Il sera une Fois... |
Avec Il sera une Fois, l’histoire d’un jeune garçon faisant la rencontre de son double vieillissant, Sandrine Veysset continue de creuser le sillon d’un cinéma atypique, entre réalisme et onirisme.
Y aura-t-il de la Neige à Noël aura été une belle aventure… difficile à monter mais qui m’a valu, entre autres, de rencontrer Humbert Balsan… je ne regrette pas du tout qu’il ait marché, bien au contraire. Après c’est toujours le même principe, on vous attend au tournant. Le fait de démarrer, de n’avoir rien fait avant et d’avoir un succès, j’ai senti parfois qu’on me le faisait payer. J’ai la conviction en même temps que si j’étais allée dans le sens où l’on voulait que j’aille, comme faire une sorte de Neige 2, je n’aurais sans doute pas eu de problème. En résumé, c’est vrai qu’il y a eu très peu de gens bienveillants par la suite. Ils veulent voir où ça pèche d'autant plus que je ne fais pas de films faciles dans le sens « avec des ingrédients qui font que la sauce peut prendre ».
Et je peux vous dire que cela agace beaucoup. Et en France, lorsque l’on ne peut pas classer on a tendance à casser. Même s'il y a de cela, je n’aime pas trop le terme fable initiatique car cela suppose une idée de morale. Je dirais film d’atmosphère, sorte de traduction d’un intérieur, celui d’un enfant rempli d’angoisses. De celles que nous avons tous eues au moment où nous nous posons certaines questions sur la vie, la mort… Pierrot est confronté, dans le film, à son monde intérieur, il est son propre ennemi. Il lutte contre lui-même.
L’enfance tourmentée me parle, sans que cela soit autobiographique d’ailleurs. L’idée de départ vient de mon scénariste qui un jour m’a posé la question : « Et si tu rencontrais une vieille femme et que tu te rendais compte qu’il s’agit de toi. » Drôle de truc à partir duquel nous avons écrit un scénario dans lequel j’ai mis mes ingrédients. Et il est certain que cette vision de l’enfance est un thème qui me préoccupe. Pierrot a les mêmes angoisses que la plupart des enfants… sauf qu’il ne les dépasse pas. Il adore sa mère mais il est angoissé à l’idée de la perdre. Et puis cela parle de sa solitude. D’ailleurs tout est disproportionné autour de lui… le paysage, la maison. Il se sent tout petit avec une angoisse démesurée confortée par tout ce qui l’entoure, y compris ses parents.
Ma mère me dit souvent que dès qu’il y a un peu d’émotion à l’écran, j’ai tendance à couper. Idem pour ma chef op' qui trouve souvent que je coupe trop tôt. C’est vrai que je ne laisse pas de moment de respiration. C’est ma façon de raconter, et depuis le début. Ce n’est nullement gratuit. Il n’y a pas de dissociation entre la forme et le fond. Je ne laisse pas de place à la contemplation. Une fois que j’ai l’impression que le sentiment est à l’écran, je passe à autre chose. J’aime la rupture et l’ellipse. Mais j’ai la sensation qu’ici encore plus que jamais, cela sert le propos. Car dans cette histoire, Pierrot n’est jamais en accord avec lui-même. Il n’y a chez lui ni calme ni sérénité, que de l’instabilité.
Il a produit tous mes longs métrages. C’est pour cela qu’il est délicat pour moi de parler du film. Lorsque j’ai appris sa mort, j’ai d’abord voulu tout arrêter. Puis j’ai pris la décision de le finir au moins pour lui. Or le montage n’est pas un endroit neutre. C’est plein d’affect. Et sa disparition a certainement eu des conséquences sur la narration, sur son côté heurté. Mais il est encore trop tôt pour estimer exactement celles-ci. Il me faudra du temps.
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