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It's a Free World!

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Ken Loach, la lutte continue

  • It's a Free World!La Palme d’or, remportée pour la fresque historique Le Vent se lève, n’a pas pour autant détourné Ken Loach de ses préoccupations sociales. Retour d’un des cinéastes les plus militants et les plus vigilants avec It’s a free World ! où il dénonce sans réserve les dérives du capitalisme et de l’immigration européenne.

     

     

Par Laurent Cotillon (28/12/2007 à 11h21)

 

Votre nouveau film signe le retour au cinéma social qui a toujours été votre genre de prédilection…

Le vent se lève avait été un projet assez lourd à porter, tant sur le plan scénaristique, puisqu’il m’avait demandé pas mal de recherches, que sur le plan de la logistique puisqu’il m’avait fallu gérer un grand nombre de comédiens, de costumes, de décors. Et en plus sa mise en scène avait été assez délicate à mettre en place. Il est vrai que du coup j’avais envie de revenir à un cinéma plus intime, plus réactif. D’autant que la situation politique, sociale et économique a beaucoup changé depuis quelques années et que j’avais envie de m’intéresser à tous ceux qui en sont victimes.

 

Dans Raining Stones, Bread and roses ou The Navigators, les héros sont les laissés pour compte du système économique. Cette fois vous choisissez une figure centrale qui est intermédiaire, c’est-à-dire à la fois exploitée et exploitante…

J’aurais pu effectivement choisir de m’intéresser et de suivre le parcours d’un travailleur immigré. D’ailleurs, nous avons beaucoup songé, Paul Laverty (le scénariste NDR) et moi, à écrire un film sur le jeune polonais dont notre héroïne croise le chemin. Mais cette voie là risquait de ne pas tout dire de ce qui se passe aujourd’hui. Montrer un personnage qui est un intermédiaire, qui vit de l’exploitation après en avoir été victime et avant d’être à sont tour prise à nouveau dans cet engrenage, permettait de mettre en lumière toute la perversité des nouvelles règles du capitalisme.

 

Votre film montre que la solidarité, valeur autrefois majeure de cette middle class dont est issue votre héroïne, a totalement disparu. Ainsi que l’espoir qui allait avec.

Son père et elle ne se comprennent d’ailleurs plus du tout car il est issu de la génération précédente pour laquelle l’entraide était naturelle, spontanée. On savait que l’on pouvait compter les uns sur les autres. Plus maintenant. L’individualisme est le maître mot. Angie est née avec Thatcher et le culte de l’argent, du pouvoir et du profit. C’est la valeur de son époque et elle fait tout, y compris le pire, pour accéder à ce rêve de vie.

 

Pas de larmes pour Joy, Ladybird… votre filmographie compte beaucoup de personnages principaux féminins…

Un homme ne va se laisser aller comme une femme. Il n’extériorise pas ses sentiments de la même manière. Une femme va plus loin. Dans ses émotions, dans sa détermination… Et puis je continue de que les femmes suscitent plus facilement l’empathie du public. Dans le cas d’Angie, ce qui m’intéressait, c’était que les spectateurs soient plutôt de son côté au début avant de se rendre compte qu’ils éprouvaient de la sympathie pour une femme capable d’aller très loin, y compris dans le mauvais sens du terme, pour obtenir ce qu’elle veut. Et que ce volte-face permettrait au public de prendre conscience de tout cela.

 

Votre mise en scène refuse tout lyrisme, toute surenchère émotionnelle…

Comme je vous le disais précédemment, je voulais revenir à un cinéma du direct, que l’on peut faire en sortant dans la rue, en posant sa caméra et en filmant le plus vite possible. Et si je n’ai jamais voulu en rajouter côte mise en scène c’est parce que je ne voulais ni accabler, ni défendre de quelque façon que ce soit, le personnage d’Angie. Ce n’est pas non plus un documentaire car je raconte une histoire et j’espère provoquer des émotions, mais c’est exact que j’ai privilégié un découpage simple, sans superflu.

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