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Drift Away

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Drift Away : mélancolie ensommeillée Drift Away - 1,0/5 (1,00)

Drift Away Drift Away (à la dérive) nous fait partager quelques jours d’une rencontre qui ne mène à rien. Voyage dans l’intériorité de personnages mous et vides. Une phrase récurrente : « il faut que j’aille dormir » . Ce n'est pas ici le slogan de la mélancolie mais bien celui de la misanthropie.

 

Drift AwayBahareh vit seule dans un grand appartement. Les rideaux sont tirés le jour, ouverts la nuit, c’est la banlieue, c’est inquiétant : des gens crient la nuit. Il règne chez elle un désordre sans nom, ou plutôt si, un désordre Ikéa. C'est-à-dire un désordre suffisant pour nous montrer que le personnage ne va pas bien, mais point trop excessif non plus pour ne pas dégoûter le spectateur. Le film débute avec une longue mise en scène de cette vie décalée avec une multiplication de saynètes poussives et forme pseudo-mystérieuse rattrapée aussitôt par une situation très explicite. Si vous n’avez pas compris que manger du poisson en s’en mettant plein les cheveux comme le fait Bahareh est signe de désespoir, alors qu’est-ce qu’il vous faut ?

 

Cosmopolis - Robert PattinsonMais voilà qu’arrive Robert, son nouveau colocataire. Il travaille dans la finance, comme son rasage frais et ses chemises doivent le laisser penser. Il est très lisse, dort bien droit dans son lit, avec sa montre et son smartphone posés en parallèle sur la table de nuit. « Mais que cache ce garçon ? ». Un plan tout à fait opportun vient nous dévoiler que puisqu’il respire bizarrement et qu’il parle dans son sommeil, il doit lui être très déprimé. Depuis Cosmopolis on sait que la finance plonge ses acteurs dans des tourbillons de perplexité. Robert est donc vide de chez vide. Quelques plans suggèrent que malgré leurs différences, quelque chose se tisse entre les deux colocataires.

 

Drift AwaySans transition, Robert présente Bahareh à ses deux meilleurs amis, Cyril et Werner, probablement camarades d’école de commerce, tout aussi vides. Après une soirée dans un bar étrange (les gens, la foule, c’est inquiétant aussi), ils décident de partir « loin » (pour Paris, loin comprenez - la Bretagne). Un huis clos angoissant et silencieux s’instaure, sans suspens aucun, où chacun des personnages se concentre sur ses propres névroses et tente vaguement, pour la forme, de s'intéresser à l'autre. Puis les cartes sont redistribuées.

 

Drift AwayVoilà un film qui utilise un vernis de subtilité et de mystère (les bruits, les silences, les dialogues sibyllins…) pour décrire une réalité moins complexe qu'elle n'en a l'air : des personnes vides et indifférentes au monde qui les entoure, dénuées de toute empathie. Bien sûr, de tels individus existent, sans doute davantage parmi ceux qui ont le temps et l'argent de s'adonner à cette indifférence spleenétique. La question est de savoir si les spectateurs, eux, ont du temps et de l'argent à dépenser pour s'intéresser à un sentiment ennuyeux et convenu, stylisé par une mise en scène ensommeillée.

 

Les actrices de l'année 2011 - Melancholia - Kirsten DunstFaire de la mélancolie un objet cinématographique est prétexte au cinéma, comme dans Melancholia ; plutôt que de se servir du cinéma pour favoriser la complaisance envers cette psychologie de classe, qui ne convaincra que ses partisans. Ces derniers constituent cette portion congrue de la société, dont l'omniprésence sur le grand écran contribue fortement à produire cette sensation d'un ensommeillement chronique du cinéma français. « Il faut que j'aille dormir », moins le slogan de Drift Away que celui de ses malheureux spectateurs.

 

Par Nicolas Framont

 
 

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