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Comme des Voleurs (à l'Est)

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Lionel Baier : l'itinéraire d'un Suisse en Europe

  • Comme des Voleurs (à l'Est)Après Garçon stupide, le cinéaste helvétique Lionel Baier réalise Comme des Voleurs (à l’Est). Une comédie grinçante sur l’identité en forme de road-movie où un jeune gay (qu’il interprète) renonce au confort de sa vie et part avec sa sœur à la découverte de ses hypothétiques origines polonaises.

     

Par Xavier Leherpeur (03/12/2007 à 07h50)
Comme des Voleurs (à l'Est) est le premier volet de quatre films « cardinaux » : à l’Est, l’Ouest, au Sud et au Nord. Quelle est l’ambition globale de ce projet ?

C’est une façon de s’interroger sur ce qui relie les Européens entre eux. Au-delà de l’union européenne, de l’euro, j’ai envie de me poser la question et de m’imaginer le lien qui peut unir les habitants de ce continent. Comment les histoires personnelles se rejoignent ou sont déterminées par la grande. D’où ce désir de savoir ce qui se passe en Espagne, en Allemagne... Comme des Voleurs (à l'Est) est une comédie, mais il n’y aura pas de genre unique. Par exemple, je suis en train de finir d’écrire l'opus sur le Sud qui s’appuie sur l’histoire vraie d’un tueur en série. En revanche, ils n'ont qu'un seul point commun : la notion de voyage et de déplacement.

 

Pourquoi avoir choisi la comédie ?

Pour moi le film a des aspects de comédie, mais ne possède pas une architecture de comédie traditionnelle. Il était surtout important que l’on puisse rire du personnage. Au fond, c’est un petit bourgeois un peu pathétique auquel tout est acquis en Suisse. Il me fait penser à un fils de banquier qui aimerait bien être un peu plus pauvre, qui aurait envie de mystère dans sa vie. Rire de lui permettait d’être un peu plus fin dans un certain nombre de situations. Et comme je devais l’interpréter, j’avais besoin de la distance qu’autorise la comédie. C’est beaucoup plus facile de se regarder dire des horreurs ou des choses peu sympathiques car il existe un vrai détachement. Je ne crois pas que j’aurais été capable – et cela ne m’aurait pas non plus intéressé – d’être dans une sorte de « sincérité dramatique ». D’autant plus que je ne pense pas qu’elle ait lieu d’être. Si j’avais choisi pour héros un Polonais sans argent, j’aurais pu faire un film dramatique ou un doc réaliste. Mais concernant ma position, cela aurait été obscène de prendre au sérieux ma problématique.

 

Qu’est-ce qui motive votre héros à changer de parcours aussi brusquement ?

Je pense qu’il est mis tous les matins devant le fait que sa vie et son quotidien, ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Et cela lui est insupportable. Je crois que le fait que son petit copain soit charmant et que sa famille accepte son homosexualité, l’insupporte. Comment être encore rebelle dans ce cas-là ? Comment avoir encore une existence à partir de ce moment-là ? Il ne supporte plus cette facilité quotidienne car il attendait plus de la vie. Et l’insatisfaction est un excellent moteur. Cette recherche en Pologne n’est au fond qu’un prétexte pour changer. Et puis le hasard de ce voyage lui fera réellement rencontrer sa sœur. C’est la véritable surprise de cette histoire. Il pensait partir et exister comme personnage héroïque - un peu à l’image de Blaise Cendrars auquel il fait souvent référence – et en fait il lui arrive une autre histoire héroïque mais de l’ordre de l’intime avec quelqu’un de très proche de lui.

 

Sur fond de construction européenne, le film interroge la délicate notion de la nationalité…

C’est une question qui est primordiale pour moi. Lorsque à la fin de mon film, le héros décide de rester en Pologne, il est peut-être plus polonais que certaines personnes qui en possèdent le passeport mais pour lesquelles ce pays ne signifie rien. Il y a des étrangers qui viennent en Suisse et qui semblent plus suisses que je ne le suis moi-même, parce qu’ils ont dû se poser la question de la nationalité. Il y a chez eux une sorte de fierté et d’envie d’identification que je n’ai jamais ressenties. J’ai le sentiment que c’est quelque chose que l’on peut choisir, à la différence par exemple de la sexualité.

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