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Faut que ça danse !

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Noémie Lvovsky : la vie ne lui fait pas peur

Par Marc Toullec (30/06/2008 à 06h08)
Sur quelle impulsion Faut que ça danse ! est-il né ?

Entre une espèce d’inadéquation qui existe toujours entre l’âge qu’on a vraiment et l’âge qu’on se sent avoir. Ce n’est pas la première que je traite le sujet puisque, avec déjà La Vie ne me fait pas peur, j’en parle par l’intermédiaire d’adolescentes. Dans Faut que ça danse !, je continue avec un homme âgé. Le déclic de tout le film, c’est lui. J’aime à penser que chaque individu est fait d’une multitude d’âges, qu’il ait 8 ans ou 80. L’âge de nos artères, l’âge que reflète le regard des autres, l’âge que l’on se donne à soi-même… Adulte, on garde encore des parcelles de l’enfant que l’on a été et, enfant, il y a déjà de l’adulte qui se manifeste. Je suis partie de tout ça pour écrire et réaliser Faut que ça danse !.

 

A voir votre film, on a le sentiment persistant que chaque personnage part d’une personne que vous avez connue ou, du moins, croisée…

Une fois de plus, c’est un mélange. De personnes que j’ai rencontrées et qui m’ont inspirée, de personnages de roman et de cinéma… D’autres, par contre, sortent à 100 % de mon imagination.

 

Faut que ça danse ! traite finalement de sujets tragiques avec une légèreté incroyable. Particulièrement le personnage de Jean-Pierre Marielle qui cultive des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale pour le moins délirants…

Oui, pourtant, la coscénariste Florence Seyvos et moi partions d’événements très graves, terribles. Par goût et par nécessité au regard de Salomon qu’incarne Jean-Pierre Marielle, nous nous sommes livrées à une gymnastique scénaristique qui consistait à trouver de la légèreté, de l’humour et de la distance là où, a priori, on ne peut pas en avoir. Une pirouette, en somme. Ou des galipettes si vous préférez… C’est, toujours dans le cas de Salomon, l’impossibilité de raconter à sa fille ce qu’il a réellement vécu. Alors, plutôt que de déterrer des souvenirs, d’employer des mots et de délivrer des informations, tout passe par des cauchemars ou des imaginations communs.

 

Une autre très forte impression : que vous avez écrit le scénario sur mesure pour des comédiens très précis, déjà choisis…

Oh non ! Quand j’écris, c’est sans penser aux comédiens. Si je creuse énormément les personnages, je ne pense à pas leurs interprètes avant d’en arriver au casting. Mes personnages sont des gens que j’aime, avec lesquels j’ai envie de passer du temps. Comme les acteurs qui vont les incarner. Le nom de Jean-Pierre Marielle m’est venu assez naturellement. Bien que je l’ai beaucoup vu au cinéma, c’est le théâtre qui m’a convaincu de travailler avec lui ; il y était d’une telle inventivité ! Même dans le cas de Valeria Bruni Tedeschi, dont je suis pourtant très proche, je n’ai pas écrit le personnage de Sarah pour elle. Ce n’est que plus tard que je lui ai demandée de le faire.

 

Finalement, les trois personnages principaux de Faut que ça danse ! pourraient se passer des autres et se trouver au centre de films rien qu’à eux…

Ce que vous dîtes est merveilleux ! En fait, quand je me lance dans l’écriture d’un scénario, je cerne d’abord les personnages et ce n’est qu’après que l’histoire se dessine. Les protagonistes sont tout pour moi. Je les travaille jusqu’au moment où ils deviennent de vraies personnes. Je leur donne, outre le présent du film, un avenir et un passé qu’on ne voit pas, mais tellement essentiel à leur existence.

 

On raconte que, sur le plateau, vos rapports avec Jean-Pierre Marielle n’ont pas toujours été au beau fixe…

Vraiment de la cuisine interne de tournage. Après coup, je me suis rendue à l’évidence que Jean-Pierre Marielle a travaillé dans le sens du personnage et que, par l’imiter, il est lui aussi entré en résistance. Salomon résiste à l’âge qu’il lui donne, au comportement que l’on attend de lui, à sa famille, au monde…

 

Elle est mystérieuse la maladie dont souffre le personnage de Bulle Ogier. On pense immanquablement à la maladie d’Alzheimer, mais pourtant…

Oui, on pense à Alzheimer, puisque c’est une maladie dont on parle beaucoup dans les médias. Et, en même temps, on l’ignore du début à la fin… Même sa fille dit, dans le film : « Je sais pas de quelle maladie souffre ma mère. Personne, d’ailleurs, ne le sait… ». Un psychiatre pourrait répondre : « elle est psychotique ». Un neurologue pourrait dire : « elle souffre des conséquences d’un accident vasculaire cérébral ». Mais peut-être est-ce un choix de la part de cette femme ? Puisque tout l’atteint, puisque tout lui fait mal, elle décide de se protéger, de construire cette barrière autour d’elle. Peut-être s’est-elle mise un peu « à côté » ?. Nous sommes là au cœur de la complexité et de la richesse d’une personne. Ma théorie ? Les deux options, soit à la fois une décision consciente de se placer en retrait et un début de maladie. Qui sait après tout…

 

Parlant de Faut que ça danse !, vous citez souvent Ernst Lubitsch, l’un des grands de la comédie américaine. Pourquoi donc ?

Ernst Lubitsch compte énormément à mes yeux. Il y a quelques jours, j’ai revu The Shop Around The Corner. Sublime sans avoir l’air d’y toucher, mine de rien et ça raconte l’humanité entière ! D’ailleurs, c’est en hommage à Ernst Lubitsch, plus précisément à La Folle Ingénue, que Salomon s’appelle Salomon Bellinsky. Dans La Folle Ingénue, Charles Boyer porte le nom de Bellinsky, un personnage qui explique aux autres le bonheur d’être apatride. Florence Seyvos et moi avons pensé que Salomon aimerait rencontrer ce Bellinsky-là. D’où le même nom de famille !

 

Une référence pour le moins étrangère au plus grand nombre…

Et pour cause ; elle ne s’adressait qu’à nous. A Florence Seyvos et moi, cela nous donnait simplement du punch pour l’écriture. Ce genre de clin d’œil ne s’adresse vraiment pas aux spectateurs.

 

Lubitsch, c’est également une manière de dire des choses très graves avec un grand sourire. Comme Faut que ça danse !

Enfin bon, Lubitsch relève quand même d’un autre niveau, d’une autre classe. Sa philosophie de la vie – le fait de prendre les choses graves avec légèreté -, c’est également la philosophie de Salomon. Je crois bien que, s’ils s'étaient rencontrés, Lubitsch et Salomon se seraient bien entendus.

 

Quel bilan dressez-vous de la carrière cinéma de Faut que ça danse ! ?

Là, je ne sais pas quoi vous répondre ! Disons que je me protège beaucoup depuis mon premier long-métrage, Oublie-moi. A cette occasion, je me suis fait ma petite cuisine, me disant que tant qu’un film ne coûtait pas trop d’argent, le nombre d’entrées devenait un peu abstrait. Mais, oui, je suis plutôt satisfaite des résultats de Faut que ça danse !. Quant à l’accueil du public, on ne s’en rend pas vraiment compte, sauf à l’occasion des projections. D’ailleurs, à plusieurs reprises, des spectateurs de l’âge de Salomon, entre 75 et 80 ans, n'ont pas caché leur surprise en me découvrant ; ils s’attendaient tellement à voir une septuagénaire. Tous étaient étonnés de voir quelqu’un de mon âge mettre en scène un octogénaire. Et moi de leur expliquer que nous sommes faits de tous les âges, et qu’il suffisait de creuser peu pour trouver dans Salomon le petit garçon de huit ans qu’il avait été !

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