Funny Games U.S. |
Blond, dégingandé, le regard étrangement habité comme possédé par un ailleurs impalpable, Michael Pitt se construit une filmographie insolite, à coups de personnages dérangeants, inquiétants, abîmés de l'intérieur, de Bully à Last Days en passant par le prochain Oliver Stone, Pinkville. Le dernier en date n'est pas le moins étonnant. Michael y campe l'un des deux tortionnaires du remake américain, plan par plan, de Funny Games US de l'Autrichien Michael Haneke. Rencontre.
Un peu. Mon histoire est différente. C'est surtout le fait que le film de Steve Buscemi soit une comédie qui me plaisait.
Beaucoup de gens ont raconté n’importe quoi sur ce sujet, je préfère ne pas en dire plus, car tout est à chaque fois déformé. J’écrirai sans doute un livre.
Dans deux ou trois ans. Je travaille dessus.
En fait, je l'ai composée quand j'avais 18 ans. C’était assez étrange. Je l’avais écrite pour moi, sur moi, c’était comme un monologue. Mais j’ai juste eu de la chance qu'elle plaise à Gus Van Sant.
Il m’a beaucoup appris, m'a emmené au cinéma, voir des expos, il m'a présenté à des amis. Je venais souvent chez lui dans sa maison à New York. On jouait ensemble. C’est un super musicien. Il écoutait mes chansons bien avant Last Days. Il avait peut-être déjà son film dans la tête sans que je ne le sache.
J’ai entendu parler du projet. Je ne voulais pas le faire car il me paraissait trop étrange. Et puis j’ai déjeuné avec lui. J’ai senti qu’il serait stupide de refuser. Michael est la raison du film.
Michael est différent de tous ceux avec qui j’ai travaillé. Il est d’une incroyable précision, c’est avant tout un artiste.
Nous ne sommes pas souvent d’accord. Le tournage est une création par le truchement d’une collaboration. Il y a le réalisateur, les techniciens et le sujet. Pour en revenir à la création, je ne suis pas très éduqué, ne suis pas allé à l’école, donc jouer m’apprend et me cultive. L’un des moments que je préfère en tant qu’acteur se situe dans la préparation, les recherches, les lectures. C’est là que je ressens que je fais un bon boulot.
Je n’avais pas à me demander qui sont mes parents, mon personnage n’a pas d’émotions. Son absence de passé me portait à croire à une possible difficulté. Il n’en fut rien. Au contraire. J’ai lu le scénario sans doute quinze fois, encore et encore. J’ai changé mon look, modifié le contenu de mes repas, mes habitudes dans le comportement à la maison. Je m’exerçais beaucoup, lisait et relisait le scénario, les dialogues avec un autre acteur.
Il y a eu des tas de bons rôles dans lesquels des acteurs ont échoué. J’ai vu de nombreux films ou vous ne pouvez demander énormément à un personnage, et où l’acteur échoue. Le rôle ne fait pas l’acteur, mais il peut aider.
A la moitié du tournage nous sommes devenus très proches, très liés. Avant c’était un peu le jeu du chat et de la souris, il m’arrivait de me sentir un peu torturé comme avec ma famille.
Un peu. En même temps, je ne vois pas automatiquement cela comme une manipulation. C’est organique. Mon expérience aidant, j’ai pu ressentir quel genre de réalisateur il est. C’est le meilleur. Si tel n’avait pas le cas, cela aurait été très dur.
C’est le père Noël avec un fusil à pompe.
Il m’a beaucoup discipliné et m’a donné son amitié.
Sans doute pas.
J’essaie de voir cela avant tout comme un boulot et une fois terminé, rideau.
Oui. Mais je crois avoir une idée très claire de qui je suis. Les personnages ne me hantent pas, n’ont pas de prises.
Sa vision m’est difficile. J’ai eu une réaction violente en voyant l’original. Je criais à la télévision. C’est sain en même temps, car il est difficile de nos jours de transformer le public en véritable spectateur réactif. C’est pourquoi ce film est incroyable car il produit cet effet là tout en sachant que c’est aussi du cinéma.
Le cinéma peut-être nocif. Mon père travaillait douze heures par jour dans une usine de voitures, et comme bon nombre, il n’avait qu’une envie en rentrant c’était d’oublier, de se changer les idées, il s’installait devant la télé. Nombre de spectateurs n’ont pas envie de penser, d’analyser et des personnes font des films pour ce public. Ils leur donnent ce qu’ils veulent tout en les nourrissant de choses nuisibles.
Ma moralité, je ne sais pas ce que c’est ! Le film n’est pas mauvais. La guerre, c'est mal. Il n’est pas pire qu’un stupide film d’action hollywoodien. Il est bien meilleur. Si les gens le trouvent négatif, il ne l’est pas plus que ces films-mlà.
Oui, comme il peut abêtir. Mais voilà ce que je crois, Si un jeune, un enfant voit un film violent, il y aura sûrement des conséquences. La violence est horrible, et a des répercussions. Quand vos héros tuent sans s’arrêter, en toute impunité, c’est terriblement néfaste. Si vous voulez que vos enfants soient intelligents ils faut les traiter autrement, et les prendre pour ce qu’ils sont.
Beaucoup d’Américains ont été très durs envers Michael, et ont porté des jugements très sévères alors qu’il montre la violence d’une manière très difficile. Vous devez ressentir toute l’horreur d’une scène quand elle est horrible. Sinon ce n’est pas honnête. Il est sain de provoquer toutes sortes de réactions.
Tout ce que j’ai appris sur le jeu, ma technique me vient des planches. C’est ce qui fait la différence. Un acteur n’ayant pas goûté au théâtre ne sait pas qu’il peut être meilleur.
A chaque film, je me vois comme un nouvel arrivant. A Hollywood, je ne suis pas une star. Je ne suis pas très friand de Hollywood, en même temps tout se passe là-bas. Mais je n’y suis pas à l’aise.
En aucune manière.
L’important, c'est l’honnêteté. J’ai appris que la vision du réalisateur est primordiale. Peu importe votre niveau... Vous pouvez être le meilleur du monde, c’est toujours lui qui dirige. En premier lieu, je m’intéresse donc au scénario, au personnage, je me demande si je vais l’aimer, si la vision du metteur en scène est porteuse de quelques sensations, et donne matière à réflexion.
Drôle. Car très professionnel.
Absolument, c’était indispensable vis-à-vis de mon personnage. Je savais que si je m’amusais au dehors, cela serait très noir à l’écran.
Il fallait que je sois de très bonne humeur, presque joyeux. En même temps, je me dis que j’ai eu le rôle le plus facile.
Oui depuis six ans.
Quand j’ai appris la guitare, j’ai commencé à composer. Je joue tous les jours de ma vie. Normalement j’écris et je joue dans des petits clubs.
J’ai l’impression d’être dans le ventre de ma mère.
Parfaitement. Quand je joue, j’ai l’impression que c’est comme une prière. Je lâche tout, je suis parfois agressif.
C’est effectivement plus facile.
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