Le Dernier Gang |
Pour avoir produit Le Grand Frère, Descente aux enfers et Gangsters, le polar, Ariel Zeitoun il connaît. Mais, hormis les pirouettes plutôt badines de Yamakasi, il n’avait jamais abordé le genre comme réalisateur. Une lacune que comble Le Dernier Gang, qui sort ces jours-ci en DVD.
En l’espace de quelques semaines, il en est sorti des paquets. Un délire de programmation où se bousculaient MR 73, Sans arme, ni haine, ni violence, La Nuit nous appartient, American Gangster… Du français et de l’étranger pour lesquels le public ne s’est pas démultiplié. Naturel que tous se mangent la laine sur le dos et qu'il y ait eu des victimes !
Dans le cinéma, comme dans la vie, il y a des cycles. C’est ainsi qu’après avoir pratiquement disparu de la production cinématographique française, le film noir, le film de gangster et policier sont revenus en force alors que le genre s’usait à la télévision, laminé par des schémas totalement dépassés. Un mouvement de balancier en somme. Il y a une dizaine d’années, j’étais à ce point en manque de polar que j’ai produit le premier film d’ Olivier Marchal, Gangsters. S’il n'a pas explosé au box-office, il a bien été accueilli par un public touché qu’un ancien flic parle de ce qu’il connaît, de son métier. A la suite de Gangsters, le genre est réapparu. Brutalement, on est passé d’un extrême à l’autre, de l’absurde à l’absurde, du trop peu au trop-plein.
Oui, l’idée du film date d’il y a bien huit ou dix ans, au moment de la sortie de prison de l’un des membres du gang des Postiches. A cette occasion, trois grands articles dans Libération revenaient sur son histoire. Ils m’ont interpellé et c’est de leur lecture que le film est né. Ce n’est qu’après que j’ai connu André Bellaïche, le gangster libéré. Grâce à lui, de néophyte, je suis devenu un « affranchi » en ce qui concerne les Postiches. J’ai découvert tout ce qui se cachait derrière la façade, les raisons pour lesquelles ils n’avaient pas été arrêtés pendant leurs six ans d’activité, leur identité réelle. Très bien tout ça, mais l’important pour moi était de savoir qui ils étaient vraiment, comment ils en étaient arrivés là. Pour y parvenir, une seule méthode : rencontrer un membre du gang qui accepte de raconter franchement les choses. Non seulement de se raconter lui, mais de raconter aussi les autres. Une longue, longue marche.
Non, pas du tout. D’ailleurs, comment compresser vingt ans en deux heures de film ? Impossible. Pour être à 100 % honnête, il faudrait vingt ans pour raconter vingt ans. Le cinéma broie les événements, les concasse, les compacte. Il synthétise, retient l’essentiel et le plus significatif. Et, parfois, le plus significatif tient à des riens, à de simples impulsions. Combien de voyous m’ont-ils raconté que des casses, des braquages sont partis de « mauvaises ondes », comme ils disent ! Comment voulez-vous traduire ça dans un film ? Dès que l’on élude, que l’on compacte et que l’on rassemble des événements, on évolue inévitablement vers la fiction. On s’écarte de la réalité. L’important : donner à la fiction les couleurs de la réalité, de la vérité. Mais, même avec la meilleure volonté du monde, la plus grande sincérité, un réalisateur ment. Il faut accepter cette idée-là car, sinon, il n’y a pas de cinéma, pas d’art possible.
C’est pourtant un bon, un héros positif, mais, pour arrêter les gangsters, il n’a pas d’autre choix que de se comporter un peu comme eux. Face à des gens qui franchissent en permanence la ligne jaune, Milan ne peut manœuvrer qu’en la franchissant à son tour. Le raisonnement « je respecte les règles républicaines et je vais donc les boucler » ne tient pas, car aucun flic n’est parvenu à ses fins, c'est-à-dire à envoyer du gros gibier derrière les barreaux en restant scrupuleusement dans les clous. Si, par exemple, Mesrine est tombé, c’est grâce à des indics dont le casier judiciaire a été ensuite nettoyé de fond en comble !
Peut-être Milan prend-t-il l’affaire trop à cœur, de manière excessivement personnelle… Ça tourne à l’obsession ! Comment d’ailleurs imaginer qu’un flic puisse décrocher à heures fixes, dès qu’il n’est plus en service, quand il court après des voyous de ce calibre ? A ce titre, je n’invente rien dans Le Dernier Gang ; j’ai rencontré un flic qui m’a inspiré Milan. Le soir, chez lui, il était en permanence branché sur la radio de la police et, dès que les choses bougeaient un peu, ses collègues l’appelaient. Pour certains, Milan mène une véritable traque. Moi, je dirais plutôt une quête !
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