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Un Baiser s'il vous plaît

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Emmanuel Mouret, les mots et le désir

  • Un Baiser s'il vous plaîtAvec Un baiser s’il vous plaît, Emmanuel Mouret confirme qu’il est le cinéaste du mot, de son trouble et de son élégance mais aussi du corps, de sa maladresse, de sa sensualité. Petit décryptage en cinq points avec l’intéressé.

     

     

     

Par Xavier Leherpeur (14/12/2007 à 07h48)
Emmanuel Mouret et le cinéma

Je suis très attaché à divers genres, qui vont du burlesque au mélodrame en passant par la comédie des dialogues… Sur le moment, s’il y a un cinéaste auquel je pense plus particulièrement, c’est Blake Edwards. Pour son élégance, son goût pour le burlesque et une certaine forme de sincérité. C’est un peu ce vers quoi je tends : faire plutôt des films d’humour que des farces, même si j’adore les gags physiques. C’est ce que j’aime chez ce cinéaste, cette palette qui passe par le comique, le corps, le burlesque à l’état pur, et aussi une gamme de couleurs allant de la légèreté à la mélancolie. Tout cela demande une grande rigueur dans la mise en scène. Il faut passer par le décor, les costumes, le casting… recréer un monde. Et j’aime le monde de Blake Edwards, j’ai envie d’y vivre. Il est plein de délicatesse, de charme, de surprises… Et j’aime cette idée d’un cinéma où l’on peut se projeter et où l’on se sent bien.

 

Emmanuel Mouret et la littérature

Je ne trouve pas tant que cela mon inspiration dans la littérature, mais plutôt dans la tradition théâtrale. Le cinéma – et notamment la comédie - jusque dans les années 50 a puisé très ouvertement dans le théâtre. Les grands metteurs en scène de théâtre et les auteurs dramatiques étaient appelés à Hollywood, les films étaient adaptés des succès théâtraux et les grands cinéastes classiques que nous admirons aujourd’hui avaient grandi dans cette tradition. Ce goût du dialogue, je le tire véritablement du cinéma. Autant de la comédie américaine que par exemple du cinéma d’ Alfred Hitchcock. Sueurs froides, c’est dix minutes de dialogues pour deux trois minutes de cinéma à l’état pur. La parole prépare le silence. Mes personnages parlent parce qu’il y a des enjeux. Le comique, le suspense passent par la parole, que ce soit chez Marcel Pagnol, Sacha Guitry ou Woody Allen.

 

Emmanuel Mouret et et les rôles féminins

François Truffaut disait que faire du cinéma, c’était faire faire de jolies choses à de jolies femmes. Pour moi, le cinéma c’est le plaisir. Et qui dit plaisir dit aussi charme et merveilleux. Les scénarios naissent souvent de personnages féminins qui me font rêver. Elles sont souvent des figures entraperçues autour de soi, à la fois troublantes et qui induisent le rêve. Pas au sens onirique, mais par leur comportement. Comme dans Un baiser s’il vous plaît, où la meilleure amie accepte de coucher avec le héros pour la consoler. Elle le fait par générosité de cœur mais aussi de charme, de cocasserie et de candeur.

 

Emmanuel Mouret et et les acteurs

J’aime – et c’est peut-être l’héritage que je tire du cinéma de Jean Renoir - mettre des comédiens de «couleurs» différentes dans mes films. Du coup, ils ne sont plus du tout en concurrence puisqu’ils arrivent chacun avec leur propre «couleur». Et plus elles sont distinctes, plus ils peuvent être éclatants. Le maître-mot, dans la direction d’acteurs, c’est «variété». Echapper à la monotonie et à chaque fois essayer de se surprendre, de se contredire, de nuancer, tenter de construire les personnages par des points qui s’opposent, des contradictions… Le fait de jouer avec eux peut représenter un avantage au niveau de la mise en scène car j’essaie avec eux. On se plante, je me plante, et le fait de voir le metteur en scène se planter, essayer des choses, cela les met à l’aise pour faire des propositions et mener leur barque.

 

Emmanuel Mouret et et le burlesque

Ça a été ma porte d’entrée dans le cinéma. Pour moi, le burlesque c’est le maladroit auquel l’enfant, l’adolescent et l’adulte s’identifient toujours. La maladresse est pour moi constitutive de l’espèce humaine car il faut apprendre à s’adapter. Et j’ai une immense tendresse pour les gens qui sont à côté de la plaque. Et puis il y a chez eux une belle leçon à recevoir car, malgré les chutes, ils se relèvent sans accuser le monde et continuent leur chemin en gardant une forme de candeur, et en gardant leur capacité de s’étonner devant la beauté. Souvent celle d’un visage car dans les grands films de maladroits, c’est toujours l’un d’eux qui tombe amoureux d’une belle femme. Et puis le burlesque est peut-être au cinéma le genre qui donne le plus la sensation de matérialité. Le sol est le sol, une porte est une porte. Et si je mets un peu de burlesque dans mes films, c’est aussi pour faire exister les corps. On peut même, à travers cela, avoir une sensation d’érotisme parfois plus forte car du coup une peau devient vraiment une peau.

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