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Le Sommeil d'or

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Le Sommeil d'or : le cinéma mémoire des peuples ? Le Sommeil d'or - 2,0/5 (2,00)

Le Sommeil d'orLe documentaire de Davy Chou tente de jeter un pont entre présent et passé. Il tente de traverser l'abîme Khmer Rouge et son traumatisme. Comment ? En ressuscitant de l'oubli un cinéma cambodgien dont il cherche les traces contemporaines en même temps qu'il interroge les survivants. Pourquoi ? Pour lui créer l'enveloppe d'un souvenir qui lui a été ôté.

 

Que reste-t-il dans les mémoires conscientes et inconscientes du Cambodge de son cinéma qui s'épanouit de 1960, sa naissance, à 1975, arrivée de Pol Pot et des Khmers Rouges au pouvoir ? Des films, il ne reste rien ou presque. Quelques dizaines de films conservés sur VHS sur les quelques centaines produits durant cet âge d'or. Aucun extrait ne sera montré dans Le Sommeil d'or, parce qu'il n'est pas question de nostalgie cinéphilique. Il n'est pas question non plus d'ajouter un image vintage à leur accumulation actuelle. Il est question de redonner sens à une image disparue.

 

Davy Chou va alors retrouver certains survivants de cette époque, certains acteurs auxquels il demandera de témoigner ou de l'emmener sur des lieux de tournage ou de production des films d'alors pour chercher des traces. On Le Sommeil d'orretrouvera donc la star glamour chez qui les murs sont remplis de photographies des films de l'époque. Ou encore le cinéaste malicieux, le Méliès cambodgien, dont la rencontre est l'occasion d'un effet spécial qui orchestre la réminiscence. On trouve également un groupe d'étudiants qui reconstitue une scène de film à partir du récit de son réalisateur. Et Davy Chou nous transporte également dans quelques uns des trente cinémas que comptait la ville alors, devenus aujourd'hui des squats, des karaokés ou des restaurants mais conservant parfois une allure, une silhouette de salle obscure où la lumière naturelle rentre encore aujourd'hui comme le projecteur la diffusait autrefois.

 

Mais si les dispositifs documentaires et mémoriels choisis par Davy Chou sont multiples, ils restent à notre sens largement inexploités et surtout Le Sommeil d'orabsorbés par une structure narrative trop conventionnelle. L'alternance binaire interview – transition muette, donne d'abord au film un rythme très monotone, très artificiel et très scolaire. Ensuite, cela manifeste un choix esthétique malheureux : la domination de l'image par la parole. La majorité du film nous montre en effet les protagonistes interrogés dans un style télévisuel totalement dépourvu d'inventivité, une mise en scène de la parole qui sape la transmission empathique d'un vécu au spectateur qui ne retient que l'informationnel.

 

Impossible au spectateur ensuite d'apprécier véritablement les transitions qui filment et visitent les lieux parce qu'elles demandent l'attention de la vue rendue Le Sommeil d'orindisponible par l'attention demandée moins à l'ouïe qu'à l'intellect abstrait de ses sensations lors des entretiens. Pourquoi avoir tourné des images s'il ne reste majoritairement de ce cinéma cambodgien que des paroles de survivants et des chansons ? Pourquoi ne pas avoir fait un reportage radio à la place ? Si Le Sommeil d'or part sur de bonnes intentions, il souffre d'une contradiction : l'étouffement du timide dispositif artistique par le dispositif médiatique.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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