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Hold up

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Hold-Up : reconstitution ultra-réaliste d'un braquage Hold up - 3,0/5 (3,00)

Hold upDans la matinée du 5 avril 2004, la petite ville de Stavanger connaît le plus important et le plus impressionnant braquage de l'histoire de la Norvège. 11 braqueurs, déguisés en brigade d'intervention de la police, équipés d'armes de guerre, dérobent 51 millions de couronnes (environ 7 millions d'euros) dont 37 millions n'ont toujours pas été retrouvés. Le fait divers a marqué les norvégiens par sa violence (un policier mort) et par sa sur-médiatisation.

 

Pourquoi en faire si vite un film ? Ce n'est pas une imitation de l'automatisme hollywoodien qui cherche, à tout prix, l'exploitation commerciale de toute histoire possible, puisque le film est, selon les vœux de son réalisateur, dépourvu de références aux films de genre. Ni film d'action, ni film de guerre, ni film de braquage. Pas de héros, pas de construction dramatisante, pas de suspens... A peine quelques ralentis descriptifs.Hold up On est plus proche du documentaire ultra-réaliste, du documentaire d'investigation qui tente de restituer objectivement les faits : sous-titres précisant le lieu et l'heure, caméra à l'épaule, on reste collé aux personnages et à leurs points de vue sur l'évènement sans aucun plan d'ensemble. Erik Skjoldbjaerg va donc à contre-courant d'une mise en scène du réel typique du film de braquage, c'est-à-dire non seulement esthétisé – ce qui est d'une moindre importance dans le cas présent – mais surtout perfectionné.

 

Embellir ou perfectionner, la trahison n'est peut-être pas de même nature et, en cassant la belle façade, la belle fiction que nous nous racontons et dans laquelle nous sommes entretenus, le film nous montre combien la réalité est différente de ce qu'on veut bien en croire : désordonnée, rugueuse, anarchique, elle s'avère presque chaotique au moment même où ses acteursHold up (braqueurs ou policiers) essaient de la planifier, de la contenir autant que faire se peut dans des bornes. Les braqueurs eux-mêmes jouent sur cette confiance que nous accordons à la réalité, bien ordonnée par ses représentants, ces gardiens de la paix dont ils empruntent la panoplie. Ainsi, durant quasiment tout le braquage, des passants continueront de passer devant eux, en pleine rue, sans rien soupçonner. Le chef de la police quant à lui restera devant la gravité des évènements quasiment passif, sûrement plus habitué au travail de bureau que de terrain. Lui répond à l'inverse un simple officier qui, tête brûlée, prend seul, sans ordre et sans sommation, l'initiative sotte de déclencher la fusillade avec les bandits, fusillade qui conduira à la mort d'un autre officier de police.

 

Heat Au cours de leurs préparatifs, les braqueurs se moquent du film Heat de Michael Mann dont ils jugent l'entreprise irréalisable. C'est pourtant d'une telle fiction dont ils ont du s'inspirer pour commettre leur braquage. Aussi l'insouciance ou l'ignorance des passants et avec eux celle du public est double puisqu'ils se trouvent devant une fiction détournée qu'on leur présente pour une réalité ordonnée dont il n'y a rien à craindre – des hommes masqués, déguisés en policiers et armés de fusil d'assaut en pleine rue. Alors que nos attentes sont celles du public moyen devant un divertissement moyen, c'est donc l'étonnement que suscite le film. Le voile se lève sur notre crédulité : là où devrait se trouver la plus extrême discipline, ce sont les dérapages, les bourdes, les erreurs, les initiatives stupides et l'absence d'inventivité, le n'importe quoi qui règne. On repense à ce montage de vidéos privés faîtes par des soldats français en Afghanistan diffusée par France 2 : la violence, urbaine, ou guerrière quoiqu'on en dise est un vrai capharnaüm et non une harmonie martiale millimétrée. Sur ce point le pari de Hold-Up est rempli.

 

Ce dont il est question donc, c'est d'une reconstitution quasi-judiciaire de la réalité, reconstitution et en même temps, nous le disions, fiction détournée : les lieux de tournage sont les décors réels de l'évènement, les acteurs des non-professionnels, quant au script, il a été rédigé à partir des témoignages de chaque personne ayant participé de près ou de loin à l'évènement. Mais cela suffit-il à faire un film pour le grand écran ? Hold upLes intentions documentaires, les choix de mise en scène, tout est fait pour confronter la représentation médiatique, fictionnée, à la réalité. Mais le public international n'a pas été informé de cet évènement somme toute local et le film ne confronte pas véritablement en son sein les deux systèmes de représentation de la fiction médiatique ou la fiction cinématographique commerciale et celle, réaliste, du film. Est-ce donc une erreur que de le présenter hors de ses frontières ? Ce film n'est pas le seul à poser à la question.

 

Mais ce n'est pas tout. Dans Hold-Up, on n'est pas confronté à une description crue qui rend compte d'un désordonnancement mais, ce qui est paradoxal et dommageable au film, à une remise en ordre, une reconstitution scientifique de la réalité. Est-ce faire œuvre de cinéma que de rester scotché ainsi au réel brut, sans rien approfondir, sans rien construire, sans rien mettre en scène et en croyant que cela suffira à bouleverser des codes et des conventions ? Rien n'est à proprement raté dans Hold-Up, mais cette impression d'inanité du réel que veut rendre le film devient bien vite l'impression qu'on se fait du film : un projet intéressant mais vain, une fausse bonne idée. Cela dit, une dernière question nous taraude à l'heure des remakes US de films nordiques. Après le remake d' Insomnia du même Erik Skjoldbjaerg par Christopher Nolan, après le Millénium de David Fincher... Hold upQue se passerait-il si on faisait un remake américain de Hold-Up, un remake fidèle, image par image presque mais dans un cadre états-unien ? Le changement de lieu pour un pays médiatisé mondialement, pour un pays dont le cinéma et les codes sont diffusés mondialement changerait-il la dimension et la réussite à laquelle peut prétendre le film ?

 

Par Léo Pinguet

 
 

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