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Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare

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Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare : une comédie romantique originale Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare - 3,0/5 (3,00)

Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépareSi Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare ne déroge pas aux règles de son genre, le film n'est pas dénué d'une certaine originalité en jouant sur des codes qu'il parvient à faire vivre dans un léger souffle d'inventivité.

 

Un astéroïde au prénom espiègle – Matilda – décide de nous tomber sur la tête. La mission spatiale de sauvetage échoue et tout espoir est perdu. Il ne nous reste que trois semaines à vivre... Que feriez-vous ? Monsieur-tout-le-monde à la quarantaine bien tassée, fraîchement célibataire (vous aurez tôt fait d'en découvrir les circonstances), Dodge ( Steve Carell), lui, décide de partir en quête de son amour d'enfance. Sur le chemin il fait la rencontre de Penny ( Keira Knightley), sa jeune voisine délurée qui va l'accompagner...

 

Schéma on ne peut plus classique de comédie romantique : le héros ou l'héroïne pense partir conquérir une brune ou un beau brun lointain pour finir avec l'adjuvant blonde ou blondinet qu'il avait sous son nez. Mais d'abord, si la première moitié fonctionne si bien, c'est qu'elle s'adjoint à deux autres genres - le film catastrophe dont elle tourne les clichés en dérision et le road-movie où nos deux héros rencontreront des personnages tous plus déjantés les uns que les autres : des soldats, gavés de jeux vidéos, prévoyant l'après fin du monde dans leur sous-sol, à un routier qui a engagé un tueur-à-gage pour déléguer son suicide... L'émeute classique de fin du monde deviendra quant à elle l'occasion, sous les yeux éberlués de Dodge, d'une rupture burlesque entre les deux personnages inconscients du danger de Keira Knightley et son petit copain.

 

Ainsi donc l'apocalypse qui ne servira pas ici de révélateur qui transforme des personnages ordinaires en héros de film d'action. Au contraire, elle montrera plutôt l'absurdité pathétique de toute série d'habitudes de la vie en société : malgré la fin du monde, certains continueront (comme Dodge au début ou sa mémorable femme de ménage) à aller travailler, d'autres à tondre leur pelouse... Tandis que d'autres encore se laisseront aller à l'orgie, à l'hédonisme gastronomique (tous ces petits plats que vous vous refusiez jusqu'à maitenant pour «garder la ligne») et le sex, drugs and alcohol avec au passage un petit verre pour les enfants histoire qu'ils ne meurent pas idiots.

 

Dans cet umbroglio Steve Carell se révèle très bon : un comique quasi-muet à la Peter Sellers, l'ingénuité en moins, la tristesse à la Buster Keaton en plus. Le souci peut-être est qu'une part du film meurt en même temps qu'il délaisse les deux sous-genres qui le nourrisse : on perd le comique décalé du catastrophisme de l'apocalypse et la liberté du road-movie à mesure que la comédie romantique pur et simple prend le dessus. Le basculement s'opère lorsque nos deux personnages tombent sur une communauté idyllique qui a pris place sur une plage aux allures de jardin d'Eden. On y célèbre des baptêmes à la chaîne et la religion, comme l'amour auquel elle accorde bien évidemment tout son sens, est chose sérieuse, elle reste au-delà de toute ironie, de tout le jeu qui faisait l'intérêt du film jusqu'alors... Dommage.

 

Pourtant à bien y chercher, sûrement les intentions du film étaient-elles tout autres, mais on peut raisonnablement échafauder l'interprétation suivante. L'apocalypse si elle est sensée montrer le ridicule de la vie en société et révéler les choses essentielles qui continuent à avoir du sens, ne montre-t-elle pas aussi dans Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare que l'amour lui-même, alors que les personnages semblent l'ignorer, reste tout à fait contingent, dépendant et relatif à une situation extérieure. Que reste-t-il alors de la sincérité des sentiments ? Pourquoi ne vivons-nous pas comme nous devrions le faire ? Tout simplement parce que ce n'est pas la fin du monde et une fois que c'est le cas c'est cette situation qui va motiver nos actes et non le fantasme d'un authentique qu'on a circonscrit dans un amour de jeunesse. On tombera amoureux du premier ou de la première venue qui deviendra dans ce cadre un absolu... mais un absolu tout à fait artificiel et arbitraire. Est-ce finalement un film optimiste nian-nian ou un film réaliste malgré lui dont nous ressortons ?

 

Par Léo Pinguet

 
 

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