Se connecter | Créer un compte



Une famille chinoise

Ajouter à mes films favoris
 

Wang Xiaoshuai, made in China

Par Xavier Leherpeur (24/11/2008 à 10h26)
Comment en êtes-vous venu au cinéma ?

Je devais avoir 18 ans et il était temps pour moi de prendre une décision pour mon avenir et les études que je désirais suivre. J’étais alors inscrit en arts plastiques et le moins que l’on puisse dire est que je n’y trouvais pas un réel plaisir… C’était l’époque de la cinquième génération de cinéastes en Chine, et j’ai eu l’occasion alors de voir des films de Zhang Yimou, ce qui fut un immense choc pour moi. J’avais trouvé enfin un lien entre mes études et une expression qui, je le sentais profondément, allait me convenir. C’est ainsi que j’ai décidé de m’inscrire à l’école de cinéma.

Le début de votre carrière est marqué par une longue période de censure et d’interdiction…

Je savais que c’était couru par avance et que, d’une certaine manière, il fallait en passer par là lorsque l’on refuse de se placer dans le divertissement ou dans la ligne du cinéma officiel. Je m’étais d’ailleurs d’une certaine façon préparé psychologiquement à cela. C’était un processus naturel dans un pays qui n’était pas prêt à recevoir le type de films que moi et d’autres pouvions faire.

En revanche, à la même époque, vos films sont diffusés à l’étranger dans les festivals. Cela a dû exacerber la censure…

Même si aujourd’hui la politique du bureau de censure s’est assouplie, participer il y a encore quelques années à un festival international étranger était considéré comme une provocation. Et il fallait s’attendre à un coup de bâton en retour. Mais depuis 2003, la politique du bureau du cinéma a évolué. Enfin disons que les changements sont de façade. On considère désormais qu’il suffit de fournir un simple synopsis pour passer la censure. Mais en réalité, si le bureau a décidé de faire attention à tel ou tel cinéaste – entendez le surveiller –, il ne va évidemment pas se contenter de quelques lignes et va exiger de nombreuses assurances quant au contenu de son film.

Votre film aborde le thème universel de la famille, de la maladie de l’enfant et de la détresse des parents, mais les replace dans un contexte insistant sur les évolutions de la société chinoise…

C’est vrai. Je dis d’ailleurs souvent que mes films se doivent de représenter la Chine à travers la manière dont j’écris mes personnages, la sensibilité humaine ou politique avec laquelle j’imprègne le scénario, l’expression de mon ressenti et de celui de mes compatriotes vis-à-vis de notre société… Mais je cherche aussi à ce que le message puisse toucher n’importe qui à n’importe quel coin du monde… Les sentiments, la réalité du combat de mes protagonistes, leur destin n’ont pas de frontières. A travers l’histoire de la maladie de cet enfant, j’ai cherché à exprimer comment l’être humain se mesure à son destin, à sa fatalité et à quel point finalement nous sommes peu de choses et combien sont pauvres nos moyens d’interférer sur ce qui nous arrive.

Le fait d’être père vous a-t-il aidé dans l’écriture du scénario ?

Bien sûr. D’abord en me faisant ressentir de manière exacerbée la responsabilité d’un adulte sur un enfant. On ne se pose pas de questions, il faut l’assumer, quelle que soit la situation, et être prêt à modifier beaucoup de choses de sa vie, de ses habitudes, de ses certitudes… Y compris arriver à commettre des actes totalement contradictoires avec ses principes de vie ou de philosophie…

Votre film s’affilie au genre mélo, mais vous tenez sans cesse à tenir à distance le débordement émotionnel que vous dites ne pas apprécier…

Je n’aime pas appuyer les choses ou les dire de façon très directe ou frontale. S’il y a conflit ou bagarre entre mes personnages, je fais le choix de ne pas le filmer mais au contraire de le faire ressentir différemment. Dans une vie, on n‘a pas nécessairement l’occasion d’assister à un climax de cet ordre. Mais en revanche, au quotidien, on en subit souvent les conséquences directes et indirectes…

Comme Jia Zhang-ke, vos films témoignent des importantes mutations urbaines de votre pays…

Comme lui, je suis issu du milieu rural et j’ai découvert le paysage urbain tardivement. Cette distance, le fait que ces villes nous soient encore étrangères, affûtent notre regard sur elles. Elles sont tellement représentatives de l’évolution de la société chinoise et revêtent une telle valeur symbolique que l’on ne peut y être insensible.

Envoyer à un ami Ajouter un commentaire

 
 

Les commentaires des lecteurs

 

Zoom Avant

Zoom Avant

Retrouvez Toutleciné.com sur...

twitter & Facebook