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Un conte de Noël

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Famille, je vous hais

  • Un conte de NoëlCasting de choix pour le dernier film d' Arnaud Desplechin, Un Conte de Noël, présenté en sélection officielle à Cannes. Catherine Deneuve et Jean-Paul Roussillon règnent sur la famille Vuillard, au bord de l'explosion lorsqu'ils apprennent la maladie de la mère. Une comédie grinçante que chaque acteur a tenté de décortiquer lors d'une conférence de presse donnée au Palais des Festivals. Morceaux choisis.

     

Par Laure Croiset (22/05/2008 à 20h24)
Un Conte de Noël aurait finalement pu s'appeler La Vie des morts, tant les thèmes abordés sont proches.

 

Arnaud Desplechin : Ce film-là est plus enchanté. Le côté Songes d'une nuit d'été est plus présent. Mais c'est vrai, ça tourne autour des mêmes thèmes. Il y a des similitudes dans la structure également. C'est l'histoire d'une maison aussi. Ça fonctionne en huis clos avec tous les acteurs qui sont enfermés dans un même endroit.

 

Le cinéma est-il un champ opératoire pour vous ?

 

Arnaud Desplechin : Quand je fabrique des films, j'essaye de voir comment ça marche, de me réapproprier des choses. Moi, je vais au cinéma pour mieux vivre. Ce que je vois sur l'écran, c'est toujours mieux arrangé que dans la vie. C'est plus intense. Il y a tout le temps un aller-retour de part et d'autre de l'écran entre un monde qui n'existe pas en vrai et la vie. Je me sens bien à cet endroit. De part et d'autre de l'écran, c'est un endroit qui est agréable pour moi.

 

Anne Consigny : Pour comprendre ce film, il faut voir son documentaire qui est consacré à sa famille qui s'appelle L'Aimée. Son père avait une maman qui était malade quand il avait 6 mois. Elle a passé un an à l'hôpital avant de mourir. Et après ça, le petit-fils, Arnaud, il fait des films où il y a toujours des hôpitaux.

 

Mathieu Amalric et Catherine Deneuve, croyez-vous à la sincérité de vos personnages lorsque le fils et la mère s'avouent leur non-amour ?

 

Catherine Deneuve : Oui, je pense qu'elle est sincère quand elle le dit, mais en même temps, je pense que ce n'est pas une réalité. Je pense que c'est sa réalité de surface, d'expression. C'est ce qu'elle a envie de lui dire. C'est comme ça qu'elle a envie de lui parler. Mais je pense qu'au fond, ce n'est pas un désamour total. Je trouve que cette scène est assez plaisante, parce que c'est vrai que c'est tabou de dire à ses enfants qu'on ne les aime pas, puisque nous sommes supposés aimer dès la naissance et même être programmés pour ça. Mais l'amour maternel n'est pas inné. De toute façon, moi je pense que le couple qu'elle représente avec son mari (Jean-Paul Roussillon) est quand même assez fort. Pour les enfants qui naissent de cet amour-là, c'est difficile de trouver leur place.

 

Mathieu Amalric : La grande idée de cette scène, c'est la cigarette. Elle, elle est en train de fumer et Arnaud a fait : non, toi, tu ne vas pas allumer ta cigarette, tu vas l'allumer avec la cigarette de ta maman. C'est comme dans un western, comme deux cow-boys. Nous sommes des héros. Au moins, ce désamour est réciproque. Le fils n'est pas rongé par la culpabilité. C'est « Je ne t'aime pas, bah moi non plus ». Arnaud nous a montré à tous un film avant de commencer le tournage, Seuls les anges ont des ailes en disant « Ce sont tous des durs à cuire ».

 

Ce film montre que la famille est un poison. Quelle est au fond votre conception de la famille ?

 

Arnaud Desplechin : Ce que je trouve intéressant, c'est de prendre une famille et de mettre un poison dedans. Quand le drame arrive à l'intérieur d'une famille, évidemment, ça désorganise tout. Pour la famille Vuillard, elle est désorganisée dès le début du film. Du coup, on rajoute du désordre au désordre. Et jusqu'à la fin, ce désordre amène une forme d'apaisement. Vous savez, quand une leucémie arrive dans une famille, c'est plus embarrassant, donc plus intéressant. C'est pour ça que j'ai choisi ce titre. Le fait que ce soit un conte, quelque chose de féérique, sans queue ni tête, quelque chose d'étrange, qui n'est pas moral, tout ça me plaît bien.

 

Catherine Deneuve, tourner avec de jeunes réalisateurs comme Arnaud Desplechin, est-ce une manière pour vous de maintenir votre curiosité ?

 

Catherine Deneuve : Vous savez, on me dit toujours que je travaille avec des jeunes cinéastes, mais c'est parce qu'il y a de plus en plus de jeunes cinéastes et moi, je continue à avancer. Donc évidemment l'écart se creuse. J'avance en âge, j'avance dans le cinéma et eux débutent. On ne va pas se rattraper. Je pense que je vais travailler de plus en plus souvent avec des cinéastes jeunes, sauf si je refais un film avec Manoel de Oliveira l'année prochaine (rires). C'est dans l'ordre des choses. Mais je ne cherche pas à maintenir la curiosité, de même que je ne cherche pas à maintenir des sentiments. La curiosité, c'est à la base de mon caractère. Ce qui m'a fait faire parfois des choses imprudentes dans la vie. Mais je pense que c'est une très bonne chose au cinéma.

 

Comment avez-vous appréhendé le travail avec votre fille, Chiara Mastroianni ?

 

Catherine Deneuve : Sur ce film, je n'ai pas eu de scènes seules avec elle. Mais ça m'amusait qu'elle soit ma belle-fille plutôt que ma fille. D'autant qu'elle m'ennuie. Mais ça, c'est de la faute d'Arnaud, c'est pas moi qui ait voulu ça. Donc ça n'était pas difficile. Ma fille est une actrice, donc quand on répète et qu'on est ensemble sur le plateau, notre rapport est un rapport de travail comme avec les autres acteurs. C'est assez direct et assez chaleureux. Moi, j'avais l'impression qu'on était un peu comme une troupe de théâtre. Vous savez, on a tourné en décors naturels dans une ville en province, ce qui fait qu'on était ensemble le matin, le midi, le soir, on était tous dans le même hôtel, donc ça crée un lien particulier.

 

Emmanuelle Devos, votre personnage est témoin des situations les plus dérangeantes. Elle est toujours au bord du fou rire. Comment avez-vous appréhendé ce fou rire intérieur permanent ?

 

Emmanuelle Devos : Comme une libération absolue. Après Rois et reine, comme j'étais très jalouse du personnage que jouait Mathieu Amalric, quand Arnaud m'a offert le rôle de Faunia, j'étais contente de regarder les autres souffrir. Et c'était comme un personnage de La Tempête, il y avait quelque chose de très shakespearien. C'est un témoin, un personnage extérieur. Comme dans La Vie des morts d'ailleurs, sauf qu'elle était plus timide. Là, elle s'affirme. Elle est très sûre d'elle et de son amour. Et son couple est magnifique.

 

Anne Consigny, comment arrive-t-on à mettre autant de douceur dans la détestation ?

 

Anne Consigny : Je ne pense pas que dans une famille, il y ait une vérité de haine ou d'amour. Quand on dit « je ne t'aime pas », on dit aussi « je t'aime ». Il y a la même puissance. Donc moi je n'ai pas eu l'impression d'ajouter de la douceur à quelqu'un d'agressif. Dans une famille, on peut se haïr et quand on sort dehors, si on touche à quelqu'un de sa famille, on peut le tuer. Il y a un amour absolument indéfectible.

 

Jean-Paul Roussillon : Vous avez le beau rôle. Votre personnage est bienveillant envers chaque membre de la famille.

 

Jean-Paul Roussillon : C'est gratifiant d'être celui qui aime sans concession. C'était magnifique d'avoir envie d'aimer tout le monde, d'aimer les gens de sa famille, ses proches, tout en voyant les petits défauts de chacun. Qu'est-ce que l'on peut souhaiter de mieux, surtout à mon âge ?

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