, j'étais très apprécié, à tel point que quand j'ai annoncé que je partais parce que je n'avais plus de quoi payer les cours on m'a offert de continuer gratuitement. Donc deux ou trois ans plus tard, je retrouve une ancienne élève, qui me demande ce que je fais. Et quand je lui répond que je fais du dessin animé, elle me dit : « Qu'est-ce que tu fous ? Tu es acteur ! » Le lendemain, j'ai tout arrêté.
A mes débuts à Paris, oui. J'allais aux castings et je n'étais jamais pris. J'ai été interdit bancaire, je n'avais plus un rond, je n'avais que ma guitare, j'étais à la rue. J'ai dormi dehors. Pour être hébergé, je gardais les appartements de mes potes. C'est dur, Paris. Les gens sont agressifs. Pas chaleureux. On ne peut pas aller dans un bar et parler avec des inconnus comme on le fait dans le Nord, on vous regarde comme si vous étiez fou. On ne peut pas aller toquer à la porte d'un copain pour lui dire bonjour, il y a des codes partout, à l'entrée des immeubles, aux portes. Il faut appeler les gens avant, prendre rendez-vous comme chez le banquier. Il faut du temps pour s'y habituer.
Maintenant ça va, mais je suis toujours content de rentrer dans le Nord. J'y vais assez régulièrement voir ma famille et mes amis, ou en tournée. Et j'ai gardé quelques bonnes habitudes, comme tremper ma tartine de maroilles dans mon café.
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