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Si j'étais toi

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Vincent Perez & Olivia Thirlby : et si on était eux ?

  • Si j'étais toiElle a à peine 20 ans, est à la fois américaine et folle de Shakespeare (oui c'est possible). Lui remet sa carrière en cause en réalisant un film d'un classicisme « indé américain » assez inédit chez un comédien de sa trempe. Olivia Thirlby, petite perle qui monte (huit films en deux ans, pas mal) et Vincent Perez : entre eux, la transmission de pensée est quasi naturelle. Pas mal pour un film, Si j'étais toi, qui flirte avec le... surnaturel.

     

Par Grégory Alexandre (03/10/2007 à 13h16)
Pas trop difficile de parler de Si j'étais toi, qui n'est pas un projet personnel comme pouvait l'être Peau d'ange ?

Vincent Perez : En fait non, c'est plus facile parce que j'ai plus de recul aujourd'hui sur ce que je fais. Peau d'ange était vraiment complètement « dedans », avec une certaine naïveté, mais le réaliser m'a permis d'apprendre beaucoup de choses. En tournant ce deuxième film, je me suis senti plus armé face à l'idée de narration. Et puis aussi, je me suis un peu débarrassé de mes « maîtres », ces influences qui m'encombraient - non je ne vais pas commencer à les citer, il y en a beaucoup !

 

Quelle était la démarche cette fois-ci ?

Vincent Perez : J'ai surtout voulu raconter une histoire, maîtriser un récit tout en y instillant des choses qui m'angoissaient à titre personnel. En fait, c'est un parcours un peu miné, ce film-là, parce qu'il y a beaucoup de pièges dans le scénario, et le fait de l'avoir vraiment digéré et pris des décisions sur l'histoire m'a permis de la raconter sans m'éparpiller.

 

Vincent, quand vous regardez Olivia Thirlby aujourd'hui, voyez-vous beaucoup de différences avec la lycéenne que vous aviez choisie parmi 600 prétendantes, et qui n'avait alors jamais tourné de sa vie ?

Vincent Perez : Oh oui ! Je vois aujourd'hui une jeune fille pleine d'expérience, elle a beaucoup changé...

Olivia Thirlby : Vous savez, je dois énormément à Vincent. S'il ne m'avait pas choisie à l'époque, tout aurait été différent. J'aurais sans doute suivi des cours d'art dramatique, et j'aurais privilégié le théâtre plutôt que d'enchaîner les films comme je le fais en ce moment. Quand nous nous sommes rencontrés, j'avais 17 ans, j'étais encore au lycée, je passais des castings mais sans acharnement, j'essayais de faire des pubs, des choses comme ça... Et pour le coup, décrocher un premier rôle dans un film pour une première expérience, c'est assez énorme.

Vincent Perez : Je ne peux pas cacher que j'étais un peu inquiet par rapport au fait d'obliger Olivia à assurer du jour au lendemain, trois mois sur un tournage en étant présente quasiment chaque jour. J'ai très vite eu une confiance absolue en elle, mais de temps en temps, je réalisais à quel point le rôle était fragilisant, exigeant. Et je me sentais le devoir de lui transmettre toute l'énergie que je pouvais avoir.

Olivia Thirlby : Pour n'avoir travaillé que sur scène auparavant, faire un film a été une expérience déboussolante. Une pièce, c'est un travail dans la continuité, qui suit une logique proche de la logique du corps. Faire un film, c'est approcher un personnage de manière aléatoire, décousue.

 

Olivia, pour votre premier rôle, vous incarnez un personnage possédé par l'âme d'un autre, en l'occurrence celle de sa propre mère. Jouer quelqu'un qui est autre, n'est-ce pas le comble de l'actrice ?

Olivia Thirlby : Oui, avec le recul, le défi était plutôt symapthique (rires), mais au moment du tournage je n'en avais pas conscience. J'ai envisagé ce rôle comme n'importe quel autre, et de manière très sérieuse, mais sans réaliser la schizophrénie de la chose, sans doute parce que j'étais encore très naïve par rapport à tout ça, je n'avais pas lu un seul scénario de ma vie ! Aujourd'hui, je lirais ce scénario avec ma petite expérience de comédienne, je serais complètement flippée, mais à l'époque, je me suis jetée là-dedans sans recul ni préjugé, c'était l'idéal.

Vincent Perez : Elle regardait tout le temps ses marques, c'était d'une fraîcheur absolue, et cette fraîcheur était inespérée pour le rôle : Olivia s'est impliquée corps et âme, avec beaucoup de générosité.

 

Y a-t-il une scène, une phrase qui vous a tout particulièrement marqués ?

Vincent Perez : Je me souviens de cette scène dans les toilettes, très exigeante, où tu fais face à David [Duchovny, NDR], tu étais crevée je me souviens, et pourtant quelque chose de magique s'est passé, j'étais hyper fier de toi !

Olivia Thirlby : Un jour, Vincent a dit à mes parents que j'étais comme un Boeing 747, et que lui avait des millions de manettes et de cadrans à manipuler, mais que tout fonctionnait à merveille.

Vincent Perez : Je n'avais plus qu'à appuyer sur les boutons ! (rires)

 

Vincent, avez-vous choisi Olivia pour sa ressemblance avec Lili Taylor, qui joue sa mère dans le film ?

Vincent Perez : En fait, aussi étrange que ça paraisse, Lili Taylor, ainsi que David Duchovny d'ailleurs, sont arrivés sur le film après qu'on ait choisi Olivia. La ressemblance entre Lili et Olivia ne fonctionne pas seulement parce qu'il y a quelque chose de physiquement proche entre elles, mais aussi parce qu'elles ont beaucoup travaillé ensemble pour que la « métempsychose » fonctionne.

Olivia Thirlby : Et ça peut tenir à très peu de choses, comme ce petit geste de se tenir l'oreille quand Anna, que joue Lili Taylor, se sent en situation de danger intérieur. Lili et moi avons travaillé sur le détail gestuel avec beaucoup de précision.

 

Vincent, aviez-vous conscience que le point de départ du film est infiniment casse-gueule, que si on n'y croit pas, le film flanche ?

Vincent Perez : C'était la plus grande difficulté du film : que ce soit crédible. Déjà, aux auditions, Olivia m'y faisait croire à moi-même, et ça c'était un bon début. Mais je doutais beaucoup, j'avais peur, la situation décrite dans le film est effectivement complètement folle. D'autant que je ne voulais pas partir dans une veine fantastique mais coller au plus près au réalisme.

Franchement, parfois, pendant le tournage, je me réveillais la nuit, en sueur, et je me demandais : « Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? » Si j'étais toi est le remake d'un film japonais, que je n'ai pas vu avant de lire le scénario, et j'ai bien fait parce que ça m'a permis d'accrocher à l'originalité de l'histoire. C'est quand j'ai vu le film japonais, que je n'aime pas énormément d'ailleurs, que j'ai vraiment pris peur ! C'est un film très long, très lent. Finalement, c'était aussi bien que je n'aime pas l'original, ça m'a permis de m'approprier totalement le scénario.

 

Olivia, le personnage de Sam est celui d'une adolescente complexe, en pleine crise. Vous êtes-vous servie de votre propre adolescence pour construire ce rôle ?

Olivia Thirlby : Pas du tout ! Je ne lui ressemble en rien ! J'ai toujours été une ado tranquille, respectueuse de mes parents, jamais dans le conflit. Pour moi, c'était une composition absolue. Mais le fait que Sam soit un personnage « double » correspond aussi à un trait significatif de la plupart des adolescents, qui offrent à leur entourage un double visage : rebelles à la maison mais complètement intégrés dans la masse parmi les gens de leur âge. C'est une période de mutation intense qui est fascinante à explorer.

 

Vincent, selon vous, que dit le film derrière l'intrigue principale ?

Vincent Perez : Oh là là, beaucoup de choses ! Pour moi, ce que dit le film en substance, c'est : « Apprends à me connaître, et tu apprendras à m'aimer ». L'autre chose importante que j'ai essayée de faire passer, c'est qu'il faut faire les choses quand on a les possibilités de les faire : dans le film, Anna, jouée par Lili Taylor, a la possibilité de réaliser enfin ses rêves d'ado en se réincarnant dans le corps de sa fille. Et il n'y a rien de pire, pour un enfant, que de ressentir de manière concrète le sacrifice de ses parents pour lui. C'est d'ailleurs quelque chose qui m'était particulièrement cher parce que j'ai beaucoup entendu ma mère me dire à quel point elle s'était sacrifiée pour moi, et ça m'a beaucoup pesé. Aujourd'hui, ma mère a enfin compris que ce ne sont pas des choses à dire à ses enfants, mais ça a pris du temps ! Ce détail était une autre manière de parler de moi dans un film dont je ne suis pas l'auteur, et j'ai beaucoup apprécié cette autre possibilité d'appropriation.

 

Vincent, votre carrière au cinéma a fortement ralenti ces dernières années. Est-ce vous qui avez tourné le dos au cinéma ou bien le contraire ?

Vincent Perez : Disons que c'est un mélange des deux. D'une part j'avais besoin d'accorder plus d'espace et de temps à mes enfants. J'ai refusé des propositions sans doute importantes mais, de toute manière, je commençais à me fatiguer du cinéma, de la routine que c'était devenu pour moi. Il m'a fallu plusieurs années pour reprendre contact avec le désir. Alors j'ai écrit des scénarios, notamment pour la BD, et j'ai accepté de jouer dans la série « Paris : Enquêtes criminelles » aussi pour casser mon image... et pour me donner la possibilité de refuser tout le reste ! (rires) Désormais, je souhaite ne faire que ce que je veux réellement faire. Faire des films, c'est sacré, et à un moment, les rôles que je jouais n'étaient plus assez importants pour moi. J'entrais dans la vie d'autres personnages et je m'oubliais moi-même. Un jour, Valeria Bruni-Tedeschi m'a dit quelque chose qui m'a fait beaucoup réfléchir. Elle m'a dit : « Ce que je fais pour moi-même, c'est que quand j'avance, j'avance avec tout mon univers. Tout ce que je suis est important. » C'est là que j'ai compris que j'avais perdu contact avec moi-même en tant qu'acteur, peut-être parce que tout est allé trop vite pour moi. Un acteur doit se réinventer disons... tous les dix ans. Et c'est exactement ce que je suis en train de faire maintenant.

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