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Madame Solario

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Madame Solario : une grande histoire de sœur Madame Solario - 3,0/5 (3,00)

Madame Solario Pour son 16ème long métrage, René Feret fait renaitre de ses cendres Madame Solario, personnage mythique et titre d'un roman de Gladys Huntington publié anonymement en 1956. Arrivé en tête de la liste des best-sellers du New York Times dès sa parution, il arriva même aux mains de Marguerite Yourcenar qui en fit son livre de chevet. En résulte une adaptation réussie pour un sujet pourtant bien délicat à aborder: l'inceste entre une frère et une sœur.

 

Madame SolarioAlors que l'inceste demeure un énorme tabou dans notre société actuelle, traiter de ce thème dans le microcosme aristocrate des années 1900 est sans conteste un défi de taille. Et pourtant René Féret amène son sujet, tout en délicatesse et subtilité. Ayant découvert le livre de Gladys Huntington il y a plus de deux ans, le réalisateur est tombé sous le charme de ce roman qu'il qualifie «d'original, superbement écrit, une sorte de »Maurice« de Forster dont James Ivory a fait un si beau film en 1987». Aborder l'amour interdit entre un frère et une sœur dans une société aristocratique figée avait en effet de quoi inspirer.

 

 

Madame SolarioL'histoire prend place sur les rives du lac de Côme en 1906. Après des années de séparation, Natalia Solario ( Marie Féret, fille du réalisateur) retrouve son frère ( Cyril Descours) dans un hôtel de luxe occupé par des aristocrates en villégiature. Jeunes et beaux, le frère et la sœur attisent tous les regards sur leur passage. Espérant assoir leur situation et retrouver leur train de vie perdu, ils décident de rentrer dans un jeu de séduction avec certains des clients fortunés de l'hôtel. Conscients de l'ascendant qu'ils provoquent sur leur encourage, leur succès fait renaitre une certaine complicité se transformant vite en véritable tension sexuelle qui les rapproche, irrémédiablement. Dans une sorte d'amour narcissique, ils charment pour mieux se plaire à eux mêmes, se renvoyant l'un l'autre le reflet de leur pouvoir de séduction.

 

 

Madame SolarioRien de voyeur ni de gênant dans la prise de conscience des véritables sentiments qui lient Madame Solario et son frère. La curiosité malsaine provient plutôt de la manière dont éclate ce secret aux yeux de la petite communauté si engoncée dans les apparences et les manières. L'hypocrisie ambiante d'une société qui se permet tous les vices tant qu'ils restent secrets accentue davantage le choc de cette révélation. C'est là que se situe le véritable tour de René Féret: détourner l'intérêt principal de l'intrigue sur les réactions plutôt que sur l'action même.

 

Un point de taille à relever cependant : le jeu d'acteurs théâtral et anti-spontané qui pourra peut être en déranger quelques uns. Féret se justifie en affirmant : «je n'aime pas les jeux « réalistes », les jeux automatiques, qui vont de soi, ils sont souvent des réflexes, des clichés. J'aime la distance. Entendre ce qui est écrit». Certes, mais le résultat à l'écran reste assez déroutant. A noter cependant que la manière dont Marie Féret incarne son personnage se démarque nettement. Toute la subtilité qui anime chacune de ses répliques rend Madame Solario complètement impénétrable. A la fois vulnérable et inatteignable, elle inspire dans un seul regard le doute et la détermination, l'indifférence et la passion. Toute la relation avec son frère n'en devient que plus complexe, son interprétation nous éloignant doucement mais sûrement des idées reçues qui entourent ce tabou.

 

Par Elsa Puangsudrac

 
 

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