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Gone Baby gone

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Ben Affleck, la métamorphose d'un acteur

  • Gone Baby goneA l'occasion de la sortie de Gone Baby gone, l'acteur Ben Affleck devenu pour ce film réalisateur, nous fait part de ses aspirations, de sa métamorphose et de sa carrière d'acteur/réalisateur.

     

Par Gwen Douguet (21/12/2007 à 10h45)
Pourquoi avoir décidé de changer de ligne, pour reprendre le titre de l’un de vos films, pourquoi la réalisation ?

J’aimais cette idée de devenir réalisateur, de changer ma course, de prendre une autre direction dans ma carrière. J’ai essayé de faire en sorte que cela se déroule sans dérapages incontrôlés pour poursuivre votre style. J’avais envie d’avoir le contrôle.

 

Vous aviez l’impression de ne pas avoir toujours été sur la bonne route celle de Dérapages incontrôlés et Hollywoodland qui vous ressemblent ?

J’aime effectivement ces deux films. Etre réalisateur ne voulait pas automatiquement dire prendre une autre direction pour continuer la métaphore. Il s’agissait plutôt d’ajouter une ligne sur le bas-côté. Pour tenter de satisfaire d’autres envies et ce d’une autre manière. Hollywoodland a été, par exemple, dicté par le désir de me frotter à d’autres rôles.

 

Gone Baby gone parle de choix, ceux que nous faisons ou pas et qui, quoi qu’il arrive, affectent notre devenir. Y a-t-il un écho avec les choix que vous avez faits, fut un temps, et la sérénité qui semble vous avoir gagné aujourd'hui ?

Je suis effectivement heureux aujourd'hui. Concernant mes films, je ne suis pas intéressé par le fait de figurer dans de gros films hollywoodiens. Depuis quelques temps, je voulais me débarrasser des tabloïds, des médias qui me harcèlent. Cela dégénérait. Je voulais également mettre derrière moi les films qui n’avaient pas marché pour une raison ou une autre, que le faute m’en incombe ou pas. Mais il est vrai que le genre de Hollywoodland n’est pas pour me déplaire, loin s’en faut.

 

La réalisation est-elle une manière de mener votre propre enquête, y compris et peut-être essentiellement sur vous-même ?

C’est une manière de m’enrichir, d’apporter un plus à ma vie, de progresser. C’est une façon de rendre ma vie plus belle. Alors oui, c’est une enquête d’une certaine manière. Je cherche à apporter plus. Ma vie artistique est incontestablement plus remplie. Est-ce que c’est une manière de me chercher ? Je n’en suis pas conscient. Mais c’est possible.

 

Ce n’est pas un hasard si vous avez planté votre caméra dans la ville de votre enfance. Est-ce une manière de remonter le temps, de reconsidérer votre propre enfance, de parler à vos parents ?

Mon psy pense que c’est le cas. Je ne sais pas s'il a raison. Il y a sans doute quelques liens. Votre argument est juste. La ville où j’ai grandi, le côté retour à la maison, l’idée d'explorer l’ensemble. Le fait de redevenir un enfant peut effectivement être un moyen de communiquer avec mes parents, en retrouvant des sensations, des émotions. Pour le reste, cela appartient à l’inconscient.

 

Vous venez aussi de devenir père. Vous aviez peut-être besoin de renaître à votre façon ?

Peut-être. Vous poussez loin, mais ce n’est pas impossible. Je me sens en tout cas beaucoup plus mûr. Je suis aujourd’hui en paix, ce qui n’était pas le cas avant pour un tas de raisons. Je ne sais si le film est responsable de cet état de fait, mais sans doute. Tout du moins pour une bonne part.

 

Gone Baby gone parle de croyances, de foi, de morale, quelle est aujourd’hui votre définition de la moralité, a-t-elle changé après le tournage ?

Il s’agit d’établir des règles dans notre propre vie, des codes qui gèrent la boussole de notre existence.

 

Ce qui est bien pour l’un peut être mal pour l’autre, vous le montrez dans le film...

Il y a la moralité universelle avec le relativisme. Vous êtes confronté en ce moment à cela, en France, avec le problème de l’immigration, l’Islam face à la culture occidentale en général, la lutte qui en résulte. Qui a raison ? Le personnage de Casey Affleck (voir aussi l'interview) dans le film est confronté à un dilemme. J’ai « volé » cela dans La Règle du jeu de Jean Renoir. Chacun a ses raisons. Personne ne se sent donc coupable. Son personnage pointe du doigt l’hypocrisie ambiante, on entre là dans un jeu dangereux, piégé. La morale ne doit surtout pas être relative, mais elle l’est. Et de plus en plus.

 

Votre film ne peut laisser indifférent, il soulève des interrogations quant aux comportements, notamment sur les agissements de la mère…

Absolument. Rien n’est tranché, au contraire, mais c’est écrit de cette manière dans le livre de Dennis Lehane. Le comportement de la mère est un sujet de débat. Mais là, concrètement un homme a enfreint la loi et un autre est en droit de prévenir la police. Passer outre la loi peut porter préjudice à tout le monde, quelles que soient les raisons. Se fier à son instinct ne signifie pas pour autant avoir raison. Cela marche ainsi. Est-ce que cela va déboucher sur quelque chose de bien, est-ce que tout va se dérouler à nouveau normalement ? Qui sait. Le monde est-il triste ? Oui. La vie est-elle dure ? Oui. Ces choses arrivent-elles ? Oui.

 

En filmant votre frère Casey Affleck, est-ce une manière de vous observer, de filmer votre ombre ?

Pas vraiment. Mon frère est beaucoup plus rebelle. Il est du genre à dire merde aux autres. Il est bien plus résistant, se comporte différemment. Il est plus imprévisible. Si similitudes il y a, elles se trouvent, par exemple, dans la voix. Mis à part cela nous n’avons pas grand-chose en commun.

 

Vous avez tous les deux commencé à jouer jeune, c’était une façon de vous échapper de votre quartier, de votre monde, de plonger dans un autre univers imaginaire ?

Ayant eu l’opportunité de nous lancer très jeunes nous avons tous les deux voulu la saisir. C’était excitant. Mais ce n’était en rien une échappatoire. Nous n’étions pas misérables, ni en quête d’évasion.

 

Votre mère, prof, vous a, un jour, demandé de marcher avec un chien imaginaire pendant sept jours pour savoir si vous étiez capable d'en éduquer un...

C'est vrai. Je voulais un chien, et il fallait que je lui montre que j’étais capable de m’en occuper. Pour le lui prouver, elle m’a mis au défi de faire comme si je marchais avec un animal pendant plus d’une semaine. Au bout de cinq jours elle m’a dit d’arrêter. Et je l’ai eu.

 

Vous apprenait-elle déjà à jouer ?

Peut-être. Je n’avais pas vu cela sous cet angle.

 

C’est votre première mise en scène, aviez-vous la trouille de diriger des acteurs du calibre d'Ed Harris, Morgan Freeman ?

Ayant déjà travaillé avec Morgan, j’étais à l'aise mais un peu intimidé. Avec Ed Harris, c’était pire.

 

Est-ce lui qui vous proposé son look car il se plaît à en changer tout le temps ?

Il m’a effectivement proposé son look. J’ai trouvé l’idée très bonne. Il avait l’air plus dur, plus jeune, sacrément gonflé. C’est un tel pro, il ne fait jamais de conneries. Nous avons essayé des choses, il ne s’est jamais plaint. Ce fut un réel plaisir.

 

Vous avez rencontré, l’auteur, Dennis Lehane qui dit faire une thérapie via l'écriture ?

Oui. Il était parfois présent sur le tournage mais je ne connais pas son histoire personnelle.

 

La société n’est pas en forme olympique, plus de 10 000 enfants disparaissent aux USA. La pédophilie est-elle le pire aspect de la société ?

Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de pire, à part peut-être tuer l’enfant. Abuser d’un enfant est ce qu’il y a de plus terrible. Nous avons travaillé avec des associations qui font un sacré boulot, des organismes qui essaient de venir en aide aux familles ayant perdu des enfants. Ce qu’ils m’ont montré restera gravé en moi pour le restant de mes jours. C’est pire que ce que vous imaginez. Depuis, je n’arrête pas de me demander qui sont ces gens faisant subir des telles atrocités aux enfants ? Qui sont les adultes ? J’en rencontre sûrement des tas, sans le savoir. Tout cela me rend profondément triste pour l’humanité. C’est tellement horrible que ça en devient tabou. Mais il faut en parler. Je l’ai fait avec mes armes, mes convictions.

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