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Captive

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Captive : abécédaire, non manichéen, des turpitudes de l'enlèvement Captive - 3,0/5 (3,00)

CaptiveHistoire condensée de véritables expériences, Captive, le nouveau film de Brillante Mendoza, réalisateur déjà remarqué de John John, est soucieux du détail, moins de sa portée relativement floue qui laisse le spectateur soit dans l'indécision, soit dans l'indifférence.

 

Tiré d'histoires vraies condensées en une seule, Captive nous fait suivre une vingtaine de ressortissants étrangers pris en otage à Palawan, aux Phillippines, par l'organisation séparatiste musulmane Abu Sayyaf qui se bat pour l'indépendance de l'île de Mindanao. On découvre le quotidien des captifs, en particulier celui de Thérèse Bourgoine ( Isabelle Huppert), entre syndrome de Stockholm, choc culturel et survie ordinaire.

 

Captive - Isabelle HuppertLe parti pris stylistique fort de Brillante Mendoza reste toujours le même : renverser la vapeur de la fiction vers le documentaire, recréer la réalité à partir d'une description exhaustive qui prend le pas sur une intrigue trop construite, qui paraîtrait trop artificielle. Tout dans la mise en scène est donc organisé pour favoriser l'immersion du spectateur. Les scènes d'enlèvement, de combats sont remarquables : intenses, réalistes sans chercher cette perfection qui fausse la réalité. Ce style nous évoque un film sorti cet été, Hold-Up, du norvégien Erik Skjoldbjaerg (cf. notre critique). Ici aussi, pas de héros, pas de construction dramatisante, pas de suspens...

 

Pourquoi ? Pour restituer une réalité qu'on ignore parce qu'elle nous est trop souvent présentée sous une forme fantasmée. Ici aussi, nous retrouvons une «fiction détournée» pour mieux retrouver la réalité brouillée par la mise en scène, médiatique entre autres. Captive - Isabelle HuppertDans Captive, des journalistes parviennent à contacter le groupe terroriste et à interviewer les otages. A quoi assiste-t-on alors ? A un récit, une parole qui s'enferme dans du déjà-vu incapable de restituer l'expérience vécue dans un dispositif qui donne sa place à la victime, au ravisseur et au spectateur alors que tout est plus complexe. Aussi la méthode suivie par le film va-t-elle à rebours, en nous faisant moins voyeurs que participants de l'action. On est alors à même de saisir et les partis opposés et les nuances psychologiques qui font malgré tout, des terroristes et des captifs, une sorte communauté précaire avec sa solidarité.

 

Mais Captive souffre des mêmes insuffisances que Hold-Up. A force de parti pris objectif, le film verse un peu trop dans l'anecdotique. On sent plus mais on n'apprend rien de plus que dans un film classique sur le sujet qui peut également montrer combien, dans le cas d'un enlèvement, la distinction archétypale méchant/gentil ne fonctionne pas. Captive - Isabelle Huppert, Brillante MendozaPeut-être est-ce voulu et comprend-t-on alors, dans l'adéquation forme/fond, le désintérêt de la communauté internationale pour des ressortissants qui déchantent de leur condition d'occidentaux que tout le monde oublie sauf pour leur valeur marchande. La déception s'amplifie quand ce n'est plus la fiction qui comble les trous laissés par la réalité mais le symbolique qui comble les manques laissés par une fiction fait-divers.

 

En effet, pourquoi insérer un plan avec une araignée sur sa toile sensée symboliser l'emprisonnement ? Le spectateur n'a-t-il pas compris que les personnages étaient prisonniers ? Et cet oiseau qui apparaît grâce à la technologie numérique, le Sarimanok, qu'apporte-t-il de plus à une situation humaine et géo-politique que l'on sait déjà bloquée par la corruption et les accointances de tous bords. Captive - Isabelle HuppertPeut-être alors découvre-t-on une certaine vacuité à Captive. Le thème de l'humanité partagée par-delà l'appartenance à une communauté, une religion ou une nation est trop vague pour ne pas ôter finalement et paradoxalement tout la chair que la mise en scène avait voulu accorder à un film qui se révèle trop abstrait.

 

Dommage car l'interprétation des acteurs professionnels et non-professionnels donnait toute sa justesse au propos. Peut-être est-ce nous, et une certaine frange du public, qui ne sommes pas encore assez habitués à cette esthétique filmique, mais il nous semble que parfois c'est le talent même d'un réalisateur qui peut le guider à un échec partiel.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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