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Without

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Without : la nouvelle Bible du film ''indé'' américain Without - 1,0/5 (1,00)

WithoutComme le surnom béotien des instructions stupides que laisse à l'héroïne la famille du vieil handicapé qu'elle va assister, Without est une ''Bible'' du cinéma indépendant américain, plus précisément du film FAA (Film d'Auteur Académique selon l'expression de J.B. Thoret). Excellence et éminence qu'apprécieront les amateurs du genre, le film mérite également d'être vu par les autres pour ces mêmes raisons. Mais débutons par la Genèse, le synopsis.

 

Au commencement était une petite île du nord de la côte Est des Etats-Unis – à la population clairsemée dans ses bois inquiétants –, Joslyn ( Joslyn Jensen), une jeune adolescente – mutique et à la sexualité trouble – débarque. WithoutElle se fait conduire par l'ancien capitaine de l'équipe de football devenu artisan – gros lourdaud bodybuildé, un brin salace – vers la maison – isolée, aseptisée, dépourvue de connexion internet et de réseau – d'une famille de la middle class supérieure – tout à fait guindée dans son cérémonial prosaïque de famille parfaite – qui se prépare à partir en vacances. Joslyn est chargée de rester seule pour s'occuper du grand-père – un vieillard lugubre, complètement végétatif sur son fauteuil roulant.

 

Without est moitié thriller psychologique, moitié film d'«art» minimaliste, mais surtout tout entier consensuel. Pourquoi ? Joslyn est une adolescente brisée intérieurement, abandonnée à sa solitude, le spectateur, sans savoir pourquoi, en prend peu à peu conscience à mesure que l'espace domestique (la maison) se trouble peu à peu. WithoutQuelle raison a poussé Joslyn jusqu'ici ? Quelle est cette fille dont elle scrute l'image sur son iphone ? Qui, durant la nuit, déplace son téléphone qu'elle ne cesse de récupérer à l'autre bout de la pièce le lendemain matin ? On ne sait plus si l'on est dans la réalité ou dans le fantastique. Mais la rétention d'informations sur les motivations du personnage principal, est une contre-façon, prétendument intelligente et prétendument en rupture ou en contraste avec la sur-explicitation du cinéma commercial. Mark Johnson n'explore jamais un espace lacunaire, fragmenté comme ceux des films de Rossellini ou d' Antonioni dont il prétend pourtant s'inspirer depuis ses études de chef-opérateur en Italie ou du moins dont il accepte la filiation par la critique. On reste dans la petite affaire privée, mamie est morte du cancer, ShiningShining - Jack Nicholsonj'ai vécu une histoire d'amour malheureuse, la médiocrité artistique. Et d'ailleurs à la fin vous saurez tout, ce n'était qu'un coup de théâtre pour vous faire réenvisager tout le film. Quand Shinning (sans la profondeur et justement les profondeurs de champs anti-intimistes de Kubrick), rencontre Juno.

 

Vient ensuite le catalogue des clichés renversés : Les Dix Commandements, pas ceux d'Hollywood par la voix de Charlton Heston en 1958, mais ceux du ''cinéma indé'' dont nous retenons ceux que respecte particulièrement Without. Deuxième commandement : «Tu seras toujours ''rafraîchissant'' vis-à-vis des grosses productions ''réchauffées'' (mais à force nécessairement tout aussi fade sinon plus)» ; Les Dix Commandements - Charlton HestonLes Dix CommandementsTroisième commandement : «Tu ne prononceras pas trop de dialogues en vain (mais ne soit pas trop exigeant ça fait intello, tu tiendras toujours en éveil l'attention du spectateur-pop-corn)» ; Quatrième commandement : «Souviens-toi de mettre une musique légère, avec une guitare sèche (très pop mais un peu folk pour l'authenticité)» ; Cinquième commandement : «Honore ton son et ton image (toujours lèche et effleure, amplifie tout bruitage – un crissement, le silence et le vent qui souffle – utilise des teintes épurées, lisses, délavées – oui c'est la même chose mais il faut les trois et en caméra épaule)» ; Sixième commandement : «Tu ne questionneras point (tu es neutre)» ; Septième commandement : «Tu ne commetras pas de scènes à caractère sexuel (en fait si, crument, sans concession mais toujours avec douceur sous couvert de sensibilité à une féminité naissante)»...

 

WithoutQuant au Sermon sur la Montagne du film, c'est la chanson qu'interprète Joslyn Jensen, l'actrice par ailleurs chanteuse spécialisée dans la reprise pop-folk de morceaux de rap - pas de hasard. Ici c'est une reprise d'un rappeur américain T-Pain «Buy U a Drank» répertoire de phrases de drague stéréotypées. Chantés acapella avec une petite voix enrouée de jeune fille pubère, accompagnée d'un ukulélé hipster, le cliché et la vulgarité lourdingues mais jouissifs du titre original deviennent précieux, délicats, poétiques. Un vulgarité précieuse : l'abjection d'une culture, à tel point qu'on se demande après mûre réflexion si on avait raison d'apprécier Yael Naim reprenant Toxic de Britney Spears ou Nouvelle Vague reprenant This is not a Love Song de Public Image Limited (PIL).

 

Apocalypse NowApocalypse NowBref, ceci dit, concluons en passant à l' Apocalypse Now, la révélation, pour laquelle nous laissons la voix au critique Jean-Baptiste Thoret qui écrivait à l'occasion d'un article dans Libération en 2007 : «D'une certaine façon, le Film d'Auteur Académique est l'allié objectif du film commercial. Il confond l'épure et le rien, l'abstraction et la pose, le vide et la raréfaction, la contemplation et l'ennui, l'enregistrement de la réalité et la vérité du réel (...) Entre le pire film commercial et le pire FAA, un même néant est atteint, mais par deux chemins opposés Without de Mark Jackson, déjà célébré outre-atlantique par certains critiques, soit trop branchés pour faire la différence, soit trop hésitants pour trancher, en est la preuve et le nouvel emblème : l'originalité prétendue qui ne bouscule jamais rien est la honte d'un mainstream qui s'ignore.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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