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Les Lignes de Wellington

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Les Lignes de Wellington : la sauvagerie n'a pas d'âge Les Lignes de Wellington - 4,0/5 (4,00)

Les Lignes de Wellington - John Malkovich Raul Ruiz n'arrête pas de hanter le cinéma même après sa disparition. Les Lignes de Wellington, projet lancé peu avant sa mort, repris par le producteur indépendant Paulo Branco, réalisé par sa compagne Valeria Sarmiento, est l'occasion offerte à tous ses acteurs fétiches de le rendre un dernier hommage.

 

On retrouve en effet la lumière, le rythme, sûrement l'équipe technique des Mystères de Lisbonne et pourtant c'est un autre film, un autre style, moins espiègle, moins hermétique aussi mais aussi intelligent quoique trop anecdotique. Les Lignes de WellingtonCadre historique : septembre 1810 les troupes de Napoléon du Maréchal Masséna ( Melvil Poupaud) envahissent le Portugal défendu par Portugais et Britanniques sous le commandement du Général Wellington ( John Malkovitch) qui ordonne une stratégie de la terre brûlée en vue d'attirer les français dans un piège : des lignes de fortifications imprenables autour de Lisbonne qui seront la fin d'un voyage. Pris dans cette terreur, des destinées individuelles et romanesques qui se seraient ignorées en temps normal, se croisent.

 

On choisit de nous montrer les à-côtés de la grande Histoire, les évènements secondaires. Les Lignes de WellingtonNon pas le Général Wellington devant ses troupes ou ses cartes d'état-major, mais ses entretiens avec son peintre ( Vincent Perez) à qui il ne cesse de commander de représenter moins la boucherie du champ de bataille et de mieux conserver les bonnes formes. Non pas un brave soldat portugais et aristocrate ( Carloto Cotta) au combat mais laissé pour mort, réfugié dans la maison abandonnée d'une veuve qui reste seule, faisant équipe un moment avec des mercenaires polonais et un compatriote fascinant ( Adriano Luz), acqui et trahi par les idées révolutionnaires françaises etc.

 

Mystères de Lisbonne - Clotilde Hesme, Ricardo PereiraConstruit sur le même format que les Mystères de Lisbonne, Les Lignes de Wellington sort en version cinéma de 2h31 minutes avant une version télévisée plus longue en plusieurs parties. Autant dire que le rythme du film n'est pas effréné, il s'attarde plutôt à suivre les mouvements longs de l'exode civil et de la retraite militaire. La lumière est crépusculaire comme les atrocités d'une guerre déjà moderne, avec à peine quelques restes de civilités : une famille française, installée au Portugal, invite les militaires bleu-blanc-rouge à leur table mais la scène d'époque tourne bien vite à l'anarchie de personnages proches de la folie tandis que le Général est plus préocuppé par sa maîtresse. Il n'y a guère que les anglais, à demi-concernés, pour maintenir les bonnes formes quoique leurs militaires passent peut-être plus de temps avec les prostituées qu'en compagnie de lady en apparence éplorée, qui se révèle lutine en quête d'un mari.

 

Mais ce qui réussissait aux Mystères de Lisbonne, réussit moins aux Lignes de Wellington, la lenteur fait atmosphère mais cache mal certains défauts du scénario. Les Lignes de Wellington - John MalkovichLes histoires se recoupent trop faiblement, beaucoup trop de scènes se révèlent tout à fait inutiles : de simples tableaux plutôt qu'une intrigue diront certains, certes, mais des tableaux beaucoup trop tronqués pour que le spectateur y garde intérêt à chaque fois. Un travelling commence pour suivre un personnage à cheval, on se demande où il va, qui va-t-il rencontrer et brusquement le plan se termine alors que rien n'a commencé. Ce n'est pas là l'ensemble du film, mais la multiplicité trop grande des personnages perd la cohérence du propos. Regrettable, le film souffre de quelques faiblesses qui amoindrisssent sa portée et sa beauté qui sont par ailleurs incontestables. Un autre film sera peut-être nécessaire à Valeria Sarmiento pour affirmer un peu plus son style et sa différence, et le spectateur de se libérer de l'ombre du mari également. On nous trouvera tatillon et injuste, sûrement trop dans la comparaison avec l'étalon des Mystères de Lisbonne mais c'est peut-être ce que commande un film aussi ambitieux que Les Lignes de Wellington, qui frise le chef-d'oeuvre en nous montrant le zest qui manque pour atteindre l'excellence.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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