Se connecter | Créer un compte



Après Mai

Ajouter à mes films favoris
 

Après Mai : film d'apprentissage sans fard Après Mai - 4,0/5 (4,00)

Après Mai - Lola Créton, Clément MétayerMai 68 est un grand récit, celui d'un âge d'or où tout était bigger than life : leçon rabâchée sur ce temps de la jeunesse, la vraie, la seule, l'unique et qui pourtant a creusé sa tombe, sans qu'on l'aide, à force de vantardise, d'éloquence et de nostalgie. Mais Après Mai ce n'est déjà plus Mai, c'est autre chose que nous livre l'étrange récit d' Olivier Assayas.

 

Ça ne commence pas comme Le Péril Jeune de Cédric Klapisch – voix off : «il était une fois le bon temps». Ça commence brut, sans dialogues, sans commentaires, en plein foutoir : poursuites entre CRS et lycéens, matraquages violents des voltigeurs (un motard et un matraqueur à l'arrière) qu'on retrouvait dernièrement en 2009 lors du soulèvement postéléctoral en Iran. Résultat de la manif pas très héroïque discuté en AG : Après Mai - Lola Crétonun grenade lacrymogène reçue en plein visage et un militant de 24 ans, Richard Deshayes qui perd un oeil comme Pierre, un jeune nantais visé par un tir de flashball, devait perdre le sien lors du mouvement étudiant en 2007. Le film d' Olivier Assayas arbore bien tous les attendus du film d'époque comme c'était le cas pour Carlos : catalogue de références musicales, picturales, littéraires, militantes ; reconstitutions, voitures, vêtements etc. auxquels parfois il s'attarde un peu trop. Mais ce marquage n'est ni nostalgique, ni sentimental. Gare à la confusion, la jeunesse que filme Olivier Assayas n'est plus celle de 68. La jeunesse de 71, c'est finalement déjà la jeunesse d'aujourd'hui, la jeunesse d'après. Oeil pour oeil.

 

Ce ne sera donc pas le récit de voyage de celui qui sait tout, qui est allé partout, qui a tout vu, qui est allé là où les hommes ne sont pas les fantômes de la vie moderne et toutes ces fadaises. Le compte-rendu, jusque dans le style de la mise en scène, restera simple et sincère, n'admettra pas le gauchisme mais la gaucherie, à hauteur d'une existence en formation, celle d' Assayas lui-même qui se crypte et se délivre sans complaisance et sans emphase à travers le personnage de Gilles ( Clément Métayer). Après Mai - India Salvor MenuezCe dernier cherche sa voie entre les différents parcours stéréotypés de ses amis : Alain ( Félix Armand), l'artiste avant-gardiste qui fait son voyage vers l'Orient en compagnie d'une américaine aisée qui veut étudier les danses sacrées dont l'Occident «aurait perdu le sens» ; Jean-Pierre ( Hugo Conzelmann), l'ami militant rouge de chez rouge qui ira travailler à l'usine pour «en apprendre plus sur la vie» et s'engagera dans la clandestinité. En amour, Gilles hésite également entre Laure ( Carole Combes), Circé ou fille de feu nervalienne, bourgeoise notoire qui le conjure de ne pas envier sa capacité à s'adapter au dogme du «vivre dans le présent» ; et Christine ( Lola Créton), plus populaire, plus inhibée, qui cherche «un couple pour se rassurer» et poursuit son militantisme en devenant la secrétaire et la bobonne d'un groupe de militants plus âgés. Pas de jugement, juste un plan très simple de ces hommes, sûrs de leurs convictions, en train de débattre dans le jardin tandis que dans l'axe par la fenête ouverte, au second plan à l'intérieur la maison, Christine ramène les courses et commence à faire la vaisselle.

 

D'un voyage en Italie moitié stendhalien, moitié hédoniste-hippie, où Gilles se démarquera des cinéastes de propagande qu'il suit, au retour à Paris dans la mouvance musicale psychédélique et au départ pour Londres et un stage dans le cinéma commercial à la Papa (pour un film fantastique avec des nazis, un monstre et une bimbo), Gilles parcourt les univers. On lui reproche son manque d'engagement, et dans son indécision, il a peur de «passer à côté de sa jeunesse». Après Mai - Lola Créton, Clément Métayer, Félix ArmandMais laquelle au juste ? Ce qui diffère dans Après Mai, notamment dans le choix d'acteurs non-professionnels et leur jeu sciemment minimaliste, c'est que tous les personnages sont toujours en deçà de leurs stéréotypes. Ils n'arrivent pas ou plus à y adhérer, ce qui leur confère toute leur sympathie et toute leur vérité. Ce que nous livre alors sans fard Assayas n'est pas un film souvenir mais un véritable film d'apprentissage dans toutes ses nuances, découpé en ellipses temporelles très classiques, très maîtrisées et jamais conclusives. Faut-il un nouveau langage pour un nouveau contenu ? se demandait-on à l'époque. Pas si sûr c'est affaire de ton.

 

Par Léo Pinguet

 
 

Les commentaires des lecteurs

 
 
 

Retrouvez Toutleciné.com sur...

twitter & Facebook

Zoom Avant

Zoom Avant