La Vie sans principe |
Un bien étrange Johnnie To. Le grand cinéaste hongkongais ( Breaking News, Election, Mad Detective), plus connu comme le maître incontesté du polar, découvert en France avec The Mission en 1999, s'attaque à un genre remis à la mode ces derniers temps : les films sur la crise financière.
Nous suivons l'histoire de trois personnages : Teresa ( Denise Ho), employée de banque ordinaire qui, par crainte de perdre son emploi, doit booster ses performances en incitant ses clients à investir dans des placements à haut risque ; l'inspecteur Cheung ( Richie Jen) et sa femme, angoissés par le superflus de leur confort de vie, déposent un acompte pour acheter un appartement luxueux ; et enfin Panther ( Lau Ching-Wan), petit escroc simplet et drolatique, sera forcé de plonger dans la spéculation boursière pour venir en aide à l'un de ses amis.
A mi-chemin entre le Babel de Alejandro Gonzalez Inarritu pour les entrelacs de vies croisées par la mondialisation et ses soubresauts, et le Cosmopolis de David Cronenberg pour la description mathématique des absurdités du capitalisme, La vie sans principe montre autant la folie d'un système que la folie de ses acteurs les plus modestes. Le constat dressé est donc désespérant de simplicité. On n'accuse pas les grands de ce monde de manipuler les petits, mais on change d'échelle pour voir l'horreur du quotidien où tout s'organise pour que chacun corrompe son prochain en l'entraînant dans la spirale de l'argent. «Nous vivons dans un casino géant où tout le monde joue avec l'argent de tout le monde» résume Johnnie To.
Clin d'oeil ? La banquière sera tentée, à la manière de Janet Leigh dans Psycho, de récupérer un retrait de 5 millions HKD laissé par l'un de ses clients. Le policier après avoir risqué sa vie reviendra vers sa femme pour décider d'investir dans l'achat de leur appartement. Jusqu'au nigaud Panther (Lau Ching-Wan excellent), seul personnage attachant encore préoccupé par l'amitié et la fidélité, jusqu'à ce dernier humain, tous deviendront les marionnettes d'un jeu sans règles. Hong-Kong, troisième bourse mondiale après Londres et New-York finit par ressembler à un Las Vegas sans strass et sans paillettes, un Las Vegas de tous les jours où le retour à la normale fait suite à une inquiétude irréfléchie et conformiste.
Là où Casino de Martin Scorsese avait pu nous donner envie de nous jeter à l'eau à la sortie, on quitte le film de Johnnie To d'autant plus perdu qu'il ne nous laisse rien espérer ni rien regretter. Pas d'avant pour lequel être nostalgique. La vérité y est nue de toute dramatisation, de toute stylisation. Au spectateur de choisir s'il préférera le cynisme, le désespoir ou le désabusement devant la situation que nous décrit La vie sans principe.
Par Léo Pinguet
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